Bruxelles, 15/05/2007 (Agence Europe) - Le président de Sanofi-Aventis a bien voulu expliquer à EUROPE, comment les faux médicaments circulent en Europe aujourd'hui: « Quand on trouve des dizaines de milliers de boîtes de Plavix (un anti-thrombotique produit par Sanofi-Aventis: NDLR) destinées à être utilisées pour faire des essais cliniques en double aveugle en Angleterre contre notre produit et qu'on s'aperçoit que c'est vraiment du placebo sans qu'il y ait rien du tout ou un petit peu, on peut se demander comment les gens réagiraient s'ils savaient qu'ils courent ce genre de risque jusque et y compris dans les essais cliniques » . « Il y a une raison très simple à tout ça, c'est que les systèmes de distribution ne sont plus du tout contrôlés », poursuit Jean-François Dehecq en soulignant que « ce fameux produit venait d'Allemagne où il y a plusieurs milliers d' importateurs qui peuvent importer des médicaments sans même être pharmacien (…) Ils importent ça comme ils importent des voitures d'occasion ou de la viande de bœuf ; ils achètent des médicaments comme ça (…) n'importe où, avec la possibilité en plus de les reconditionner ». Et dès qu'un produit est entré en Europe, sans avoir fait l'objet d'aucun contrôle aux frontières, il peut circuler partout, constate le président de Sanofi-Aventis qui « pense qu'il faut se réinterroger complètement sur la fiabilité de la chaîne de distribution en Europe ».
Ces problèmes ont conduit des laboratoires comme Pfizer ou Sanofi-Aventis à restreindre le nombre de leurs distributeurs, en prenant le risque d'être attaqués pour refus de vente et/ou entraves à la libre circulation des marchandises. Mais, constate Jean-François Dehecq, c'est aujourd'hui le seul moyen disponible pour assurer un minimum de sécurité pour le patient. Et d'ajouter: « On n'est pas en train de parler d'argent. En valeur, ca ne représente presque rien. Cela n'a rien à voir avec les importations parallèles qui constituent vraiment un gouffre de plusieurs milliards: 4 à 6 milliards par an pour l'industrie européenne. Là on est sur autre chose: on est sur des risques gigantesques pour la santé publique (…) Pendant longtemps, tout le monde voulait étouffer tout pour ne pas faire peur aux patients. Maintenant, on est arrivé à un système tel, surtout à cause de l'Internet qui est vraiment une machine à véhiculer des produits contrefaits, que la prise de conscience des politiques et des pouvoirs publics prend de l'ampleur ».
Alors, que faire ? « Premièrement, contrôler beaucoup mieux la chaîne de distribution et sans doute freiner la libre circulation. Il faut ensuite que les polices se rassemblent, d'abord au niveau de l'Europe (il a évoqué Interpol et Europol: NDLR) mais il ne faut pas s'arrêter à l'Europe. On est en présence de problèmes mondiaux et il faudrait donc une (…) convention internationale de lutte contre la contrefaçon sous l'égide de l'ONU. Je pense que l'Europe devrait prendre le leadership en vue de l'élaboration d'un instrument international. Il faut aussi qu'il y ait des pénalités: aujourd'hui, le mec qui contrefait un médicament en ne mettant pas de principe actif et qui fait courir un risque mortel aux patients ou qui, éventuellement, va même laisser des éléments toxiques dans son truc, n'est pas plus puni que le mec qui fait un tee-shirt en contrefaçon. C'est pas sérieux. Il faut donc revoir la législation pénale », estime Jean-François Dehecq en rappelant que « c'est pas très compliqué d'introduire le bacille du charbon dans des comprimés allant n'importe où » et qu'il faut aussi prendre au sérieux le risque terroriste. (oj)