Dans leurs manifestes électoraux, la plupart des partis européens - Parti de la gauche européenne (PGE), Parti socialiste européen (PSE), Verts, Alliance des libéraux et des démocrates pour l’Europe (ALDE), Parti populaire européen (PPE) et Alliance des conservateurs et réformistes européens (ACRE) - sont favorables à l’adhésion des pays des Balkans occidentaux à l’UE, mais sont divisés sur celle de la Turquie.
« Nous nous efforçons de rendre l'adhésion des pays des Balkans occidentaux envisageable, sur la base des valeurs européennes », promettent les Verts. « Nous soutenons un engagement stratégique accru de l'UE dans son voisinage et la perspective de l'élargissement futur pour les pays des Balkans occidentaux et leur voisinage européen commun, une fois que ces pays auront rempli les critères d'adhésion », annonce pour sa part l’ALDE, laissant la porte ouverte à d'autres adhésions outre celles des pays des Balkans. Le PPE annonce également un soutien à la « perspective européenne concrète des Balkans occidentaux », ajoutant que l’UE ne peut pas laisser ces pays tomber sous l’influence « autoritaire » de la Russie, des États du Golfe, de la Turquie et de la Chine.
À l’inverse, les chrétiens-démocrates s’opposent fortement à l’adhésion de la Turquie à l’UE. Selon leur manifeste, il faut mettre un terme aux négociations et se concentrer sur un partenariat et une coopération dans des domaines concrets. « L'adhésion à l'UE n'est donc pas une option pour la Turquie et les négociations doivent être arrêtées », insiste le document du PPE.
Le PGE, seul autre parti à mentionner la Turquie dans son manifeste, est plus vague. Il précise seulement que l’UE doit être disposée à « réfléchir de manière constructive à ses relations avec la Turquie et disposée à ouvrir ses portes » au pays et, dans le même temps, exiger « la fin du plan impérial d’Erdoğan d’islamisation de la vie sociale et politique ».
Les manifestes du PSE et de l’ACRE ne mentionnent pas l’élargissement.
Voisinage. Les partis s’intéressent aussi au voisinage. Pour le PPE, il faut créer « de forts partenariats avec nos voisins » et « se rapprocher de ceux qui partagent notre perspective européenne ». Les chrétiens-démocrates comptent investir dans un voisinage prospère et stable avec pour objectif « d’exporter la stabilité et de créer une ceinture de prospérité et de sécurité autour de l’Europe ».
Les Verts veulent approfondir la coopération avec les partenaires orientaux alors que, pour le PGE, « nous devons établir des relations de bon voisinage durables avec le Proche-Orient, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ».
Politique étrangère. Plus généralement, en matière de politique étrangère, les partis - hormis l’ACRE qui ne le mentionne pas - défendent le multilatéralisme et la défense des valeurs européennes sur le plan international et, pour la plupart (le PPE n’en dit rien), la réforme des Nations Unies. L’ALDE va même jusqu’à soutenir la création d’un siège pour l’UE au Conseil de sécurité des Nations Unies.
Dans leurs manifestes, les Verts et le PGE mettent aussi l’accent sur les droits de l’homme. Pour les Verts, l’UE doit « aussi pouvoir défendre et miser pleinement sur ses instruments de politique étrangère lorsque les droits de l’homme et l’environnement sont menacés ». Ainsi, elle doit être beaucoup plus active dans la recherche de solutions pacifiques aux conflits armés.
Lors d’un débat des Spitzenkandidaten à Florence, la candidate verte, Ska Keller, a demandé la création d’une ‘Agence européenne des exportations d’armes’, afin de vérifier si les États membres respectent les lignes directrices pour pouvoir exporter des armes. « L’Europe ne doit pas chercher à tirer profit de l’exportation sans scrupule d’armes et de technologies de surveillance vers des régimes de dictature ou de belligérants », préviennent les Verts dans leur manifeste. Le PGE va plus loin et appelle à « un arrêt immédiat de la production et de l’exportation d’armes de guerre européennes ».
La gauche européenne, défenseur « de la paix et du dialogue politique, par opposition à la violence et à la contrainte militaire », promeut également la suspension des accords d’association de l’Union avec des pays qui « violent massivement les droits fondamentaux ou qui occupent des territoires contestés, notamment Israël et le Maroc ». Cette possibilité existe déjà, mais n’est pas utilisée.
Le PSE et l’ALDE mettent eux en garde contre les États-Unis de Donald Trump et la Russie de Vladimir Poutine. Si le programme du PSE n’en fait pas mention, son candidat, Frans Timmermans, a clairement pointé du doigt les menaces que représentent les États-Unis, « avec un président qui croit qu’une Europe divisée et faible est dans son intérêt », et la Russie, qui « essaie d’affaiblir les démocraties européennes ». « Ce sont les plus grandes menaces à notre sécurité », selon lui. L’ALDE estime aussi qu’une « Russie agressive » et un « affaiblissement du soutien à l’amitié transatlantique à la Maison-Blanche » sont des défis auxquels l’UE doit faire face.
Si l’ACRE met en garde contre une « Russie de plus en plus sûre d'elle », pour le PGE, « l’Europe a besoin d’un nouveau système global de paix et de sécurité fondé sur un dialogue et non pas d’une confrontation de type 'guerre froide' avec la Russie ».
Organisation institutionnelle. Enfin, d’un point de vue institutionnel, si le PPE et l’ALDE défendent la proposition du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, de passer à la majorité qualifiée pour les questions de politique étrangère (EUROPE 12094/4), le candidat PSE, sans donner son avis, estime qu’un tel passage ne réglerait pas tous les problèmes. « La majorité qualifiée n’est pas la solution pour notre problème », selon M. Timmermans.
Et alors que l’ALDE préconise un renforcement du Service européen pour l’action extérieure et du ‘Haut Commissaire pour la Politique étrangère et de sécurité de l’UE’, l’ACRE appelle à une révision du SEAE et une analyse coût/bénéfices des Agences de l’UE, incluant la possibilité de les financer via des sources hors budget communautaire. (Camille-Cerise Gessant)