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Bulletin Quotidien Europe N° 10836
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) mÉditerranÉe

Une région en crise face à une Europe en mutation

Bruxelles, 26/04/2013 (Agence Europe) - Convié par IMG (International Management Group) à établir un état des lieux dans la conduite des affaires européennes face aux 'défis post-crise en zone euro-méditerranéenne', mercredi 24 avril à Bruxelles, Hubert Vedrine, ancien ministre français des Affaires étrangères, a dressé un tableau sévère. Il n'y épargne ni les pays de la région, ni l'Europe ou la communauté internationale. Pour lui, cette dernière n'existe pas ou plus, sinon « épisodiquement quand les cinq permanents (membres du Conseil de sécurité) sont d'accord » sur un sujet.

La question palestinienne illustre à son avis cette défaillance dans la conduite des affaires du monde et les capacités de la communauté internationale à réagir de façon adéquate aux « révolutions » arabes lui semblent improbables. La question syrienne illustre, à son avis, les manquements de la communauté internationale à envisager une sortie de crise, ayant trop tardé à l'envisager avec la Russie, lorsqu'il était encore temps.

Sans réellement produire des conclusions, opérationnelles ou même théoriques, il a livré surtout une série de points faibles sur lesquels attirer l'attention si l'on veut une sortie de l'ornière dans une région qui accumule les crises et les conflits, en son sein comme dans son voisinage. Au Sud (Sahel-Sahara) comme à son Nord. Il cite notamment en exemple la crise (ou la « mutation ») européenne « institutionnelle, politique, économique » qui n'est pas sans effets sur le devenir d'une Méditerranée elle-même en bouleversement où personne n'a rien vu venir. La mise en place de la démocratie sera « lente et laborieuse », elle n'a jamais été un « café instantané », ni ne peut être un « phénomène de conversion » subite. Il faudra d'abord créer l'état de droit, enraciner l'idée d'alternance. Sur le « Printemps arabe » (appellation qu'il récuse) comme sur la mutation générale dans le monde, « toutes les prévisions depuis la fin de la guerre froide sont démenties ».

La Méditerranée a aujourd'hui affaire à des Occidentaux qui « ont perdu le contrôle » des affaires du monde et doivent partager avec d'autres puissances émergentes dans une compétition qui serait « plutôt une mêlée ». Et, dit-il à ce sujet, « heureusement que les Chinois n'ont pas encore fait le coup des valeurs chinoises universelles ».

Ainsi, l'Europe lui semble quelque peu marginalisée - moins attirante - face à des pays du Sud qui sont dans une phase de « prise en mains » de leurs destins, « le paternalisme ne fonctionne plus » et les pays de la rive sud « ne sont plus obligés » d'entretenir cette relation, « ils ont le choix ». La relation a besoin de nouvelles perspectives, lesquelles sont singulièrement absentes actuellement. Et, à son avis, l'aide seule « ne fonde pas une relation ». La responsabilité des pays de la rive sud est elle aussi en cause: la faiblesse des intégrations surtout. L'Union du Maghreb n'existe pas, affirme catégoriquement l'ancien ministre.

« Nous avons failli », reconnait l'ambassadeur marocain auprès de l'UE, Menouar Alem, « nous avons besoin de nous affirmer » face à l'Europe. L'ambassadeur souligne aussi le besoin de perspectives. Elles sont nécessaires face aux « défis incommensurables » dans la région: politiques, économiques et sociaux dont l'immigration, sécuritaire…. Il appelle à adopter une démarche bien réfléchie, sans confondre tous les pays de la région, mais à prendre chacun selon ses spécificités. Selon lui, tous les leviers existent au plan bilatéral comme régional ou sous-régional, pour trouver des solutions bien adaptées. L'UE « ne doit pas traiter la région comme un bloc homogène au risque d'un nivellement par le bas ».

Richard Weber, Senior Adviser à IMG (ancien directeur général adjoint à la Commission), Michael Köhler, directeur « voisinage » à la Commission, et Maged Mosleh, ambassadeur adjoint égyptien, sont intervenus pour illustrer la pertinence du choix d'une « approche différenciée » et le besoin aussi de compter davantage sur les sociétés civiles. M. Köhler a présenté des données concrètes sur la réponse européenne aux « révolutions » en cours sur la rive sud, tout en reconnaissant certaines lenteurs ou inadéquations mais, a-t-il souligné, l'UE n'a pas toujours le choix de ses interlocuteurs, pas plus aujourd'hui qu'hier quand elle devait gérer la relation avec Hosni Moubarak ou Ben Ali, jugée a posteriori inacceptable. « Que dirons-nous aux citoyens chinois dans dix ans alors que nous fréquentons leurs dirigeants aujourd'hui », a renchéri M. Védrine.

Benardino Leon, envoyé spécial de Mme Ashton dans la région, a lui confirmé que l'UE a « agi sur demande » et il n'accepte pas, en tout cas, que l'on dise qu'elle a réagi avec retard. Dans ses réponses, il a paru constamment sur la défensive, parfois durement interpellé dans la salle remplie de nombreux ex-hauts fonctionnaires européens. Il a confirmé que son attention est davantage concentrée sur l'évolution des partis « islamistes » pour les « démocratiser » que sur le devenir de la relation euro-méditerranéenne elle-même. Une telle approche, dont on sait qu'elle suscite des débats au sein même des institutions, « n'a pas été discutée avec nous, elle vient de Chattam House », a résumé le diplomate égyptien Maged Mosleh. (FB)

 

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