Face à un ralentissement de la croissance en zone euro plus marqué que prévu, la Banque centrale européenne (BCE) a adopté à l'unanimité de nouvelles mesures accommodantes de politique monétaire, jeudi 7 mars, en annonçant notamment qu'elle ne relèverait pas ses principaux taux directeurs avant 2020.
« Nous avons décidé de maintenir inchangés les principaux taux directeurs de la BCE. Nous nous attendons à ce qu'ils demeurent aux niveaux présents au moins jusqu'à fin 2019 », a en effet déclaré le président de l'institut, Mario Draghi, précisant que ce pilotage des anticipations ('forward guidance') sur les taux serait maintenu tant que la trajectoire de l'inflation n'aura pas retrouvé un niveau proche, mais inférieur à 2 % (1,5 % en février).
Les taux directeurs de la BCE sont les suivants : 0,00 % pour les opérations principales de refinancement, 0,25 % pour la facilité de prêt marginal et -0,40 % pour la facilité de dépôt.
Comme lors de la dernière réunion décisionnelle du Conseil des gouverneurs (EUROPE 12179/20), la BCE a estimé que les risques baissiers pesant sur la croissance en zone euro étaient majoritaires.
« Ce n'est pas fréquent », a noté M. Draghi, qui a principalement attribué la persistance de ces risques à des facteurs externes tels que les risques géopolitiques, les tensions commerciales internationales et les vulnérabilités observées sur certains marchés émergents.
Les nouvelles prévisions de croissance, qu'a dévoilées jeudi l'institut monétaire, font ainsi état d'une modération marquée du rythme de l'expansion économique en zone euro. La croissance a en effet été revue « substantiellement à la baisse » pour 2019, à hauteur de 1,1 % du PIB, et « légèrement » à la baisse pour 2020, à hauteur de 1,6 % (1,5 % en 2021).
Concernant la hausse des prix, la BCE table désormais sur la trajectoire suivante revue à la baisse par rapport aux prévisions précédentes : 1,2 % en 2019, 1,5 % en 2020 et 1,6 % en 2021.
Le Conseil des gouverneurs demeure néanmoins confiant dans la capacité de l'économie de la zone euro à traverser cette période d'incertitude prolongée, M. Draghi faisant valoir l'existence de facteurs propices à stimuler l'inflation, tels que la hausse continue des salaires, le maintien d'une consommation soutenue et des conditions de financement souples.
Outre le pilotage des anticipations sur les taux, la BCE a décidé de continuer de réinvestir, tant que les taux directeurs n'auront pas été augmentés à nouveau, les montants des obligations arrivant à maturité qui avaient été acquises dans le cadre de l'opération de rachat massif de titres essentiellement publics ('quantitative easing' ou QE).
Surtout, a été lancée jeudi une nouvelle opération ciblée de refinancement bancaire à moyen terme ('TLTRO-III') afin de garantir aux institutions financières des conditions favorables de refinancement. Cette opération se déroulera entre septembre 2019 et mars 2021 et portera sur des titres d'une maturité de deux ans. (Mathieu Bion)