Bruxelles, 14/09/2007 (Agence Europe) - Que Budapest ait été l'hôte, vendredi 14 septembre, d'une conférence organisée par le Financial Times sur les nouvelles perspectives pour l'approvisionnement de l'UE en gaz et le rôle du projet Nabucco, et que le Premier ministre hongrois, Ferenc Gyurcsány, en ait été, aux côtés du commissaire européen à l'Energie Andris Piebalgs, l'invité de marque, n'était pas le fruit du hasard. Plutôt réticent jusqu'ici, le gouvernement hongrois soutient « fermement » désormais le projet de gazoduc Nabucco qui doit relier, sur 3 300 kilomètres, la Turquie à l'Autriche en passant par la Roumanie, la Bulgarie et la Hongrie et vise à faciliter l'approvisionnement en gaz de l'Union depuis l'Asie centrale et le Moyen-Orient, en particulier l'Iran, au détriment de la Russie.
« En ce qui concerne Nabucco, je tiens à confirmer le soutien total de la Hongrie aux efforts de l'Union européenne visant à intégrer cette nouvelle voie d'approvisionnement en gaz », a assuré vendredi le Premier ministre hongrois en ouverture de la conférence qui a réuni, à Budapest, promoteurs du projet et investisseurs. « Nabucco a l'avantage d'offrir de nouvelles sources d'approvisionnement avec un nouvel itinéraire. Le seul problème est de savoir combien de temps cela prendra pour le construire. Le projet a démarré en 2002 et nous sommes déjà au second semestre 2007 », a poursuivi M. Gyurcsány, ajoutant qu'il s'attendait « à plus de dynamisme » de la part de l'Union sur cette question. Selon les termes du projet établi en 2004 à Vienne, il était initialement prévu que le gazoduc Nabucco soit opérationnel en 2012. Les participants au projet, les fournisseurs d'énergie OMV (Autriche), MOL (Hongrie), Transgaz (Roumanie), Bulgargaz (Bulgarie) et Botaþ (Turquie), sont toujours à la recherche d'un sixième associé.
N'hésitant pas à le qualifier de « rêve », le chef du gouvernement hongrois a critiqué, dans un passé encore récent, le projet Nabucco comme un « projet existant seulement sur le papier » mais ne bénéficiant pas du soutien financier et politique nécessaire contrairement au projet alternatif de gazoduc Blue Stream qui est soutenu par la Russie. Proche du président russe Vladimir Poutine, le Premier ministre hongrois a longtemps exprimé des réserves sur le projet Nabucco pour ne pas froisser Moscou. Vendredi, il a confirmé qu'il ne soutenait pas le projet Nabucco au détriment du projet Blue Stream. « Il n'est pas ici question de Nabucco contre Blue Stream », a en effet précisé M. Gyurcsány, insistant sur la nécessité de plusieurs nouvelles voies pour assurer l'approvisionnement énergétique de l'Union à l'avenir. Le Premier ministre hongrois a par ailleurs dit espérer que les pays importateurs (comme la Hongrie, qui dépend à 80% de la Russie pour son approvisionnement en gaz) formeront « un front uni » contre le monopole exercé par les pays fournisseurs.
M. Gyurcsány a également affirmé son soutien à un troisième projet de gazoduc, le South Stream, qui doit approvisionner le marché communautaire en gaz russe via la Bulgarie et l'Italie. « Si le South Stream devait être construit, nous n'aurions pas besoin du Blue Stream pour l'instant, mais il sera toujours nécessaire sur le long terme de disposer de plusieurs voies d'approvisionnement », a-t-il conclu.
Mardi 11 septembre, le ministre hongrois de l'Economie, Janos Koka, avait estimé que la Hongrie avait fait une « erreur » par le passé en ne soutenant pas suffisamment le projet Nabucco. « En répétant trop souvent que ce projet était un rêve, nous avons contribué à ce qu'il ne reste qu'un rêve », avait-il affirmé. Budapest soutient désormais de tout son poids un projet énergétique identifié comme prioritaire par la Commission européenne. (eh)