Bruxelles, 15/05/2007 (Agence Europe) - La montée en puissance de la contrefaçon des médicaments inquiète. Elle fait déjà d'innombrables victimes dans les pays en voie de développement. Et les faux médicaments commencent à atteindre l'Europe. A terme, c'est la crédibilité du médicament qui est menacée. Et l'industrie pharmaceutique ne peut pas se permettre de perdre la confiance des patients.
Les premières rencontres parlementaires européennes sur les médicaments, intitulées « En finir avec la contrefaçon de médicaments », se sont déroulées lundi 14 mai au Parlement européen, sous la présidence de Françoise Grossetête (PPE-DE, française) et de John Bowis (PPE-DE, britannique). A cette occasion, les participants de l'industrie pharmaceutique ont pu exprimer leurs opinions sur les mesures à prendre pour lutter contre un phénomène en pleine expansion. Miroslaw Zielinski, directeur de la politique douanière au sein de la Commission européenne, a affirmé que les données n'étaient pas « alarmantes, mais terrifiantes », et a pointé du doigt des pays comme l'Inde et les Emirats arabes unis. Près de 7% des médicaments mis en circulation dans le monde seraient des contrefaçons. L'Afrique et l'Asie sont les zones les plus touchées. Si l'Europe semble encore épargnée, le développement de l'e-commerce fait craindre un développement rapide dans les années à venir. Selon M. Bowis, 50% des médicaments en vente sur l'Internet seraient des contrefaçons. Mettant en garde contre « un fléau qui menace la santé des patients », Mme Grossetête a appelé les producteurs de médicaments à adopter « une culture de rigueur », afin de « continuer à garantir l'origine et la qualité des médicaments disponibles ».
Jean-François Dehecq, président de Sanofi-Aventis et vice-président de la Fédération européenne de l'industrie pharmaceutique (EFPIA), s'est félicité de voir enfin les institutions européennes marquer leur intérêt pour ce qu'il estime être « un vrai problème de santé publique, qui n'est plus une affaire marginale, mais une véritable industrie », pouvant même « aller jusqu'au crime ». Mais il a aussi pointé du doigt un certain nombre d'insuffisances dans les politiques de l'Union européenne: - l'Europe n'est pas organisée pour mener des enquêtes policières internationales ; - l'arsenal pénal est particulièrement inadapté: les profits dégagés par ce commerce sont colossaux, alors que les peines encourues sont minimes ; - le contrôle tout au long de la chaîne de distribution est de plus en en plus difficile et ce phénomène s'est accentué avec le Marché unique. Il a encouragé la Commission européenne à agir pour: (1) imposer des règles strictes pour empêcher les produits contrefaits d'entrer dans les circuits de distribution ; (2) imposer des normes aux pratiques de reconditionnement des produits ; (3) mettre en place un véritable arsenal pénal, adapté aux réalités de cette industrie. En agissant de la sorte, l'UE prendrait une place de « leadership » et trouverait « un écho au niveau international ». Dans cette optique, il a souhaité que les ministres des 27 Etats membres se mettent d'accord sur une déclaration commune. Enfin, M Dehecq a aussi tenu à ce que les pays en voie de développement ne soient pas mis de côté. Il s'est déclaré en faveur d'aides, par l'intermédiaire de « prix différenciés » sur les médicaments.
Heinz Zourek, directeur général à l'Industrie au sein de la Commission européenne, a reconnu que les principes encadrant les activités pharmaceutiques au sein de l'Union dataient de plusieurs dizaines d'années. De plus, les activités de contrefaçon ont surtout été traitées sous l'angle des droits de la propriété intellectuelle et non pas sous celui de la santé publique. Or, un grand nombre de faux médicaments ne constituent pas une violation des droits du propriétaire. M. Zourek a annoncé la volonté de la Commission européenne de mettre en place « un plan de lutte », qui, après une phase d'analyse et d'évaluation, pourrait aboutir à des propositions législatives concrètes. Il a néanmoins relevé la difficulté de l'exercice dans un domaine relevant de la subsidiarité. Or, dans certains pays, la faiblesse de la législation en vigueur nuit au travail des autorités nationales de contrôle. Au niveau international, les participants se sont attachés à rappeler le rôle important que jouait désormais la task force IMPACT de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans la définition d'un cadre global de lutte contre les médicaments contrefaits, en travaillant sur une harmonisation des définitions et l'amélioration de la coopération internationale.
Certaines solutions sont de nature technologique. En termes de traçabilité et d'authentification, le secteur de la distribution utilise de plus en plus la technologie RFID. M. Zourek a cependant déclaré que cette technologie n'était pas assez avancée, et qu'il fallait « en envisager d'autres ». En effet, les étiquettes RFID se révèlent encore relativement coûteuses. D'autres solutions pourraient être envisagées, telles les codes chimiques, les étiquettes ADN ou les filigranes. (gc /oj)