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Bulletin Quotidien Europe N° 11031
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Tentative de clarification objective de la situation entre l'UE et la Russie

Situation historique et juridique réelle. Attribuer à la Russie la responsabilité de la crise mondiale actuelle est simpliste, inéquitable et en définitive nuisible pour tous. Une interruption hypothétique des fournitures russes de gaz naturel serait un désastre pour l'Ukraine et entraînerait des difficultés sérieuses pour l'UE. L'image d'une Russie qui rechercherait le conflit armé pour imposer ses vues ne correspond pas tout-à-fait à la réalité sur le terrain. Il faut se demander: quelle serait la situation si l'Ukraine actuelle devenait un pays de l'UE ? L'Union européenne serait ainsi étendue jusqu'à la Crimée, qui est définie «République autonome», mais est, en réalité, une partie de l'Ukraine. Mystères géopolitiques… Et la Crimée est en même temps une base navale russe, séparée de l'Etat ukrainien par une simple barrière d'à peine six kilomètres ! L'UE serait donc étendue jusque là ! Les deux millions d'habitants de la Crimée qui font partie juridiquement de l'Ukraine sont d'ethnie russe à 60%. Cet aspect ethnique mis à part, la base navale de la Crimée a, pour la Russie, une importance politique essentielle: c'est par la Mer Noire que la Russie arrive à la Méditerranée, partant de la base navale stratégique de Sébastopol et passant par le détroit du Bosphore.

Des aspects essentiels de la politique et de l'économie russes dépendent de cette zone ; il est compréhensible que Moscou fasse entendre sa voix. Et le dialogue avec elle est indispensable.

Il ne faut pas oublier que l'histoire du lien entre la Russie et la Crimée n'a rien à voir avec l'URSS ou avec Staline. C'est en 1784 que la Grande Catherine, impératrice de Russie, avait conquis la Crimée, qui deviendra progressivement la principale base militaire de l'empire russe. Et en 1954, Nikita Khrouchtchev fit cadeau de la péninsule à l'Ukraine pour fêter le trois-centième anniversaire de l'union entre Russie et Ukraine. L'accord Russie-Ukraine sur le régime de la Crimée fut alors conclu, valable jusqu'en 2017 et récemment prolongé pour 25 ans. Situation juridique et historique complexe, mais en vigueur.

L'accord énergétique ne doit pas disparaître. Bien entendu, l'aspect «énergie», évoqué dans cette rubrique d'hier, ne peut être perdu de vue. La situation est complexe. Jusqu'en 2012, 80% du gaz russe destiné à l'Europe passait par l'Ukraine. Ce pourcentage a diminué après l'entrée en service du gazoduc North Stream, qui passe par la Mer Baltique, alors que le South Stream, qui traverse la Bulgarie et la Hongrie, entrera en fonction d'ici quelques années. Malgré ces évolutions, l'itinéraire gazier passant par l'Ukraine restera essentiel, aussi bien pour la Russie, pays fournisseur, que pour les pays de l'UE destinataires, et encore plus pour le pays de transit: la situation économique ukrainienne est tellement désastreuse que Kiev ne peut pas courir le risque de perdre cette ressource.

Ukraine: les incertitudes subsistent. Au-delà de l'aspect du pipeline, il ne faut jamais oublier que la séparation entre les deux parties de l'Ukraine n'est pas purement linguistique: dans la partie ouest, les citoyens sont favorables au renforcement de l'ancrage européen ; dans la partie orientale, ce n'est pas seulement la langue qui rapproche les habitants de la Russie. Le refus a priori de la séparation du pays est-il raisonnable ? Les représentants de l'opinion publique de l'UE, et en premier lieu le Parlement européen, devraient tenir compte de la réalité sur le terrain. À mon avis, le PE devrait analyser attentivement la situation, au lieu d'affirmer que l'unité territoriale et politique de l'Ukraine, telle qu'elle est actuellement, est intouchable.

Une complication supplémentaire urgente réside dans le désastre budgétaire et financier de l'Ukraine: les autorités du pays insistent sur la nécessité d'une aide rapide et considérable, le pays n'étant plus en mesure de faire face à ses dépenses.

L'UE doit agir avec prudence. Face à cette situation le PE a demandé que l'UE agisse avec prudence et réflexion, sans oublier que l'accord d'association UE-Ukraine avait été repoussé par l'Ukraine, preuve que le pays en tant qu'ensemble unique est sujet à des péripéties imprévisibles. Le Parlement européen a pris à la fin du mois de février une position d'ouverture, mais prudente et en même temps ferme. Il a réclamé des mesures faisant cesser l'afflux dans l'UE d'argent détourné venant d'Ukraine et le retour des actifs volés, en invitant le gouvernement de Kiev à lutter contre la corruption généralisée et endémique (voir EUROPE 11028). Pendant le débat qui avait précédé le vote, certains parlementaires avaient réclamé de manière spécifique la transparence sur ce que deviennent les fonds versés par l'UE (voir EUROPE 11027). Le PE avait également rappelé que les dispositions pour adhérer à l'UE sont applicables à l'Ukraine, si elle respecte les conditions. Tout est possible, mais beaucoup devrait changer dans cette Ukraine, dont on continue à se demander si elle est vraiment un seul pays et si elle peut le rester. (FR)

 

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