Bruxelles, 26/02/2015 (Agence Europe) - Les groupes politiques au Parlement européen ont fait plutôt bon accueil au paquet de propositions pour l'Union de l'énergie mises sur la table par la Commission européenne, mercredi 25 février (EUROPE 11262), mais ils ont demandé plus de clarté et d'ambition.
Lors d'un débat en séance plénière mercredi après-midi, en présence du commissaire en charge de l'Union de l'énergie, Maros Sefcovic, la plupart des députés ont salué la stratégie proposée, mais ils ont aussi demandé plus d'ambition. Tandis que des groupes politiques soutiennent l'idée d'une plus grande coordination, d'autres mettent en garde contre les interférences avec les priorités nationales.
Au nom du PPE, la députée française Françoise Grossetête a jugé que ce paquet était une « étape importante » pour garantir une énergie moins chère pour les citoyens et les entreprises en Europe, la priorité numéro un aux yeux de son groupe. Le PPE attend un « engagement ferme » de la Commission et des États membres à réaliser le marché intérieur de l'énergie, garantir l'application stricte des règles en vigueur et atteindre l'objectif d'interconnexion de 10%. Mme Grossetête a aussi salué l'objectif de la Commission d'accroître l'efficacité énergétique et d'insister sur la recherche et l'innovation.
La proposition générale est conforme aux demandes des socialistes et démocrates (S&D), mais elle devra être affinée, a souligné la Belge Kathleen Van Brempt, se félicitant que la décarbonisation devienne un but en soi de la politique énergétique et que l'efficacité énergétique soit désormais considérée comme une source d'énergie à part entière. Mme Van Brempt a toutefois promis de renforcer cet aspect de la stratégie à travers des objectifs contraignants. Le Roumain Dan Nica a, quant à lui, insisté sur « le besoin de politiques plus volontaristes », notamment en donnant à la Commission un rôle fort pour la coordination des achats de gaz. « La coordination doit être permanente et non pas réduite aux circonstances exceptionnelles », a-t-il insisté. M. Nica a aussi déploré la faiblesse des propositions en matière de pauvreté énergétique.
Au nom des conservateurs et réformistes européens (CRE), le Polonais Marek Gróbarczyk a appelé à « ne pas manquer l'occasion historique de bâtir une véritable politique énergétique qui respecte à la fois la souveraineté nationale tout en garantissant la solidarité, la diversification et stimulant la hausse de la production nationale à partir de sources conventionnelles et non conventionnelles ».
Du côté des démocrates et des libéraux (ADLE), le Belge Guy Verhofstadt a salué un projet qui, s'il est ambitieux, « serait un cauchemar pour le président russe, Vladimir Poutine ». M. Verhostadt a toutefois souligné les préoccupations de son groupe concernant l'absence d'un plan de gouvernance crédible, demandant que le paquet pour l'Union de l'énergie « soit calqué sur le semestre économique ». M. Verhofstadt a aussi demandé que la Commission ne soit pas seulement impliquée, mais qu'elle mène les négociations sur les prix pour les approvisionnements des pays tiers. Le Danois Morten Helveg Petersen a insisté sur l'importance de corriger les problèmes d'incertitude réglementaire pour sécuriser l'investissement.
À l'extrême gauche, les députés de la GUE/NGL ont insisté pour que l'énergie reste une compétence de l'État et que la Commission ne soit pas impliquée dans les accords énergétiques. Le Chypriote Neoklis Sylikiotis a jugé « inadéquate » la proposition de la participation obligatoire de la Commission à tous les stades des négociations sur les accords intergouvernementaux. « Son rôle devrait être consultatif et sa présence volontaire, si elle est demandée par les États membres concernés », a-t-il insisté. L'Espagnole Paloma Lopez a accusé la Commission d'utiliser les limites des politiques nationales pour imposer son propre agenda de libéralisation. « Les problèmes spécifiques d'États très dépendants, comme les pays baltes ou Chypre, sont des leviers pour des projets impliquant un accaparement agressif des ressources avec le développement de méga-infrastructures privées qui nécessitent beaucoup de demande pour être rentables », a-t-elle insisté.
Du côté du groupe des écologistes (Verts/ALE), le Luxembourgeois Claude Turmes a critiqué une « occasion ratée » d'amorcer une réelle transition énergétique en Europe, en se focalisant sur la recherche de nouvelles routes d'approvisionnement en gaz et sur la renaissance du nucléaire, plutôt que sur les moyens d'accroître l'autonomie énergétique en donnant la priorité à l'efficacité énergétique et aux renouvelables. Les Verts ont toutefois accueilli positivement la volonté de la Commission de présenter une nouvelle législation sur l'efficacité énergétique et les renouvelables, mais ils ont rappelé qu'il fallait privilégier des objectifs européens plus ambitieux en la matière. Le Français Yannick Jadot a quant à lui déploré le faible rôle que le paquet donne aux citoyens et aux pouvoirs locaux dans la transition vers une économie sobre en carbone.
Une impulsion pour une Europe plus forte (M. Schulz). « L'énergie était au centre de la fondation du projet européen dans les années 1950. Maintenant, au lendemain de la crise, elle doit à nouveau donner une impulsion pour une Europe plus forte », a commenté le président du PE, l'Allemand Martin Schulz, sitôt la stratégie dévoilée. « C'est le bon moment pour travailler ensemble aux niveaux européen, national, régional et local pour faire de l'Union de l'énergie une réalité », a-t-il conclu. (Emmanuel Hagry)