Alors que les études et les rapports sur les conséquences du Brexit dans les régions de l’UE à 27 se multiplient, il devient de plus en plus clair que l’UE doit créer des mécanismes pour soutenir les territoires affectés négativement par le départ du Royaume-Uni, expliquent deux eurodéputés de la commission du développement régional du PE, Marc Joulaud et Lambert van Nistelrooij. Les négociations en cours sur le prochain cadre financier pluriannuel offrent une occasion unique de mettre en place un « Fonds Brexit » à cette fin, selon les deux députés.
En mars dernier, le Comité européen des régions a publié un rapport détaillant les conséquences du Brexit sur le commerce et l’économie dans les régions et les villes de l’Union à 27. Des travaux similaires ont été menés dans différentes régions d’Europe avec, partout, la même conclusion : quelle que soit la nature de la future relation entre l’UE et le Royaume-Uni, le Brexit aura un impact considérable sur nos régions.
Ce constat est vrai en Irlande, pour des raisons évidentes, mais aussi dans de nombreux autres États membres. Dans la région française des Pays de la Loire, par exemple, on estime que le Brexit aura des effets négatifs dans des secteurs comme la pêche, l’agriculture, le tourisme et les activités portuaires.
Aux Pays-Bas, la perte pour l’économie pourrait représenter 1,2 % du PIB à l’horizon 2030.
En Pologne, un document récent a mis en garde sur le fait que, peu importe le scénario, chaque entreprise devrait s’attendre à des difficultés commerciales.
La politique de cohésion a un rôle clé à jouer
En dépit de ces éléments concrets, la Commission européenne a adopté une attitude attentiste qui maintient le statu quo. Elle considère que l’impact précis du Brexit n’est pas encore connu et que les règlements proposés devraient être suffisamment flexibles pour répondre à ces défis.
Nous pensons que c’est une double erreur.
D’abord, parce que cela n’envoie aucun message positif à nos régions, à un moment où l’incertitude nourrit les inquiétudes, en particulier dans les régions qui deviendront demain des frontières européennes extérieures.
Ensuite, parce que l’UE a justement la possibilité d’agir maintenant et d’envoyer un signal fort, au lieu de se contenter d’attendre que les dégâts soient faits et de réagir « trop peu et trop tard » a posteriori.
Cette attitude attentiste est d’autant plus incompréhensible que la demande politique est forte et largement partagée.
En plus du Comité des régions, la Conférence des régions périphériques et maritimes a réalisé un travail très éclairant sur cette question et un nombre important de représentants locaux et régionaux réclament une action européenne à cet égard.
L’impact du Brexit sera asymétrique, à la fois d’un point de vue géographique et sectoriel. Étant donné que le but de la politique de cohésion est précisément de fournir un soutien sur mesure à nos régions, cette politique d’investissement importante apparaît comme un instrument privilégié pour anticiper et atténuer les effets négatifs attendus.
Par conséquent, les négociations en cours sur la future politique de cohésion offrent une opportunité unique de mettre en place un fonds spécifique à destination des régions directement affectées par le Brexit.
À cette fin, une proposition d’amendement a été déposée en commission du développement régional du Parlement européen sur le règlement portant dispositions communes. Il préconise la création d’un fonds spécifique de soutien de 120 millions d’euros pour les régions de l’UE impactées par le retrait du Royaume-Uni de l’Union.
Cet amendement souligne également qu’une attention particulière doit être portée aux régions de l’UE qui, du fait du Brexit, se retrouveront sur une nouvelle frontière extérieure de l’Union (terrestre ou maritime), comme les Hauts de France ou la Hollande-Méridionale.
De tels dispositifs qui visent à soutenir les régions dans un contexte d’évolution des frontières extérieures de l’UE ont déjà existé par le passé.
Par exemple, en 2001 (lorsque Michel Barnier était commissaire chargé de la Politique régionale) une ligne budgétaire spécifique avait été créée pour soutenir les régions de l’UE partageant une frontière avec les futurs nouveaux États membres et dont les frontières étaient de facto vouées à voir leur situation évoluer.
Il est temps d’agir
Le Parlement européen doit être en première ligne pour protéger les citoyens et les économies des Régions européennes face aux défis engendrés par le Brexit.
Ces régions vont voir leur situation mise à mal par quelque chose qu’elles n’ont pas souhaité et dont elles ne sont pas responsables.
Nous considérons que l’UE a la responsabilité d’agir maintenant afin d’anticiper, d’atténuer l’impact et de montrer à ses citoyens que l’Europe est là pour les protéger.
Les enjeux et le chemin à prendre sont clairs, ce qui est nécessaire maintenant, c’est la volonté politique pour agir avant qu’il ne soit trop tard.