La Commission européenne a publié, mardi 29 janvier, un premier bilan mitigé des engagements pris par les plates-formes et le monde de la publicité pour lutter contre la désinformation à la suite de sa communication du printemps 2018 (EUROPE 12010). Pourtant, elle repousse à fin 2019 (et donc à la prochaine mandature) la possibilité qu'elle s'était laissée de légiférer sur ce dossier.
« Il y a des signes encourageants d’un début d’action… Ce que nous demandons, c’est d’accélérer, de redoubler d’efforts et d’être encore plus concrets pour l’ensemble des citoyens et des États membres », a conclu la commissaire Mariya Gabriel lors d'une conférence de presse.
Des engagements individuels
L'Union européenne s'inquiète notamment de l'influence des fausses nouvelles lors des élections européennes, prévues en mai 2019. Persuadée que l'approche réglementaire n'était pas idéale, vu le délai de mise en œuvre nécessaire, la Commission européenne a opté au printemps 2018 pour une approche volontaire. Elle a mis en place un forum multipartite - composé, d'un côté, par des représentants des plates-formes et des publicitaires, de l'autre, par des représentants de la société civile et des télévisions commerciales - chargé de définir une série d'indicateurs clés en la matière.
Sur cette base, les signataires - Facebook, Google, Twitter et Mozilla, pour les plates-formes, la Fédération mondiale des annonceurs, l'Association européenne des agences de communication et le Bureau de la publicité interactive en Europe, pour le secteur de la publicité - ont présenté leur feuille de route individuelle (EUROPE 12118).
Bien, mais peut mieux faire
Pour cette toute première évaluation des feuilles de route, la Commission présente un bilan mitigé. Pour ce qui concerne les plates-formes, elle observe des progrès dans certains domaines, comme la suppression des faux comptes, la transparence des publicités politiques ou la privation des pourvoyeurs de fausses informations de leurs sources de revenus. Mais elle estime aussi que certaines mesures font encore défaut, en matière de transparence des publicités thématiques ou encore de coopération opérationnelle avec les vérificateurs de faits et le monde de la recherche.
En outre, la disponibilité d'outils d'autonomisation des consommateurs semble être limitée à un certain nombre d'États membres, note la Commission. En conférence de presse, les commissaires Mariya Gabriel et Julian King ont également déploré que certaines initiatives ne soient limitées qu'à certains États : par exemple, le fait que Facebook ne travaille avec des vérificateurs de faits que dans 7 États membres. « Les rapports, à ce stade, sont parcellaires, opaques et sélectionnés : on doit améliorer ça [...] On ne peut pas se réveiller au lendemain des élections et réaliser qu’on aurait pu et dû faire mieux », a commenté le commissaire King, chargé de l'Union de la sécurité, déplorant aussi que de nouvelles mesures aient été annoncées par les plates-formes la veille de la publication du rapport (EUROPE 12181).
Pour ce qui concerne le secteur de la publicité, si le rapport se réjouit que 4 organisations aient cosigné le code de bonnes pratiques, il déplore qu'aucune entreprise membre n'y ait adhéré.
La version des cosignataires
Lors d'une conférence organisée le même jour sur ce thème, plates-formes et monde de la publicité ont affirmé accorder une attention particulière aux fausses nouvelles. Facebook a ainsi affirmé que 30 000 personnes travaillent sur cette thématique et que 800 millions de faux comptes ont été fermés en 2018. Face aux critiques du public, notamment d'un représentant d'Avaaz (exhortant Facebook de prévenir ses utilisateurs que 'nos démocraties sont en feu'), le représentant de Facebook, Thomas Myrup Kristensen, a insisté sur l'importance de la formation aux médias.
Townsend Feehan, du Bureau de la publicité interactive en Europe, a, quant à elle, avancé une ébauche de réponse au fait qu'aucun membre professionnel n'avait cosigné la déclaration. Selon elle, cela s'expliquerait par la définition trop vague des fausses nouvelles et le fait que la présence de vérificateurs de faits n'allège pas la notion de responsabilité juridique d'une entreprise. Selon elle, il y aurait un mauvais alignement général entre l'échelle du problème et le champ couvert par le code de bonne conduite.
Le rapport de progrès de la Commission porte sur la période jusqu'au 31 décembre 2018. Elle produira un rapport par mois entre février et mai 2019. La prochaine Commission devra mener une évaluation globale (pour décider d'éventuelles mesures supplémentaires) avant la fin de 2019.
Lien : https://bit.ly/2RWvMRu. (Sophie Petitjean)