La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité a mis en garde, mercredi 13 mars, contre une situation en Syrie qui ne soit ni une situation de guerre ni une situation de paix.
« L'UE est déterminée à éviter que la Syrie ne devienne une guerre oubliée. Nous entrons dans une phase différente du conflit [...] nous risquons d'entrer dans une zone sans guerre ni paix qui ne constitue pas une base durable pour que les Syriens se sentent chez eux dans leur pays et pour que le pays avance », a-t-elle prévenu lors d’un point presse avec l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Geir Pedersen, à la veille de la Conférence ministérielle sur la Syrie 'Bruxelles III', à laquelle, selon Mme Mogherini, 55 pays et 20 organisations internationales et régionales seront présents.
Alors que le régime reprend de plus en plus le contrôle sur tout le territoire, la Haute Représentante a estimé que gagner la guerre ne voulait pas dire gagner la paix. « Le processus de transition politique inclusif devra avoir lieu afin de réconcilier le pays et d'aller de l'avant. Vous pouvez gagner militairement la guerre […] mais construire la paix, unir le pays et faire de la Syrie la patrie de tous les Syriens, c’est autre chose », a-t-elle souligné, estimant que la paix durable ne pouvait être réalisée qu'à travers des négociations politiques.
De son côté, M. Pedersen a rappelé que la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations Unies contenait tous les éléments nécessaires pour trouver une solution politique au conflit, qui est entré dans sa 9e année.
Une nouvelle fois, Mme Mogherini a prévenu que l’UE ne participerait à la reconstruction de la Syrie qu'une fois qu'un processus de transition serait enclenché, estimant que la position de l’UE pouvait être une « incitation » (incentive) pour que les parties s’engagent dans les négociations de paix. D’autres États commencent déjà à financer la reconstruction du pays.
Plus tôt dans la journée, lors des Journées de dialogue avec la société civile syrienne, le commissaire à la Politique européenne de voisinage, Johannes Hahn, avait rappelé que l’UE n’encourageait pas les retours des réfugiés en Syrie, car les conditions de « sécurité et dignité » ne sont pas réunies. « Les réfugiés doivent retourner dans des conditions de sécurité et de dignité, quand et seulement quand ils le souhaitent. Ces conditions n'existent pas actuellement : Idlib est contrôlée par une organisation terroriste, des représailles ont eu lieu dans les zones reprises par Damas. Les droits de propriété sont activement minés et l'incertitude persiste en ce qui concerne les questions de documentation civile et personne ne sait si les certificats d'études seront reconnus », a-t-il détaillé. « Damas semble avoir l'intention d'examiner les rapatriés pour déterminer s'ils sont 'loyaux', ce qui ralentit et manipule la question du retour, ce qui a des conséquences désastreuses pour les Syriens, mais aussi pour les voisins de la Syrie, la région au sens large et, bien sûr, l'UE », s'est-il de plus inquiété.
Le commissaire a promis que l'UE allait continuer « d'appuyer l'émergence de conditions qui, un jour, permettront à un plus grand nombre de réfugiés de rentrer chez eux. Cela signifie aider les citoyens à demander des comptes aux autorités, promouvoir le respect des droits de propriété et veiller à ce que les documents civils ne soient pas une source d'incertitude pour ceux qui cherchent à rentrer chez eux ». (Camille-Cerise Gessant)