Le dernier cycle de négociations sur la sortie du Royaume-Uni de l'UE avant le sommet européen des 19 et 20 octobre s’est achevé, jeudi 12 octobre, sans « grandes avancées », a estimé Michel Barnier, jeudi 12 octobre. Pire, l'« impasse » est totale concernant la question du solde budgétaire de sortie de l'UE, selon le négociateur en chef de l’UE.
Devant la presse, M. Barnier et son homologue britannique, David Davis, ont fait état des progrès engrangés pendant ce dernier cycle mais sont restés campés sur leurs positions respectives.
« Cette semaine, le Royaume-Uni nous a dit qu’il n’était toujours pas prêt » à préciser les engagements financiers que le Premier ministre britannique, Madame Theresa May, avait reconnus le 22 septembre dans son discours de Florence (EUROPE 1868), a commenté, déçu, Michel Barnier, précisant que seules des discussions techniques ont été possibles. Pour cette raison, « je ne suis pas en mesure de proposer d’ouvrir les discussions sur la future relation », a admis Michel Barnier. Et d'ajouter : « On est là-dessus dans une impasse extrêmement préoccupante pour les milliers de porteurs de projets et pour les contribuables ».
De son côté, David Davis a expliqué qu’un examen rigoureux de tous les détails techniques de cette question financière avait été fait cette semaine mais qu’il n’y avait pas eu d’accord sur les engagements spécifiques. Cela « viendra plus tard », a-t-il reconnu.
Le négociateur britannique a néanmoins appelé le Conseil européen à envoyer des signaux positifs en direction de Londres. Les vingt-sept leaders européens pourraient notamment modifier le mandat de Michel Barnier afin qu’il mène des discussions sur une phase de transition d'environ deux ans demandée par Theresa May.
Le ministre du Brexit a, par ailleurs, insisté à nouveau sur le fait que le gouvernement britannique se préparait à toutes les options, y compris au scénario d'une sortie de l'UE sans accord ('« no deal »'). Il a déjà commencé à mettre de l’argent de côté pour cette alternative, a expliqué le ministre.
Volonté politique
Le négociateur en chef de l’UE a néanmoins estimé qu’avec la volonté politique suffisante, ces obstacles pourraient être levés et que des progrès seraient tout à fait possibles d’ici au sommet européen de décembre. Il fera tout pour régler ces difficultés et parvenir à un accord intermédiaire avec le Royaume-Uni qui permettrait de passer aussi vite que possible à la seconde phase portant sur la future relation commerciale bilatérale.
Les deux négociateurs ont convenu de fixer de nouveaux rendez-vous de négociations sur la phase du divorce d’ici à décembre, dates qui n’étaient pas encore arrêtées ce 12 octobre, selon le service de presse de M. Barnier.
Avancées sur les droits des citoyens
Cette semaine, des progrès ont été enregistrés sur la question des droits des citoyens et la façon dont l’accord de retrait pourra directement s’appliquer au Royaume-Uni et protéger les ressortissants européens toujours sur place ou les citoyens britanniques présents dans l’UE.
Sur ce point, David Davis a annoncé un mécanisme simplifié pour que les Européens déjà résidents permanents au Royaume-Uni puissent voir leur statut renouvelé. Une procédure de test simplifiée pour avoir accès à un nouveau titre permanent sera mise sur pied, a notamment expliqué le Britannique.
Michel Barnier a lui considéré qu’il restait encore des précisions à obtenir sur le regroupement familial, l’exportation des prestations sociales ainsi que sur le rôle de la Cour de justice de l’UE, que l’UE souhaite en tout point compétente pour interpréter le droit de l'UE.
Les discussions ont aussi continué sur la question irlandaise, les deux parties s’accordant sur une série de principes devant notamment garantir le respect total de l’accord du Vendredi saint et les principes de la coopération entre l'Irlande et l'Irlande du Nord. Les deux parties effectuent une cartographie des domaines de coopération concernés.
Sur tous ces sujets, le négociateur de l’UE a rappelé jeudi qu’il attendait des certitudes. Mais, selon David Davis, cette certitude ne pourrait être donnée que « si l’on parle du futur ».
Mardi 17 octobre, les vingt-sept ministres des Affaires européennes seront informés à Luxembourg de l’état des négociations par Michel Barnier, deux jours avant la rencontre des dirigeants européens.
Il serait très improbable que les leaders jugent suffisants les progrès atteints pour passer à la phase des relations futures. Les spéculations portent donc maintenant sur la volonté des dirigeants européens de faire un geste en faveur de Theresa May, en difficulté, notamment en confiant à Michel Barnier la tâche de discuter de la période de transition demandée par Londres. (Solenn Paulic)