La visite d’État du président chinois, Xi Jinping, à Paris cette semaine, a atteint son point culminant avec la tenue d’une réunion exceptionnelle, mardi 26 mars, avec ses homologues allemand et français, ainsi que le président de la Commission européenne.
Cet échange a permis de nourrir un dialogue sino-européen devenu « incontournable pour la définition des équilibres mondiaux, pour la préservation du multilatéralisme, surtout dans le contexte que nous connaissons », a souligné le président français, Emmanuel Macron.
Au terme d’une rencontre de plus d’une heure, le président chinois a salué, pour sa part, des « discussions en profondeur » qui ont permis de « dégager une plus grande convergence de vues ». Les leaders ont identifié des axes de coopération allant du défi climatique au développement économique mondial, en passant par le multilatéralisme, tant politique que commercial.
Au terme de la rencontre, le président français a souligné la volonté des deux parties « d’avoir un agenda de confiance stratégique » afin de lutter contre le repli et le protectionnisme international. Le président Xi Jinping a également souligné l’importance de ces consultations mutuelles, « pour remédier au déficit de confiance » international. Malgré les « points de désaccord, la compétition », les relations sino-européennes sont positives, a insisté le dirigeant chinois. Et d'ajouter : « Nous sommes en train d’avancer ensemble. »
Un agenda climatique ambitieux
Le sujet climatique figurait en bonne place dans les échanges. Les dirigeants avaient reçu le matin même un message du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, sur la question. « Nous avons ensemble les moyens d’agir », a déclaré le président français, « nous devons maintenant passer à la vitesse supérieure », a-t-il ajouté, soulignant leur « volonté de s’engager sur des actions très concrètes […] sur des questions telles le financement, ou la mise en œuvre des amendements de Kigali sur les HFC » (EUROPE 11832/10).
Un multilatéralisme rénové
« Nous voulons bâtir ensemble un cadre multilatéral rénové, plus juste et plus équilibré », a déclaré M. Macron. « Nous devons, à cet égard, accélérer les travaux de modernisation de l’OMC pour mieux répondre, dans un cadre coopératif, aux questions de transparence, de surcapacité, de subventions d’États et de règlements des différends – nous en avons la volonté, nous en avons longuement parlé ». Il a tracé une feuille de route, dont le sommet UE-Chine des 8 et 9 avril prochains, mais aussi le prochain rendez-vous du G20 à Osaka, fin juin 2019. La chancelière allemande, Angela Merkel, a également annoncé son intention de convier les participants à un nouveau sommet commun lors de la présidence allemande du Conseil de l'UE, dès septembre 2020.
« La Chine va certainement poursuivre la voie de la réforme et de l’ouverture, parce que cela fait 40 ans qu’elle est engagée dans cette voie, parce qu’elle a permis à la Chine des changements considérables », a assuré le président Xi Jinping. Cet engagement suppose notamment d'œuvrer pour « bâtir une économie mondiale ouverte, préserver le système commercial multilatéral et promouvoir un développement plus juste de la mondialisation », a-t-il ajouté.
Les représentants européens, M. Juncker en tête, ont aussi appelé Pékin à redoubler d'efforts pour mettre rapidement en œuvre les preuves de sa bonne volonté, pour garantir aux entreprises européennes « le même degré d’ouverture que celui que les [entreprises] chinoises trouvent en Europe ». Ceci, en finalisant au plus vite un accord sur les investissements et un autre sur la protection des indications géographiques, a-t-il indiqué.
Le président français a également insisté sur la nécessité de construire ensemble un « multilatéralisme fort en termes de paix et de sécurité », soulignant l'existence déjà établie d'un « vrai travail conjoint », notamment sur l’Iran ou la péninsule coréenne.
Faire une place à l’UE dans ‘la Ceinture et la Route’
Finalement, les parties sont aussi revenues sur l’importance de la stratégie chinoise de 'Nouvelle route de la soie', ou 'la Ceinture et la Route'. Ils ont appelé à articuler cette stratégie avec les programmes de coopération européens, afin de « bâtir quelque chose de novateur et structurant », selon les mots de M. Macron. « Nous voulons jouer un rôle dans cette nouvelle route de la soie », a souligné Mme Merkel. « Je voudrais que, tous, nous trouvions nos intérêts dans ce grand projet », a ajouté M. Juncker. (Hermine Donceel)