Bruxelles, 04/03/2014 (Agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont menacé, lundi 3 mars, de remettre en cause les relations entre l'UE et la Russie, voire de mettre en oeuvre des sanctions « ciblées » en l'absence de retrait des troupes russes en Ukraine et de dialogue.
« En l'absence de mesures de désescalade de la part de la Russie, l'UE devrait décider des conséquences sur les relations bilatérales entre l'UE et la Russie », selon les conclusions du Conseil. Le texte évoque « la suspension des discussions bilatérales avec la Russie sur la libéralisation des visas » et sur un nouvel accord de partenariat et de coopération. L'UE « envisagera aussi des mesures ciblées », ajoute le texte, sans plus de précisions sur les personnes ou les entités qui pourraient être visées. « Le Conseil décide de rester saisi en permanence afin d'être en mesure de prendre rapidement toutes les mesures nécessaires », soulignent les ministres. Ces mesures ciblées pourraient viser des hauts responsables. Le ministre polonais, Radoslaw Sikorski, a aussi cité de possibles sanctions liées au gaz.
L'UE dévoile mercredi les contours de son aide
La Commission européenne a annoncé, le 4 mars, que le collège des commissaires devrait adopter, mercredi 5 mars, une aide économique et financière en faveur de l'Ukraine, sans donner plus de précisions sur le montant en jeu. Cette aide proviendra du budget européen et devrait aider aux besoins urgents à court terme, mais aussi à moyen terme de l'Ukraine. « Cela va représenter la contribution de l'UE mais ce n'est qu'un des éléments », a souligné la porte-parole de Mme Ashton, Maja Kocijancic. En effet, l'Union est prête à poursuivre ses efforts avec la communauté internationale et les institutions financières internationales, en particulier le FMI, pour aider l'Ukraine, ont souligné la veille les ministres des Affaires étrangères. Le nouveau pouvoir à Kiev a dit avoir besoin au total de 35 milliards de dollars sur deux ans, et attendre 15 milliards du seul FMI pour cette année. Ces sommes sont bien loin de celles évoquées à Bruxelles, où l'accord d'association que l'UE avait proposé à l'Ukraine devait être accompagné d'une enveloppe de quelque 610 millions d'euros. La mobilisation d'autres fonds européens pourrait permettre de dégager quelques centaines de millions supplémentaires, environ 500 millions selon des chiffres non confirmés. Le secrétaire d'État américain, John Kerry, a déclaré la semaine dernière que les Européens réfléchissaient à une enveloppe de 1,5 milliard de dollars, qui servirait de garantie de prêt. Selon une source européenne, cette somme correspond à l'enveloppe totale de ce qui est prévu pour l'Ukraine dans le cadre du budget 2014-2020 de l'UE. Une mission d'experts de la Commission européenne est arrivée lundi à Kiev pour commencer à évaluer les besoins financiers de l'Ukraine. Elle devrait rester environ une semaine et être en contact étroit avec les équipes du FMI, qui sont arrivées ce mardi.
Retrait des troupes
L'UE condamne « la claire violation de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine par des actes d'agression des forces russes et l'autorisation donnée par le Conseil de la Fédération de Russie le 1er mars pour l'utilisation des forces armées sur le territoire de l'Ukraine », qui sont des « violations flagrantes » des règles internationales et des engagements de la Russie. Les mesures de 'désescalade' demandées par l'UE sont en premier lieu « le repli » des forces russes « dans leurs zones de stationnement permanentes ». Le Conseil rappelle que la constitution ukrainienne « reconnaît spécifiquement l'intégrité territoriale du pays et déclare que la République autonome de Crimée ne peut organiser des référendums que sur des questions locales, mais pas sur la modification de la configuration territoriale de l'Ukraine ».
Au cours d'un point de presse, la Haute représentante, Catherine Ashton, a évoqué la question du « survol » de l'Ukraine et des « mouvements de personnel militaire dans plusieurs zones ».
Le président russe, Vladimir Poutine, a ordonné, mardi 4 mars, aux soldats russes engagés dans des manoeuvres militaires dans une région limitrophe de l'Ukraine de retourner dans leurs casernes, mais le porte-parole du Kremlin a nié que cela ait un lien avec les événements en Ukraine.
Appel au dialogue
L'UE veut aussi que la Russie accepte « sans délai » la demande de l'Ukraine de tenir des « consultations » bilatérales et de prendre part à des « consultations urgentes entre tous les signataires et adhérents du Mémorandum de Budapest de 1994 », mémorandum qui garantit l'intégrité territoriale du pays et signé par la Russie, le Royaume-Uni et les États-Unis.
Appelant à une « solution pacifique à la crise actuelle et au plein respect des principes des droits et des obligations en vertu du droit international », l'UE « reste prête à s'engager et à promouvoir un dialogue constructif avec toutes les parties en vue de parvenir à une telle solution pacifique », ajoutent les ministres. Ils précisent que ces efforts se feront en collaboration avec l'ONU, l'OSCE et d'autres acteurs internationaux. Ils évoquent ainsi les efforts de médiation au niveau international et se félicitent d'une possible mission de l'OSCE.
Tout comme Mme Ashton, le ministre allemand Frank-Walter Steinmeier s'est entretenu, mardi 4 mars, avec son homologue Serguei Lavrov, lors d'un entretien « difficile, long et très sérieux ». Mais « il n'a pas été suffisant pour dire qu'une solution est en vue », a-t-il expliqué. Le ministre allemand n'est pas en mesure de « lancer un signal disant que nous sommes en bonne voie de trouver une solution et que l'Ukraine et la Russie vont se parler ». Selon lui, il faut utiliser le temps qui reste jusqu'au Conseil européen de jeudi 6 mars pour voir s'il y a une possibilité de créer un groupe de contact international pour faire baisser la tension.
Le Premier ministre ukrainien participera au Conseil européen
Dans leurs conclusions, les ministres saluent aussi la « réponse mesurée donnée jusqu'ici par l'Ukraine ». Le Premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, sera d'ailleurs présent durant une partie du Conseil européen de jeudi pour expliquer la situation dans son pays et les besoins de celui ci. Le Conseil européen extraordinaire sur la crise en Ukraine doit débuter jeudi à 11heures trente et se terminer vers 15 heures. Dans ses conclusions, le Conseil de mardi réaffirme aussi « l'importance primordiale (…) d'assurer la pleine protection des minorités nationales », alors que la Russie justifie son intervention par la défense des droits fondamentaux des minorités russes et russophones. Le Conseil rappelle aussi ses conclusions du 20 février sur l'Ukraine concernant l'adoption de mesures restrictives concernant le gel et la récupération des avoirs des personnes identifiées comme responsables de détournement de fonds publics, et le gel des avoirs des personnes responsables de violations des droits de l'homme. Le Conseil va plancher sur ce sujet, car pour l'instant aucune mesure n'a été prise. La Lituanie aurait décidé d'interdire de visa le président déchu, Viktor Ianoukovitch, et 17 anciens officiels ukrainiens.
Les ministres réaffirment aussi leur offre concernant l'accord d'association et précisent que « l'accord ne constitue pas l'objectif final dans la coopération UE/Ukraine ».
Précisions. Dans l'article sur l'Ukraine (EUROPE 11030), il fallait lire le ministre d'État britannique pour les Affaires étrangères et le Commonwealth, David Lidington. (CG)