L’engagement des autorités centrafricaines à poursuivre un vaste programme de réformes et d’investissements pour le relèvement du pays, la consolidation de la paix et la réconciliation a convaincu, jeudi 17 novembre à Bruxelles, l’Union européenne, la France et la communauté internationale des autres bailleurs de fonds du bien-fondé d’un large soutien.
Le gouvernement de ce pays africain, qui était au bord du précipice il y a trois ans et fait encore face aujourd’hui à d’énormes défis sécuritaires, humanitaires et de développement après les élections démocratiques de mars 2016, a pu être assuré du plein soutien politique et financier des participants à la Conférence de Bruxelles pour la République centrafricaine, coprésidée par l'UE et la Centrafrique (EUROPE 11665)
Il pourra compter sur l'appui de la communauté internationale pour garantir le succès du Plan national de relèvement du pays et de consolidation de la paix que le Président centrafricain, Faustin-Archange Toudéra, a présenté aux 80 délégations présentes, dont les représentants de la Banque africaine de développement, du FMI, de la Banque mondiale, de l’Union africaine et le président de l’Assemblée nationale de la Centrafrique.
Sur les 3,161 milliards de dollars US requis pour mettre en œuvre ce plan sur la période 2017-2021, 2,28 milliards (2,06 milliards d'euros) ont été promis lors du segment de la conférence, consacré, jeudi après-midi, aux promesses d’engagements des donateurs. La Commission européenne s'est engagée à elle seule à verser 409 millions € (450 millions de dollars US) pour la période 2016-2020, tandis que les États membres ont promis 298 millions € (328 millions de dollars).
Le cadre d’engagements mutuels avec la communauté internationale, qui complète ce plan, avait été signé jeudi matin par la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini et le président Faustin-Archange Touadéra, coprésidents de cette conférence.
Le désarmement, la démobilisation et la réintégration (DDR) des ex-combattants, la consolidation de l'État et la réforme du secteur de la sécurité, la lutte contre l'impunité et la mise en place d'une justice transitionnelle, la restauration de l'État de droit et de la cohésion sociale, la fourniture des services sociaux de base, le redémarrage de l'économie et la création d'opportunités d'emploi, l'exploitation responsable et durable des ressources naturelles, la mise en place des conditions d'un retour des réfugiés et des personnes déplacées dans leur communauté d'origine, sont les grandes priorités identifiées. Pour les trois premières années, les besoins sont chiffrés à 1,684 milliards de dollars US pour couvrir les priorités d'extrême urgence, avait indiqué le président centrafricain, très reconnaissant.
« La République centrafricaine est aujourd’hui à un moment clé de son histoire. Il y a seulement trois années, le pays était au bord du gouffre. Mais le peuple a tourné la page avec l’aide de la communauté internationale. Il a accompli des progrès impressionnants. La République centrafricaine s’est fièrement tournée vers la démocratie et l’État de droit. Ceux qui disent qu’il n’y a pas d’espoir en Afrique ont été démentis par les événements de Centrafrique (...) ». Le président parle avec conviction de la nécessité de rompre avec les divisions du passé pour une réconciliation nationale. « M. le Président, je vous le garantis, vous avez le plein soutien de l’UE, et je peux dire, de la communauté internationale, pour cette approche », a déclaré la Haute Représentante.
« La situation de mon pays est difficile, mais ce n'est pas une cause perdue. Je m'engage à ne pas décevoir les attentes de mon peuple qui n'a que trop souffert », a assuré le président centrafricain. En appelant les partenaires de la RCA à un appui pour investir dans la sécurité, dans toute action de développement, dans le renforcement de l'État, la consolidation de la justice, la fourniture des services de base et la création d'emplois, « conditions indispensables à la préservation de la paix sociale et au développement durable », le président a voulu donner de nombreux gages. « Le plan a reçu l’onction de la représentation nationale, qui l’a endossé. Le relèvement et la consolidation de la paix sont des priorités vitales. Il est essentiel de mettre en avant les questions liées à la sécurité, à la réconciliation, à la promotion de l’État de droit. La colonne vertébrale est la sécurité », a-t-il déclaré, en sollicitant « tous les appuis pour mettre en place une armée républicaine et représentative ». Et d'annoncer que la Cour pénale spéciale, mise en place pour lutter contre l'impunité, sera opérationnelle en janvier.
Dans ce pays où la moitié de la population dépend de l'aide humanitaire pour survivre, qui compte plus de 380 000 personnes déplacées et des milliers de réfugiés dans les pays voisins, la Commission européenne a déjà déboursé 21 millions d'euros d'aide d'urgence cette année (l'UE et les Vingt-huit ont alloué 259 millions d'euros depuis la crise de décembre 2013). Les efforts humanitaires se poursuivront : le commissaire européen à l'Aide humanitaire et la Gestion des crises, Christos Stylianides, l'a assuré, en soulignant toutefois que « l'aide humanitaire ne suffira pas ». Ce qu'il faut, c'est « combiner aide d'urgence et aide au développement, pour améliorer la situation des populations vulnérables et augmenter l'impact des projets ». Les réalisations du Fonds fiduciaire européen pour la République centrafricaine, baptisé Bêkou, témoignent de l'engagement de l'UE. « Les défis sont énormes. Je vous assure que nous continuerons à répondre aux besoins qui sont considérables », a-t-il dit.
Neven Mimica, commissaire européen à la Coopération internationale et au Développement, s'est dit convaincu que le plan de redressement et de consolidation de la paix « permettra à la RCA de passer de la gestion de crise à une approche de développement durable sur le long terme ».
La France, qui a mis un terme au mandat de SANGARIS, la force de stabilisation du pays, poursuivra son aide. « Depuis 2014, la France a déjà consacré 75 millions d'euros, soit en aide d'urgence, soit en aide au développement. Pour 2017-2019 elle allouera 85 millions supplémentaires pour aider la RCA », a annoncé le Secrétaire d'État français chargé du Développement et de la Francophonie, André Vallini. La Banque mondiale a annoncé plus de 500 millions de dollars sur les trois ans à venir. (Aminata Niang)