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Bulletin Quotidien Europe N° 12182
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ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / Économie

Controverse au niveau européen sur le réel impact économique du plan 'Juncker' d'investissement

Le plan 'Juncker' d'investissement est un succès suffisant pour que cette expérience innovante soit prolongée au-delà de 2020. Mais plusieurs institutions européennes divergent sur le réel impact que cette initiative reposant sur une utilisation innovante du budget de l'UE a produit à ce stade. 

Des questions se posent notamment sur la captation par le Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS), le bras financier du plan 'Juncker' géré par la Banque européenne d'investissement (BEI), de projets qui trouveraient un soutien financier par d'autres instruments européens existants, sur l'ampleur des investissements privés attirés et sur une répartition homogène de la couverture géographique de ces investissements. 

La Cour des comptes européenne ne met pas en doute l'efficacité du plan 'Juncker' à attirer de nouveaux investissements. Elle estime toutefois que « certaines opérations du FEIS ont remplacé d'autres opérations de la BEI et d'autres instruments financiers », notamment dans les secteurs du transport et de l'énergie, dans un rapport publié mardi 29 janvier. Selon elle, fin 2017, « près d'un tiers des projets financés au titre du volet 'infrastructures et innovation' auraient été entrepris sans le soutien du FEIS ». 

Comparé à 2014, la BEI a multiplié « par quatre » ses opérations risquées, a reconnu Leo Brincat, membre de la Cour des comptes européenne. Mais cette prise de risque accrue demeure inférieure à ce qui était initialement prévu et elle s'est effectuée par des instruments classiques (prêts à maturité longue ou à des contreparties plus risquées), selon les auditeurs de l'UE. 

En outre, la Cour est d'avis que la méthodologie utilisée exagère l'ampleur des investissements privés additionnels attirés par le FEIS, la Commission européenne et la BEI faisant état d'un effet de levier de 1 à 15. « Nous pensons réellement qu'il y a un effet de levier, mais nous pensons que l'effet de levier décrit est surestimé », a-t-on indiqué au sein de la Cour. 

Enfin, l'analyse de la couverture géographique des opérations du FEIS apparaît déséquilibrée, d'après la Cour. Au 30 juin 2018, les opérations du volet 'infrastructures et innovation' étaient concentrées en France (18 %), en Italie (17 %) et en Espagne (12 %). « Les pays ayant le plus recours au FEIS sont ceux qui disposent des banques nationales de développement les plus dotées et actives », souligne-t-elle. 

La Commission européenne et la BEI, même si elles se disputent le leadership du programme InvestEU destiné à prendre la relève du plan 'Juncker' après 2020 (EUROPE 12177), s'inscrivent en faux contre la position de la Cour des comptes européenne, faisant valoir que nombre des recommandations émises sur le FEIS ont déjà été appliquées. 

Réagissant au rapport de la Cour des comptes, le président de la BEI, Werner Hoyer, a admis que certains projets soutenus par le FEIS auraient pu être financés d'une autre manière. Il a toutefois souligné que la Banque de l'UE était « unique » dans sa capacité à octroyer autant de prêts à maturités longues. Et de noter que l'ingénierie financière n'était pas populaire partout dans l'UE. 

Sur la répartition géographique des opérations, M. Hoyer a rejeté l'argument en bloc. « C'est un non-sens complet », a-t-il estimé. D'après lui, par rapport au PIB national, les quatre pays ayant le plus bénéficié des opérations du FEIS sont la Grèce, l'Estonie, l'Espagne et la Lituanie.

Quant à la surestimation de l'effet de levier, Pier Luigi Gilibert, directeur général du Fonds européen d'investissement au sein de la BEI, a fait valoir que la méthodologie avait été révisée et approuvée depuis qu'un cas de double comptabilité avait été identifié dans un projet. 

Se disant « surprise par une telle mauvaise publicité », Annika Breidthardt a indiqué, au nom de la Commission, que le volume des investissements privés attirés était révisé à la fin de chaque projet et que la mesure de l'effet de levier escompté - en l'occurrence 375 milliards d'euros pour une garantie publique de 21 milliards - valait pour l'ensemble du portefeuille du FEIS. (Mathieu Bion)

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