La Commission européenne a présenté, mardi 4 juillet à Strasbourg, les grandes lignes du plan d’action européen visant à soulager rapidement l’Italie face aux flux migratoires et à prévenir les départs depuis la Libye qui sera discuté jeudi 6 juillet à Tallinn par les ministres de l'Intérieur de l'UE.
Le Premier vice-président de la Commission, Frans Timmermans, a détaillé une série de mesures relevant à la fois de la Commission, des États membres et de l’Italie. Alors que plus de 100 000 personnes ont traversé la Méditerranée depuis janvier 2016 et que près de 85 000 d’entre elles sont arrivées en Italie, selon les chiffres de l’Organisation internationale des Migrations (OIM), Rome a dernièrement appelé ses partenaires européens à l’aide et aussi menacé de fermer l’accès de ses ports aux bateaux d’ONG qui secourent les migrants en mer.
Ces mesures consistent notamment à renforcer les capacités des autorités libyennes, la Commission prévoyant de financer un projet de 46 millions d’euros en association avec l’Italie. Elle veut mettre sur pieds un centre de coordination et de secours en mer pleinement opérationnel en Libye, l’idée étant ici de développer les activités de recherche et secours en mer des gardes-côtes libyens. Pour Rome, la Commission entend débloquer immédiatement une nouvelle enveloppe de 35 millions d’euros.
Elle veut aussi relancer l’exercice de réinstallation de réfugiés en lançant et finançant un programme avec le Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations unies offrant des places aux personnes se trouvant actuellement en Libye, en Égypte, au Niger, en Éthiopie et au Soudan. Si Frans Timmermans n’a pas avancé de chiffres de réinstallation, il a appelé tous les États membres à y prendre part.
Autres mesures : le renforcement avec la Libye des contrôles à la frontière méridionale, en coopération avec les pays du G5 Sahel et les États membres. Il faudra aussi accélérer les travaux pour conclure des accords de réadmission (ou des dispositifs équivalents) avec les pays d'origine et de transit. La Commission veut encore continuer à soutenir la politique des retours volontaires de migrants arrivés en Libye ou au Niger, politique qu’elle mène notamment aux côtés de l’OIM.
Les États membres, eux, devront, en vertu de ce plan d’action, s’engager davantage dans le Fonds fiduciaire pour l’Afrique, accélérer les relocalisations de demandeurs d’asile depuis l’Italie, mais aussi accélérer les discussions sur la réforme du règlement de Dublin, qui sera discutée jeudi à Tallinn. Les États membres devraient aussi mobiliser leurs capacités pour renforcer les retours des migrants en situation irrégulière depuis l'Italie.
La Commission demande à Rome de créer 3000 places d’urgence
L’Italie, elle, est invitée à rédiger avec la Commission et en dialoguant avec les ONG un code de conduite pour ces dernières, qui s’avère déjà très décrié. Elle doit aussi améliorer ses efforts d’enregistrement pour les demandeurs d’asile candidats à la relocalisation, en enregistrant d'urgence tous les Érythréens présents sur son territoire ou en permettant la relocalisation des mineurs non accompagnés.
L’Italie est aussi invitée à créer des places d’accueil supplémentaires dans les zones d’urgence migratoires et les centres de rétention. Au moins 3000 places devraient de toute urgence être créées.
Sur le code de conduite en lui-même, le Premier vice-président a dit qu’il devait servir à lever « les malentendus » sur les activités réelles des ONG, sujettes à de nombreux procès d’intention et procès réels quant à leurs supposés liens avec les réseaux de passeurs.
Se disant persuadé que les ONG agissent exclusivement pour des raisons humanitaires, Frans Timmermans a estimé que ce code de conduite permettrait de clarifier les missions des différents acteurs des opérations de sauvetage afin d’éviter les problèmes et les « facteurs négatifs », a-t-il dit, sans préciser ces facteurs négatifs.
Le Premier vice-président a en tout cas semblé tourner le dos à une suggestion qui avait été faite mardi matin à Bruxelles par le directeur régional du Bureau de l’OIM, Eugenio Ambrosi, selon lequel l’UE devrait offrir des solutions alternatives aux migrants dits « économiques » et ne pouvant pas prétendre à l’asile tel qu’il est défini dans l’UE. L’Europe aura bientôt besoin de cette main-d’œuvre prête à travailler, a dit M. Ambrosi. Pour sa part, Frans Timmermans a martelé que toutes les personnes ne pouvant prétendre à la protection internationale dans l’UE devaient être renvoyées vers leur pays d’origine.
Lors d’un briefing mardi matin, le HCR et l’OIM ont aussi appelé l’UE à entamer un réel et sérieux travail contre les passeurs, travail qu’ils jugent trop faible actuellement alors que l’UE pourrait largement faire plus et dispose d’informations pour tacler davantage ces réseaux, ont estimé ces deux organisations.
Quant à renforcer les activités de recherche et sauvetage en mer de la garde côtière libyenne, il faudrait aussi songer à créer un régime similaire pour le désert, où « il y a probablement plus de morts qu’en mer Méditerranée », a dit Vincent Cochetel, l'envoyé spécial du Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies pour la route de la Méditerranée centrale. (Solenn Paulic)