login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10871
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La préparation du premier Sommet européen consacré à la politique étrangère et militaire commune entre dans la phase opérationnelle

La Commission européenne se prépare. La Commission européenne adopte le mois prochain son document sur l'aspect Défense de l'activité de l'UE, c'est-à-dire l'aspect militaire. Ce document ne visera évidemment pas à fixer le contenu de la politique étrangère et de la politique de défense de l'UE, mais à tenir compte de l'imbrication permanente entre les aspects civils et militaires, notamment entre la Commission elle-même et les autres institutions communautaires d'une part et les autorités militaires européennes de l'autre. Tout ceci en prévision du Sommet européen de décembre qui sera consacré à ces sujets.

La situation. En attendant, les analyses et les prises de position se multiplient. Il est de plus en plus évident que la tendance vers une large présence militaire active presque partout dans le monde n'est pas la tendance actuelle de l'Europe (ni d'ailleurs l'orientation américaine); les leçons du passé n'ont pas été inutiles, avec des résultats souvent négatifs, des divergences sur certains choix et des difficultés pour se désengager.

Certes, l'UE doit participer à certaines actions et prendre parfois des initiatives ; participer, par exemple, à la sécurité du canal de Suez est indispensable. Mais même les engagements inéluctables comportent des difficultés et ont parfois des répercussions désagréables: l'affaire des deux officiers de la marine italienne détenus en Inde le prouve. Je ne vise d'aucune manière à soutenir l'une ou l'autre orientation et encore moins à donner des conseils ; j'essaye d'exposer et de clarifier ce qui est sous les yeux de tous.

Autonomie illusoire. Dans notre supplément Bibliothèque européenne n° 1007, Michel Theys rend compte de l'étude The EU's Foreign Policy. What Kind of Power and Diplomatic Action ? qui, sous la direction de Mario Telò et Frederik Ponjaert, a inauguré une collection qui aspire à évaluer la politique étrangère de l'UE, son fonctionnement et ses résultats. Les opinions des collaborateurs de cette publication ne sont pas uniformes.

Michel Theys constate que les auteurs de l'étude sont d'accord sur un point: l'Europe utilise de manière largement lacunaire ses possibilités théoriques. Certains vont plus loin: selon le professeur Jolyon Howorth de l'Université de Yale, l'Europe-puissance (c'est-à-dire acteur autonome de sa sécurité) est une illusion ; par exemple l'intervention en Libye s'est avérée impossible sans recourir aux moyens de l'Alliance atlantique. Selon M. Telò, les mêmes faiblesses ont été évidentes dans la problématique du Printemps arabe, où la démilitarisation des pays européens et les complexités institutionnelles ont en pratique rendu impossible toute coopération militaire de l'UE. M. Telò laisse toutefois la porte ouverte à une évolution positive, à deux conditions: que la politique étrangère commune soit à long terme mieux structurée et que l'action diplomatique soit réellement coordonnée. Pour ce deuxième aspect, on le sait, l'instrument existe et il est progressivement mis en place: ambassadeurs et fonctionnaires ont un chapeau communautaire.

Mais, pour fonctionner, ce caractère européen présuppose que les positions des États membres soient uniformes ; on en est loin, si bien que l'étude affirme qu'actuellement on assiste davantage à une diplomatisation de l'Union qu'à une européanisation des politique des États membres. Et son jugement sur la politique européenne de voisinage est très sévère.

Ambassadeurs européens sans positions communes. J'ai insisté sur ce texte car il me paraît synthétiser efficacement la situation actuelle. L'affirmation selon laquelle la création de diplomates européens ne signifie pas que les politiques étrangères et militaires des États membres sont européanisées est à souligner (je viens d'ailleurs de le faire). La nomination d'un nombre considérable d'ambassadeurs ou de représentants de l'UE par Mme Ashton est une façade ; elle est positive, mais ne pourra être efficace que le jour où ces diplomates seront en mesure d'exprimer des positions communes, partagées par tous. Ce n'est pas le cas.

Un Sommet « à suivre ». Il est positif que les États membres se soient donné rendez-vous en décembre au niveau le plus élevé pour discuter enfin de l'unité européenne dans un domaine aussi vital que la politique étrangère, aspects militaires inclus. Il reste six mois pour préparer la réunion. J'ai essayé de résumer la situation en trois épisodes (bulletins 10866, 10869 et celui-ci).

Ce Sommet ne sera pas décisif ; d'autres suivront puisqu'il est question d'une périodicité régulière: une réunion tous les deux ans. L'important c'est la prise de conscience que l'UE doit établir une politique étrangère et militaire commune et que le Sommet de décembre en sera le premier pas.

(FR)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
INSTITUTIONNEL
POLITIQUES SECTORIELLES
SOCIAL - ÉDUCATION
ACTION EXTÉRIEURE