Porto, 14/09/2007 (Agence Europe) - Réunis à Porto pour une réunion informelle, les ministres de la zone euro ont assisté à la présentation par la France des orientations principales de son programme de stabilité révisé annoncé en juillet dernier par le président Nicolas Sarkozy (voir EUROPE n°9465). S'ils encouragent les réformes structurelles annoncées par les autorités françaises afin de relancer une croissance qui s'essouffle, ils insistent avec fermeté sur la nécessité pour Paris de réduire en parallèle les déficits publics nationaux, conformément aux engagements pris par les ministres lors de la réunion informelle de Berlin (voir EUROPE n°9411). Des engagements auxquels les autorités françaises, malgré leurs déclarations rassurantes, semblent avoir renoncé: elles envisagent de s'écarter de l'objectif de réduction des déficits à un rythme annuel de 0,5% et ne prévoiraient pas un retour à l'équilibre budgétaire en 2010 mais deux ans plus tard. Les ministres reviendront sur le programme de stabilité révisé de la France lors du Conseil Ecofin d'octobre. Faisant par ailleurs le point sur la situation économique, l'Eurogroupe reste confiant sur les perspectives de croissance dans la zone euro, malgré les légères et récentes corrections à la baisse dues notamment aux turbulences en cours sur les marchés financiers. Les discussions spécifiques sur la stabilité financière débutaient ce vendredi après-midi avec l'ensemble des ministres européens des Finances pour se poursuivre jusqu'à samedi matin.
« Mme Lagarde nous a exposé en détail les tenants et les aboutissants des réformes structurelles » que le gouvernement français a l'intention d'entreprendre dans « un nombre impressionnant de secteurs », a déclaré Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, à l'issue de la réunion. « Nous pensons que les réformes structurelles vont dans la bonne direction (…) pour accroître le potentiel de croissance de la France », a-t-il ajouté. Néanmoins, les ministres de la zone euro ne sont guère satisfaits de la situation budgétaire française. « Nous pensons que les ambitions dont la France a fait preuve ne correspondent pas tout à fait au niveau des attentes qui est le nôtre », a fait savoir le Premier ministre luxembourgeois en rappelant les engagements pris par l'Eurogroupe en avril à Berlin: les États membres doivent profiter de la conjoncture économique favorable pour réduire leurs déficits publics à un rythme annuel de 0,5% et parvenir à l'équilibre budgétaire au plus tard en 2010. Et de souligner avec force: « Les réformes structurelles et la consolidation budgétaire doivent aller de pair ». Une formule reprise telle quelle par Joaquín Almunia qui, comptant sur « la pression des pairs », a promis de suivre la situation en France de « très près ». Sur les chiffres du déficit public pour 2007 que la France chiffre dans son programme de stabilité révisé à 2,4%, le commissaire européen chargé des affaires économiques et monétaires a estimé qu'il était « encore possible » de respecter cette limite, même si « les risques » sont réels.
« La copie est bonne, mais il en manque un petit peu ! », a résumé Christine Lagarde. La ministre française des Finances a surtout retenu « le soutien très fort des États membres, de la Commission européenne et du Président de l'Eurogroupe » concernant les propositions du gouvernement français relatives aux réformes structurelles qui sont déjà - ou seront menées - dans des secteurs tels que « la concurrence » et « les régimes de retraite spéciaux ». « Tous les États membres ne sont pas satisfaits du déficit de la France en 2007 ni de l'objectif pour 2008 » (2,3% l'année prochaine soit une réduction de 0,1% par rapport à 2007), a-t-elle reconnu, mais ils ont constaté les « efforts considérables » entrepris par le gouvernement français. Et de promettre: « Nous allons faire tous nos efforts pour respecter les engagements de Berlin dès lors que les conditions économiques le permettent ». Pour preuve, la ministre a communiqué à ses homologues de la zone euro l'engagement pris par la France d'allouer « les recettes fiscales supplémentaires » ainsi que les ressources générées par « les privatisations, dans leur intégralité, à l'assainissement des finances publiques ». Interrogée sur les prévisions très optimistes de croissance française (2,5% à partir de 2009 et 3% en 2010), Mme Lagarde a expliqué que le scénario de « 3% » était « très positif » mais qu'il n'était « pas le seul sur lequel nous travaillons ». Rappelons que, mardi, la Commission européenne a revu à la baisse ses prévisions de croissance annuelle pour la France, la fixant à 1,9% contre 2,4 en mai dernier. La plus forte baisse parmi les sept principales économies européennes (voir EUROPE n° 9499). (mb)