Un discours court, mais sincère et plutôt efficace, plutôt qu’un long plaidoyer passionné. C’est un message de 35 minutes qu’a adressé mardi à Strasbourg la chancelière allemande, Angela Merkel, lors d'un discours sur l’avenir de l’UE. Alors que la dirigeante allemande a annoncé qu’elle ne briguerait plus en décembre la présidence de son parti, la CDU, et qu’elle accumule les difficultés sur le plan national, elle était attendue sur d’ultimes engagements européens. Cela a été le cas avec son soutien au projet d'une armée européenne.
La chancelière a d’abord rendu un vibrant hommage au pluralisme et à la diversité européens et à cette volonté de « toujours parvenir à un accord » ensemble. Évoquant les divisions qui menacent actuellement le projet européen, la chancelière a redit à quel point le pluralisme, mais aussi la défense des libertés et la tolérance, « constituent l’âme de l’Europe ».
Citant tous les bouleversements qui entourent l’UE, à l’extérieur comme à l’intérieur, par exemple avec la sortie du Royaume-Uni, Angela Merkel a voulu remettre la solidarité au centre du projet européen, sans laquelle « aucun succès n’est possible ». La solidarité est une « condition indispensable pour le fonctionnement de toute communauté ».
La chancelière a ensuite poursuivi sur l’État de droit, jugeant qu’un pays de l’UE qui remet en question ces principes les remet en cause pour l’ensemble des pays de l’UE. Néanmoins, sur la crise migratoire avant 2015, « l’Allemagne ne s’est pas toujours comportée comme elle aurait dû ; on a mis trop de temps » pour comprendre que la crise des réfugiés était « européenne et qu'il fallait l’aborder en tant que telle ». Pour Mme Merkel, il faut aussi maintenant redoubler d’efforts pour aider l’Afrique.
Une armée et un Conseil de sécurité européens
Il est « important que nous nous aidions tous » et c’est « ensemble que cette Europe est vraiment forte et peut défendre ses intérêts ». La chancelière a très concrètement illustré cette idée en prenant position en faveur d’une armée européenne qui devra voir le jour. Mme Merkel a aussi plaidé pour un Conseil de sécurité européen avec une présidence tournante. Se faisant copieusement siffler dans l’hémicycle, elle a assuré que ce projet ne venait en rien concurrencer l’OTAN, mais le compléter.
La chancelière a insisté sur le fait que l’UE seule devait prendre son « propre sort entre ses mains ». Elle a aussi affirmé qu'en matière de défense, il fallait renoncer à l’unanimité « là où nos traités le permettent ». « Je ne vois pas du tout de contradiction avec l’OTAN », a-t-elle encore répondu à ses détracteurs. Il faut aussi logiquement une politique commune d’exportation des armements, a-t-elle ajouté.
Toutefois, à l’exception de ce rapprochement ‘militaire’ avec Paris, la chancelière a douché certains espoirs. Sur la réforme de la zone euro, elle a redit son soutien à Paris dans cette démarche, mais elle n’a pas donné d’indication spécifique.
Idem pour la taxe sur les géants du numérique. Là encore, la chancelière a dit son souhait qu’une solution soit trouvée au niveau de l’OCDE et, à défaut, au niveau européen, si rien n’est possible au niveau international.
Plus tard, devant les députés, elle s’est défendue de ces critiques de ‘valses-hésitations’ qu’on lui prête. Elle s’est amusée d’un certain décalage entre la vision absolue que veulent suivre les eurodéputés et les contingences pratiques. Pour la chancelière, il est impératif de trouver les compromis et de respecter les avis divergents, notamment ceux de son pays. Il n’y a pas de politique possible autrement.
Elle s’est dite convaincue que l’UE est le lieu de l’avenir et de la prospérité et qu’il faut se battre pour la défendre. Les récentes cérémonies de commémoration de la Première Guerre mondiale ont sonné comme un rappel. « Voilà pourquoi on ne peut rater cette chance ; les nationalismes et l’égoïsme ne doivent plus avoir de prise en Europe. »
Députés atlantistes et critiques
Sifflée par certains députés lorsqu’elle a pris position en faveur d’une armée européenne, la chancelière a aussi été critiquée pour certains choix, entre autres, par le chef de file allemand du groupe S&D au PE, Udo Bullmann, qui a déploré que l’Allemagne ait été si dure avec la Grèce pendant la crise de la dette et que cette attitude ait abouti à mettre la Grèce sous la tutelle de la Troïka.
Pour sa part, le Belge Guy Verhofstadt l’a interpellée sur les agissements de Viktor Orbán, membre de sa famille politique, qui pourrait provoquer le déménagement de l’Université d’Europe centrale. Ces tensions intérieures dans l’UE « peuvent lui être fatales », a-t-il mis en garde. L'Allemande Ska Keller, coprésidente des Verts/ALE, a regretté que l’Allemagne ne soit pas assez ambitieuse sur le changement climatique.
Enfin, sa compatriote Gabi Zimmer (GUE/NGL) a critiqué ce projet d’armée européenne. Sur la migration, Gabi Zimmer a en effet salué le rôle de la chancelière, qui a bien fait de ne pas fermer les frontières à l’époque. Mais elle s’est aussi demandé pourquoi « vous fermez aujourd’hui les yeux sur les morts en Méditerranée ». (Solenn Paulic)