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Bulletin Quotidien Europe N° 12229
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ACTION EXTÉRIEURE / Bosnie-herzÉgovine

Le pays doit améliorer son environnement des affaires, rappelle M. Hahn

Depuis Sarajevo, la semaine dernière, le commissaire européen aux Négociations d’élargissement, Johannes Hahn, a de nouveau appelé la Bosnie-Herzégovine à améliorer son climat des affaires. Une nécessité pour ce pays, qui fait face à une importante fuite des cerveaux. 

Le rapport 2018 de la Commission européenne sur le pays estime que, même si le climat des affaires « s’est légèrement amélioré », « le niveau général est toujours très faible ». Selon un sondage effectué par le Foreign Investors Council (FIC) auprès de ses membres, 48 % des répondants jugent que le climat des affaires et économique n’a pas évolué entre 2017 et 2018, 23 % qu’il s’est amélioré et 29 % qu’il s’est dégradé. Selon Jasmin Hošo, PDG de Tondach Bih et économiste, le pays a une image négative à l’étranger, c’est un « modèle de crise ». 

Cependant 84 % des membres du FIC recommanderaient la Bosnie-Herzégovine comme destination pour des investissements et pour faire des affaires. 

Attirer les investissements

Selon le commissaire, le pays doit poursuivre ses réformes socio-économiques, afin d’être plus attractif pour les entreprises étrangères, mais aussi pour que les potentiels entrepreneurs soient prêts à prendre des risques et à créer leur propre entreprise. 

Car, comme les autres pays des Balkans occidentaux, la Bosnie-Herzégovine est confrontée à une importante fuite des cerveaux. « C’est la plus grande crise à laquelle nous faisons face », a estimé Sanja Miovčić, directrice exécutive du FIC, ajoutant qu’il était difficile de trouver une force de travail qualifiée. 

Alors que le taux de croissance du pays devrait être de 3,5 % cette année, selon le ministre bosnien du Commerce, Mirko Šarović, seule une croissance de 5 % permettrait d’enrayer le phénomène de fuite des cerveaux. 

Pour atteindre une telle croissance, le pays doit attirer davantage d’investissements directs étrangers (IDE). « Afin d’avoir plus d’investissements, il faut être plus compétitif », a estimé le ministre dans un entretien avec trois médias, dont EUROPE, ajoutant que cela inclut aussi une meilleure image du pays, « qui doit être stable, sûr et prévisible en termes d’investissement ». 

« Nous devons travailler pour supprimer tous les obstacles et pour faire plus pour convaincre les pays à investir en Bosnie », a expliqué M. Šarović. « La Bosnie est un pays qui a besoin d’investissement et où les investisseurs peuvent faire du profit », a-t-il plaidé. 

En 2016, les IDE représentaient 1,6 % du produit intérieur brut. Leur montant s’élevait la même année à 246,6 millions d’euros dont 228,6 provenaient de l’UE. Cependant, selon la Commission, les investissements étrangers et domestiques sont « sous-dimensionnés, reflétant un climat des affaires pauvres et des incertitudes politiques fortes ». 

Le sondage du Foreign Investors Council révèle aussi que 77 % de ses membres considèrent que le climat des affaires est « imprévisible », « ce qui n’est pas un indicateur favorable pour les investisseurs étrangers ». Ils mettent en avant notamment la non-prévisibilité de la politique fiscale, le traitement inégal des autorités d’inspection et l’instabilité politique. 

Selon la Commission européenne, la qualité de la gouvernance budgétaire est faible, tout comme le niveau des investissements publics. De plus, peu de progrès ont été réalisés en termes de barrières non tarifaires. 

Mme Miovčić a également souligné la longueur des procédures d’enregistrement d’une entreprise ou encore les procédures complexes qui peuvent prendre « littéralement des années » ou un régime fiscal qui, s’il est avantageux, est extrêmement complexe et non harmonisé dans tout le pays. 

Ainsi, selon Nada Zubčević, qui a créé des toilettes antibactériennes, enregistrer un brevet coûte cher et prend du temps. « Le pays ne soutient d’aucune façon les inventeurs », a-t-elle regretté, rappelant que les brevets et les recherches scientifiques ne représentaient que 0,2 % du PIB, contre une moyenne européenne à 2,5 %. 

Selon la Commission, la qualité de la gouvernance budgétaire est faible, tout comme le niveau des investissements publics. De plus, peu de progrès ont été réalisés en termes de barrières non tarifaires. 

Lutter contre le chômage des jeunes

Afin d’éviter la fuite des cerveaux, le pays doit aussi faire davantage en termes d’éducation. Alors que le chômage touchait 25 % de la population en 2016, le chômage des jeunes atteignait un taux de 54,3 %. « Les politiques doivent être plus soucieux des inquiétudes des jeunes. Bien plus peut être fait que ce qui a été fait jusqu’à présent », a estimé le ministre. « Si le pays ne change pas son approche vers des secteurs de croissance rapide et forte tels que l’informatique, les gens vont continuer à quitter le pays », a prévenu, lors d'une rencontre, Aleksandra Kuljanin, qui a créé l’association ‘IT girls’. 

Pour M. Hahn, il est nécessaire d’avoir une meilleure adéquation entre les formations des jeunes et les besoins du marché. « Les enfants sont face à une éducation obsolète, qui n’est pas en ligne avec les technologies, les nouveaux développements », a expliqué Mme Kuljanin.

Le pays développe, lentement mais sûrement, une industrie de l’informatique (IT). « Nous voulons promouvoir l’industrie de l’IT. Nous voulons travailler avec le gouvernement et les institutions pour donner à plus de personnes la possibilité d’étudier » dans ce domaine, a précisé le président du conseil d’administration de Bit Alliance et PDG de Klika.ba, Edin Deljkić. Selon lui, des emplois ne sont pas pourvus dans ce domaine par manque de candidats. « Dans l’industrie de l’IT, il y a une demande énorme, mais les gens n’étudient pas l’informatique. C’est pourquoi nous essayons d’éduquer les jeunes », a-t-il souligné. 

Et s’il est compliqué de changer l’éducation dans le pays, qui compte 13 ministres différents de l’Éducation, M. Deljkić a réussi à convaincre certaines autorités d'introduire un cursus d’IT dans les études. « Je ne pense pas que le gouvernement n’ait pas la volonté. Il y a un manque de compréhension, mais quand on va voir les autorités […] elles ont la volonté » de faire changer les choses, a-t-il ajouté.

Cependant, faire venir les investisseurs et changer les programmes scolaires ne sera pas suffisant. Pour M. Deljkić, « il y a deux groupes de personnes qui quittent le pays : ceux qui n’ont pas l’occasion de trouver des emplois ici, mais il y a aussi ceux qui partent, pas seulement pour trouver un meilleur emploi, mais aussi pour une meilleure qualité de vie ». Il a ainsi dénoncé la qualité de la sécurité sociale, que l’UE demande d’améliorer, ou encore les problèmes écologiques qui touchent le pays. Et la corruption reste forte. « La corruption doit être éradiquée de notre société. La priorité est la corruption publique », a reconnu le ministre bosnien du Commerce, Mirko Šarović, appelant également à la privatisation des entreprises publiques. 

« Les gens ne croient pas dans le système, il n’y a pas de soutien, ils ne croient pas dans les gens qui les représentent », a ajouté Mme Kuljanin. Selon elle, « les jeunes ne croient en rien dans le pays et ils n’ont pas de raison de croire en quelque chose ». Et d'ajouter : « Nous avons des gens intelligents, quand vous leur donnez les bases pour développer leurs idées, ils peuvent atteindre le ciel. » (Camille-Cerise Gessant)

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