Le sommet européen s'ouvrira, jeudi 13 décembre, plein d’incertitudes quant au sort du retrait ordonné du Royaume-Uni de l’Union européenne et du processus de ratification de l'accord agréé fin novembre avec Theresa May (EUROPE 12145). Le sort de la dirigeante britannique était tout aussi incertain, mercredi après-midi, celle-ci devant affronter dans la soirée un vote de défiance lancé par les députés conservateurs.
Les Tories ont en effet atteint, mardi 11 décembre, le seuil de 48 signatures requis pour mettre en jeu sa place de dirigeante des 'Tories' et de Premier ministre du pays, le vote devant intervenir entre 20 et 22 heures, heure de Bruxelles. Theresa May, selon le Financial Times, avait d’ailleurs offert dans la journée de démissionner d'ici à la prochaine élection, histoire de gagner du soutien lors de ce vote de défiance et de pouvoir conclure les pourparlers sur l’accord de retrait et la déclaration politique sur les futures relations avec l’UE.
Les Européens ne voulaient en tout cas pas se prononcer sur ces développements politiques internes et cette instabilité, mercredi, mais ils seront prêts à écouter Mme May jeudi soir à l’entame du sommet. Si, naturellement, elle reste Premier ministre, elle sera invitée à s'exprimer à la fin de la première session de travail, jeudi avant le dîner. Puis, après le dîner à Vingt-huit, les Vingt-sept débattront de la façon de répondre aux requêtes de Mme May, a indiqué un haut diplomate mercredi.
Ils verront alors comment répondre aux demandes de réassurances qu'elle pourrait soumettre, ces demandes devant probablement porter sur le fait que le filet de sécurité pour l’Irlande ne devrait jamais avoir vocation à s’appliquer (ce que ne cesse de dire le négociateur en chef de l'UE, Michel Barnier, et ce que prévoit l’accord de retrait) ainsi que sur l’engagement des Vingt-sept à négocier au plus tôt le futur accord de libre-échange (dont la conclusion devrait permettre de ne pas avoir recours à ce filet de sécurité). Mais, à l’entame du sommet, la forme concrète et légale de ces garanties n’était pas non plus très claire, les Vingt-sept devant aussi décider si ces assurances seront mises par écrit dans des conclusions.
Une chose est certaine : il sera « impossible » pour Mme May d’espérer modifier le contenu de l’accord de retrait, lequel n’est plus négociable depuis qu’il a été approuvé conjointement le 25 novembre - a repris ce diplomate - ni même le contenu de la déclaration politique. « Mais tout le reste, on peut le discuter » ; toutefois, comme l’accord de retrait, le texte de la déclaration politique est « clair et, je pense, légalement contraignant », a repris ce diplomate. Les Vingt-sept pourraient néanmoins entendre Mme May et ce qu’elle a à dire sur la nature de cette déclaration.
En tout cas, rien de ce qui pourrait être donné à Mme May ne pourra « distordre ou changer le filet de sécurité », a tranché un autre diplomate. Cet avertissement a été envoyé tous ces derniers jours à Mme May (EUROPE 12157) et encore été asséné mercredi par la chancelière allemande, Angela Merkel.
Intensifier la préparation au 'no deal'
Néanmoins, les Vingt-sept ne fermeront pas la porte et débattront justement de l’aide éventuelle à apporter à la dirigeante. Mais ce sommet européen sera aussi celui de la préparation à une absence d’accord : les difficultés de ratification au Parlement britannique (le vote du 11 décembre a déjà été reporté) augmentent la probabilité d’une sortie sans accord, a repris le premier diplomate. « Il y a donc une obligation du côté européen d’intensifier la préparation » à ce scénario, la Commission européenne étant chargée de ce travail.
Bien sûr, il existe une autre option : une demande d’extension de l’article 50 faite par le Royaume-Uni pour éviter cette sortie sans accord « dont personne ne veut », dit ce diplomate. Mais « la question sera aussi : quel est l’objectif de cette extension » et pourquoi le Royaume-Uni la demande-t-il ? - ajoutait cette seconde source. S’il n’y a a priori pas d’obstacles idéologiques à cette extension, les Vingt-sept fermeraient en revanche la porte à une extension qui viserait à défaire l’accord trouvé le 25 novembre. (Solenn Paulic)