La veille du sommet du G20 à Hambourg, les dirigeants de l'UE - le président du Conseil européen, Donald Tusk, et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker - et le Premier ministre nippon, Shinzo Abe, se réuniront en sommet bilatéral jeudi 6 juillet à Bruxelles dans l'espoir de conclure un accord politique scellant les négociations pour un accord bilatéral de libre-échange, lancées au printemps 2013.
« Accord ambitieux sur un commerce libre et équitable en préparation », a confirmé M. Tusk mardi sur son compte Twitter, après la visite à Tokyo le week-end dernier de la commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, qui, dans la continuité de trois semaines de négociations intenses au plan technique, a ouvert la voie à un possible accord politique entre Européens et Nippons lors du sommet de Bruxelles.
« Nous y sommes presque. Je suis bien convaincue que nos dirigeants pourront s'entendre sur un projet et lui donner leur bénédiction le 6 juillet », avait assuré Mme Malmström, samedi soir, après deux jours de tractations décisives menées par elle-même avec le commissaire à l'Agriculture, Phil Hogan, pour l'UE, avec le chef de la diplomatie nippone, Fumio Kishida, et son collègue chargé de l'Agriculture, Yuji Yamamoto. « L'objectif est de parvenir à un accord final d'ici à la fin de l'automne », avait précisé la commissaire.
L'accord de principe attendu concernerait l'accès au marché, tandis que, sur certaines questions techniques, comme sur la protection des investissements et le règlement des différends investisseurs/États, les parties prendraient plus de temps après la pause estivale, avait expliqué Mme Malmström.
Négociateurs européens et nippons mettent les bouchées doubles pour parvenir à cet accord jeudi. M. Kishida est attendu mercredi à Bruxelles pour d'ultimes tractations. « De dures négociations se poursuivent. Il est difficile d'en anticiper le résultat. Je vais (à Bruxelles) avec la ferme volonté de parvenir à accord », a déclaré ce dernier avant son voyage. Les parties doivent encore aplanir leurs divergences sur l'agriculture (en particulier les produits laitiers) et l'automobile.
Concernant les produits laitiers, l'UE demande au Japon d'éliminer ses taxes, de l'ordre de 30%, appliquées sur les fromages importés des pays européens. Mais, sous la pression du Parti démocrate-libéral qui domine le Parlement nippon, le gouvernement de M. Abe renâcle à aller plus loin que les réductions consenties dans le cadre de l'accord de libre-échange transpacifique (TPP) signé par Tokyo avec douze nations de la région Asie-Pacifique, dont les États-Unis, qui viennent de s'en retirer.
Sur l'automobile, le Japon demande le retrait des taxes européennes sur les voitures japonaises, l'UE réclamant, pour sa part, une période de grâce de plus de 10 ans.
Un compromis reposera sur un équilibre délicat incluant aussi l'ensemble du volet agricole, les services, l'accès aux marchés publics (en particulier l'accès au marché nippon dans le secteur ferroviaire), les questions réglementaires, la propriété intellectuelle (y compris les indications géographiques), un chapitre sur le développement durable et la question de l'inclusion dans le futur accord du système promu par l'UE de cour spéciale pour arbitrer les litiges en matière d'investissement.
Présenté comme aussi ambitieux que l'accord de libre-échange UE/Canada (CETA), l'accord de libre-échange UE/Japon (JEFTA) sera plus conséquent en termes économiques, l'UE étant le troisième partenaire commercial du Japon, lui-même sixième partenaire du bloc européen.
Côté européen, Mme Malmström a dit espérer que l'accord permette un triplement des exportations agricoles de l'Europe vers le Japon et une hausse d'un tiers des exportations totales vers ce pays.
Au-delà de l'accroissement des échanges bilatéraux, le JEFTA « enverrait un signal fort au reste du monde sur le fait que l'UE et le Japon croient dans le libre-échange et pensent qu'on ne devrait pas construire des murs ou accroître le protectionnisme », a insisté Mme Malmström ce week-end, dans une allusion à peine voilée à la politique protectionniste des États-Unis de Donald Trump.
« Il est extrêmement important que le Japon et l'UE défendent le libre-échange (...) à un moment où le monde fait face à des tendances protectionnistes », a aussi plaidé M. Abe mardi.
Au-delà du volet commercial, les dirigeants européens et nippons discuteront jeudi de mesures visant à renforcer le partenariat bilatéral en matière de sécurité, notamment avec l'objectif d'intensifier la coopération en matière de lutte contre le terrorisme, et en matière d'énergie, de science et technologie.
Au plan international, l'UE et le Japon mettront l'accent sur leur engagement en faveur du libre-échange et contre le protectionnisme et ils souligneront leur engagement à mettre en œuvre l'accord climatique international de Paris et à renforcer leur coopération en matière de migration.
Enfin, le sommet de Bruxelles abordera les développements récents dans les voisinages respectifs de l'UE et du Japon, y compris la situation en Syrie et en Ukraine, dans la péninsule coréenne et les différends territoriaux en mer de Chine du Sud. (Emmanuel Hagry)