Dans son très attendu discours sur l’état de l’Union, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a, comme l’an dernier, appelé à la fin de l’unanimité dans les décisions en matière d’affaires étrangères.
« Je voudrais que nous réalisions des progrès tangibles en ce qui concerne le renforcement de notre politique étrangère. Il faudra renforcer notre capacité à parler d'une seule voix en matière de politique étrangère », a-t-il souligné, proposant « à nouveau de passer au vote à la majorité qualifiée dans certains domaines de nos relations extérieures ».
Estimant que « dans le concert des nations, la voix européenne [devait] être intelligible, compréhensible, distinguable pour être écoutée et entendue », il a appelé à ne pas retomber « dans l'incohérence des diplomaties nationales concurrentes et parallèles. La diplomatie européenne doit être une. Notre solidarité multilatérale doit être entière ».
Et contrairement à l’an dernier, les paroles sont accompagnées d’actes. La Commission a publié une communication exposant ses propositions concernant la majorité qualifiée sur les questions liées aux droits de l’homme dans les enceintes internationales, dans l’établissement de régime de sanctions et enfin, dans les décisions sur le lancement ou la mise en œuvre de missions civiles de PSDC en réponse à des crises à l’étranger. Dans son discours, M. Juncker a critiqué le fait qu'un seul État membre puisse bloquer une déclaration de l'Union sur les droits de l'homme à l'ONU ou des sanctions européennes.
Selon la communication de la Commission, si la majorité qualifiée était utilisée, « l’UE pourrait devenir un acteur plus fort, plus efficace et plus crédible sur le plan mondial ». Elle pourrait plus facilement « peser de tout son poids sur la scène internationale grâce à des positions fermes et cohérentes », réagir avec rapidité et efficacité aux enjeux de la politique étrangère et renforcer sa résilience en protégeant les États membres de la pression ciblée des pays tiers qui s’efforcent de diviser l’UE, peut-on lire.
Le Traité de l’UE – par son article 31, paragraphe 3, permet au Conseil européen de prendre une décision faisant passer la prise de décision en matière de politique étrangère et de sécurité de l’unanimité à la majorité qualifiée. « Le temps est venu de donner vie à la clause passerelle du Traité de Lisbonne permettant d'ouvrir la voie vers la prise de décision à la majorité qualifiée – clause passerelle qui est la 'beauté oubliée' du Traité », a souligné M. Juncker.
Plusieurs députés européens se sont montrés enthousiastes quant à cette proposition. « Nous devons devenir un acteur politique et cette idée de passer au vote à la majorité qualifiée est pleinement soutenue », a précisé Manfred Weber, au nom du PPE, alors que Guy Verhofstadt, au nom de l’ADLE, a estimé que cette proposition était « la plus importante » du discours de M. Juncker, souhaitant que la clause passerelle soit élargie à de nombreux autres domaines.
Mais une telle proposition sera loin de faire l’unanimité au sein des États membres, pour qui les affaires étrangères restent souvent une chasse bien gardée. Présente à Strasbourg, la ministre française des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, a expliqué à EUROPE ne pas être « sûre que, pour toucher les Européens, il faille revoir la question de l’unanimité en commençant par la politique étrangère », citant plutôt la convergence fiscale. (Camille-Cerise Gessant et Sophie Petitjean)