Dans le domaine de la sûreté alimentaire, un Brexit sans accord aura des conséquences économiques importantes - au premier chef pour le Royaume-Uni, moindres pour l'UE -, mais l'UE ne transigera pas sur la protection de ses citoyens et est bien préparée à ce scénario, a affirmé le vice-président de la Commission, Jyrki Katainen, jeudi 4 avril devant la presse.
Dans ce domaine, les préparatifs ont démarré en décembre 2017. L'enjeu est de taille, car, selon lui, il en va de la santé des consommateurs, du fonctionnement des entreprises, mais aussi de la réputation de l'UE, reconnue comme disposant du système le plus sûr pour la production des denrées alimentaires.
« L’UE a les normes les plus élevées au monde. La libre circulation des animaux et des denrées alimentaires est possible grâce à un système de contrôles partagés. Quand le Royaume-Uni quittera l'UE, il sera confronté à un obstacle que nous avions éliminé depuis longtemps : les frontières. Les frontières ne sont pas là pour ajouter de la bureaucratie ou ralentir les choses. Elles sont là pour garantir que les aliments que nous mangeons ne sont pas un danger pour nos citoyens et pour protéger nos animaux et nos plantes et, ainsi, notre patrimoine agricole extrêmement riche. C’est aussi très important pour le Royaume-Uni, qui importe plus de 73 % de ses produits agroalimentaires de l'UE », a déclaré le vice-président.
Un Brexit sans accord implique que de nouveaux contrôles devront être réalisés aux frontières de l'UE avec le Royaume-Uni, ce à quoi l'UE s'est préparée.
En effet, les États membres sont en train de mettre en place des postes de contrôle aux frontières et la Commission les approuve rapidement, un à un. Les pays qui seront le plus affectés par le Brexit (la France, la Belgique, l’Irlande, les Pays-Bas et le Danemark) ont recruté plus de 2 000 professionnels pour effectuer les contrôles douaniers et de sécurité.
Les mesures nécessaires sont prises par la Commission pour permettre aux produits et aux animaux britanniques de continuer à entrer dans l’UE, à condition que le Royaume-Uni ait adopté les mesures pertinentes pour garantir que les normes de sûreté alimentaires sont respectées. Par exemple, pour exporter des produits d’origine animale vers l'UE, le Royaume-Uni doit être repris sur la liste de la Commission européenne comme pays tiers autorisé à exporter vers l'UE et les aliments devront répondre à l'ensemble des exigences de sûreté alimentaire.
« Le secteur agroalimentaire représente 130,7 milliards d’euros d’exportation. Il est dès lors crucial de garantir la sécurité et la viabilité de ce secteur, si nous ne voulons pas compromettre notre réputation mondiale », a souligné M. Katainen.
Des contrôles à la frontière irlandaise envisagés. M. Katainen n'a pas exclu le rétablissement de contrôles à la frontière irlandaise, indiquant que « la Commission coopère avec les autorités irlandaises pour trouver des solutions ». L'institution est prête à fournir de nouvelles ressources techniques et financières pour que le contrôle de la sécurité des produits soit effectué de la manière la moins bureaucratique possible, a-t-il déclaré. Sur ce point, les préparatifs ne sont pas achevés. « Actuellement, il n'y a pas de frontière ; c'est la raison pour laquelle il faut trouver une manière d'effectuer les contrôles. Imaginer quelque chose à partir de rien, c'est un défi plus important. »
La Commission se dit prête à soutenir tous les États membres pour prendre de nouvelles mesures dès le lendemain du Brexit. (Aminata Niang)