Le commissaire européen à la Coopération internationale, Neven Mimica, a indiqué que les Européens exploraient, au sein du groupe de contact international sur le Venezuela, la possibilité de mettre sur pied « un mécanisme international de coordination et d'acheminement de l'aide humanitaire » à l'intérieur du pays, mardi 12 mars lors d'un débat au Parlement européen à Strasbourg.
« L'aide humanitaire ne devrait jamais faire l'objet d'une politisation » et doit être livrée « de façon impartiale » par des « experts indépendants », a estimé M. Mimica. Il a rappelé qu'en deux ans l'UE avait engagé plus de 67 millions d'euros d'aide d'urgence en faveur des Vénézuéliens restés au pays ou réfugiés dans des pays limitrophes tels que la Colombie et le Brésil.
À ce jour 2,7 millions de personnes ont fui le Venezuela, pays doté des plus grandes réserves de pétrole lourd au monde, mais en proie à une grave crise politique et économique qui culmine depuis cinq jours avec une panne électrique géante. Le chiffre de réfugiés vénézuéliens pourrait monter à 5 millions d'ici à la fin de l'année, a noté le commissaire.
Rejetant toute option militaire, M. Mimica a prôné une solution politique à la crise qui passerait par l'organisation d'élections présidentielles libres et crédibles, l'UE ne reconnaissant pas le deuxième mandat présidentiel de Nicolás Maduro. Au préalable, les prisonniers politiques doivent être libérés et une réforme électorale engagée, a-t-il ajouté.
C'est ce à quoi s'attelle aussi le groupe de contact international composé de pays européens et latino-américains qui se réunira à nouveau au niveau ministériel fin mars en Amérique latine (EUROPE 12196/7).
Lors du débat parlementaire, Esteban González Pons (PPE, espagnol), qui a récemment rencontré le président autoproclamé, Juan Guaidó, a exhorté l'UE à sanctionner davantage de membres du régime Maduro. Il a été soutenu en ce sens par Javier Nart (ADLE, espagnol). Plus modérés, Ramón Jáuregui Atondo (S&D, espagnol) a mis en garde contre « les risques croissants d'un conflit interne au Venezuela » et Charles Tannock (CRE, britannique) a demandé à tous les États membres - ils sont une vingtaine aujourd'hui (EUROPE 12187/11) - de reconnaître la légitimité de M. Guaidó, en tant que président de l'Assemblée nationale, à organiser des élections présidentielles.
À l'extrême gauche, Javier Couso Permuy (GUE/NGL, espagnol) et Konstantinos Papadakis (NI, grec) ont dénoncé les visées impérialistes de puissances étrangères qui, prétextant le rétablissement de la démocratie, essaient de forcer un changement de régime au Venezuela pour mettre la main sur son pétrole, à l'image de ce qui se serait produit en Libye. (Mathieu Bion)