S'accordant le temps de l'analyse des facteurs qui expliquent un ralentissement de la croissance, la Banque centrale européenne (BCE) maintiendra au moins jusqu'en mars le cap de sa politique monétaire accommodante dans une ère post-'quantitative easing', a indiqué son président, Mario Draghi, jeudi 24 janvier.
L'institut monétaire garde confiance dans la vigueur de l'économie de la zone euro qui est notamment soutenue par des conditions de financement très favorables et la hausse salariale, même si celle-ci ne se répercute pas rapidement sur le niveau de l'inflation. « Cela va se produire, c'est une question de temps », a estimé M. Draghi, à ce propos.
Néanmoins, a indiqué l'ancien gouverneur de Banca d'Italia, le Conseil des gouverneurs reconnaît « à l'unanimité » que, face à « des données moins bonnes que prévu », l'élan de l'expansion économique s'est affaibli et que les risques baissiers pesant sur l'économie de la zone euro sont à nouveau prépondérants.
Parmi la liste de facteurs qui pèsent négativement sur la croissance, M. Draghi a cité des facteurs externes tels que les risques géopolitiques, la montée du protectionnisme, la volatilité des marchés financiers, ainsi que des facteurs internes tels que l'incertitude liée au Brexit et « les évolutions politiques » dans certains pays de la zone euro.
Face à une telle situation, « le Conseil des gouverneurs se donne plus de temps v» pour affiner son analyse et il procédera à « une nouvelle discussion », jeudi 7 mars, sur les implications de la situation économique en termes de politique monétaire, a indiqué M. Draghi.
D'ici là, même si l'opération de rachat massif de titres essentiellement publics ('quantitative easing' ou QE) a pris fin (EUROPE 12159), la politique monétaire de la BCE demeurera accommodante de plusieurs manières : - les taux directeurs resteront aux niveaux faibles actuels au moins jusqu'à l'été 2019 et jusqu'à ce que la trajectoire de l'inflation soit conforme à la mission première de la BCE (inflation proche, mais inférieure à 2 %) ; - la politique de réinvestissement des titres privés et publics acquis, notamment via le QE, se poursuivra sur une période prolongée après une première remontée des taux directeurs.
Les taux directeurs de la BCE sont les suivants : 0,00 % pour les opérations principales de refinancement, 0,25 % pour la facilité de prêt marginal et -0,40 % pour la facilité de dépôt. Les marchés n'anticipent plus une hausse des taux directeurs avant 2020, tandis que la FED américaine fait comprendre qu'elle ralentira le rythme de hausse de ses propres taux. (Mathieu Bion)