login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 12209
Sommaire Publication complète Par article 23 / 37
INSTITUTIONNEL / Pe2019

Les Verts vont « s’engager dans la bataille des idées » avec Emmanuel Macron, promet Bas Eickhout

EUROPE a eu l’occasion de s’entretenir avec Bas Eickhout (néerlandais), l’un des deux co-Spitzenkandidaten, avec l’Allemande Ska Keller, du Parti vert européen (European Green Party – EGP) pour les élections européennes, en marge de la conférence de presse de lancement de campagne des familles politiques écologistes, qui s’est tenue mercredi 6 mars à Bruxelles (EUROPE 12208/17). L’occasion pour lui d’évoquer les manifestations pour le climat, de commenter la récente contribution sur l’Union européenne du président français, Emmanuel Macron (EUROPE 12207/13), et de partager ses observations sur le Brexit (propos recueillis par Lucas Tripoteau).

Agence Europe - Êtes-vous optimiste pour les élections européennes eu égard aux récents sondages et tendances de votes ?

Bas Eickhout - Je suis surtout optimiste en raison des personnes s’appropriant la rue [en référence aux manifestations pour le climat à travers l’Europe], pour être honnête. Les sondages sont quelque chose que les politiciens regardent systématiquement, mais je pense que ce qu’on voit aujourd’hui est bien plus important : que dans de plus en plus de pays, des personnes manifestent dans la rue et demandent un changement. 

Nous sentons donc un réel soutien pour ce que nous avons essayé de faire et pour ce que nous avons fait au Parlement européen. Pour ce que nous voulons améliorer et accélérer. 

Pour ce faire, vous avez bien sûr besoin d’un soutien public et c’est ce que nous voyons aujourd’hui dans les rues. Je pense que les gens commencent à réaliser que les choses doivent changer et que ce changement ne se fera pas de lui-même. 

Les politiciens promettent toujours un changement. Même Manfred Weber [Spitzenkandidat pour le PPE] parle maintenant « d’heure du changement ». Mais voyons, il faut être crédible ! 

Les gens commencent à réaliser que tous les cinq ans, ou qu’à chaque fois qu’il y a des élections, les politiciens clament : « Nous voulons du changement. » Mais je pense que les gens l’exigent vraiment aujourd’hui. 

C’est quelque chose qui s’apparente à un gros soutien pour différents mouvements tels que celui des Verts et ça me rend optimiste. 

Pensez-vous qu’il s’agisse d’un mouvement unique en son genre ?

La mobilisation est unique, parce que c’est vraiment un mouvement ascendant, et c’est très fascinant. 

On voit aussi que les partis centristes ont des problèmes avec ce mouvement. Ils ne peuvent pas croire que ce soit un mouvement spontané qui s’organise de lui-même à travers les réseaux sociaux. 

Les gens demandent des politiques différents. Les partis centristes sont en difficulté, car ils sont habitués à avoir des organisations descendantes. 

Bien sûr qu’il y a eu des mouvements par le passé, mais on a le sentiment que c’est bien plus massif cette fois et plus fondamental. Et les politiciens actuels doivent s’adapter à cela. 

Est-ce que les Verts vont bénéficier de cette mobilisation durant les élections européennes ?

Cela dépend bien sûr des pays. Le niveau d’acceptation que vous pouvez avoir en tant que parti politique diffère dans les différents États. Nous aurons différentes traductions en politique. 

Si vous n’avez pas été visibles et présents par le passé, vous ne pouvez pas attendre de mouvements qu’ils disent soudainement « faites-moi confiance, votez pour moi et j’apporterai du changement ». À l’inverse, dans d’autres pays, par exemple aux Pays-Bas, les gens pensent que les Verts sont un mouvement dont ils sont proches. 

Pour nous, c’est comme courir un marathon. Ce n’est pas un sprint. Si vous voulez mettre en œuvre le changement pour une autre Europe, vous avez besoin d’être suffisamment enraciné pour ce faire. 

Je pense que nous allons profiter de ces mobilisations, que nous gagnerons et serons plus forts grâce à cela. Dans le même temps, vu que les partis du centre vont perdre leur force, ça va nous donner une meilleure position. 

Mais nous savons aussi pertinemment que ce n’est que le début du commencement. C’est ce pour quoi nous poussons, mais c’est une bataille qui prendra plus que quelques mois d’élections. 

Dans un délai de cinq ans, nous devons croître davantage et voir ce mouvement à travers toute l’Europe. Cela se fait étape par étape. 

Après la publication d’une contribution sur l’Europe par Emmanuel Macron, le président français, êtes-vous prêts à discuter avec lui ?

Ce que je trouve bien est que cela a lancé un débat dans tous les pays. Cela nous donne le débat européen et cela fait des années que nous demandons un débat européen. C’est bien que M. Macron vienne avec ça. 

Comme Ska [Keller] l’a dit [durant la conférence de presse], nous sommes prêts à nous engager dans la bataille des idées. Sur le contenu, je pense que l’idée de ‘quelle Europe voulez-vous’ est très bonne. Mais quelles sont ses idées ? C’est très intergouvernemental, très institutionnel, il règle chaque problème avec une nouvelle agence, une nouvelle institution, une nouvelle banque. C’est très institutionnel. 

Mais derrière ces institutions, je ne vois pas beaucoup de changements. Vous ne pouvez pas apporter le changement avec de nouvelles institutions, vous devez changer les règles. Car à la fin, les institutions ne font qu’appliquer les règles. 

Et je pense que M. Macron manque de fond sur le type de règles qu'il veut changer. Comment va-t-il le faire en France, puisqu’il peut le faire en tant que président français ? 

Mais oui, nous nous engageons dans la bataille. Il a donné un bon coup d’envoi au débat, et nous allons défier ses idées. 

Quelle est votre vision du Brexit ?

C’est très difficile à prédire. La semaine prochaine va être une nouvelle semaine de crise, je pense. Le Brexit va de semaine de crise en semaine de crise. 

Je pense que le plus gros problème est que Mme May essaie encore de trouver une majorité au Parlement à travers des alliances de partis. C’est de la politique politicienne. Et cela est plus important pour Mme May que d’obtenir un accord juste avec lequel une majorité des Britanniques peuvent vivre. Elle veut unir les conservateurs et espère que sa majorité les unira. 

Mais, excusez-moi, nous parlons d’un changement massif pour un tel pays. Donc vous devez bâtir une alliance plus large qu’au seul sein de votre propre parti. 

Cette politique politicienne est en train de tuer l’accord. Aussi longtemps que Mme May gardera cette politique se limitant au parti, je pense qu’il sera très difficile d’obtenir une majorité. Et aussi longtemps que nous ne verrons pas de changement clair à la Chambre des communes pour bâtir une majorité regroupant plusieurs partis, je pense que la seule solution est de poser à nouveau la question au peuple. 

Mais cela doit se jouer la semaine prochaine. Mme May espère toujours retrouver sa majorité de parti mardi. Les partisans d’une ligne dure sont toujours unis, et iront dans cette direction. Je pense que ce sera encore difficile. 

Puis, mercredi, il y aura un vote sur un scénario sans accord, ce qui n’obtiendra pas non plus de majorité. Et jeudi, il y a un vote sur l’extension [de la période durant laquelle le Royaume-Uni sera encore un État membre] et elle peut probablement réunir une majorité pour ce faire. 

Ensuite, nous dirons « OK, nous pouvons discuter de l’extension », mais seulement si nous voyons un changement politique et la formation d’autres majorités. S’il s’agit d’une extension juste pour aider les conservateurs à lutter contre leurs querelles internes, excusez-moi, mais pourquoi ferions-nous ça ?

Sommaire

POLITIQUES SECTORIELLES
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
ACTION EXTÉRIEURE
SOCIAL
COUR DE JUSTICE DE L'UE
INSTITUTIONNEL
INFRACTIONS AU DROIT DE L'UE
BRÈVES