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Bulletin Quotidien Europe N° 9427
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Fiction ou projets, Londres et Paris divergent sur l'avenir européen

Plaire aux opinions publiques. Charles Grant, directeur du Centre for European Reform (Londres), est considéré comme «europhile», c'est-à-dire ami de la construction européenne. Il a fait un exercice: dessiner à l'horizon 2027 le profil d'une Union européenne qui aurait gagné le soutien des opinions publiques. Comment ? Voici les évolutions qui, à son avis, entraînerait le soutien populaire: porter de 28.000 à 8.000 le nombre des fonctionnaires européens ; transformer les directions générales de la Commission en agences indépendantes, responsables devant le Parlement européen ; alléger le budget communautaire en supprimant les dépenses agricoles (qui seraient transférées aux Etats membres) ; transformer les institutions par l'élection directe des Commissaires européens et l'élection par le Parlement européen du président de la Commission et du ministre européen des Affaires étrangères (que M. Grant a déjà désigné, en la personne de Carl Bildt) ; déployer dans le monde des dizaines de milliers de soldats et des centaines de milliers de juges, de policiers et de personnel civil européens; poursuivre l'élargissement par l'adhésion de la Norvège, de la Suisse, de l'Islande et des Etats de l'ex-Yougoslavie, et dire « oui » à l'entrée de la Turquie (ceci avec quelques péripéties: l'Espagne pourrait bloquer les négociations avec la Biélorussie, la Moldova et l'Ukraine pour protester contre le refus opposé au Maroc, et la Serbie s'opposer aux adhésions du Kosovo et de l'Albanie). Entre-temps, le Royaume-Uni aurait demandé l'adhésion à l'euro. C'est un programme très « british », qui supprimerait la presque totalité de l'administration européenne, élargirait l'UE au-delà d'une quarantaine d'Etats membres, éliminerait la politique agricole commune, attribuerait à l'Europe un rôle actif pour aplanir les conflits et aider les peuples en difficulté sans que l'on sache comment et pour quelles politiques.

Cette vision n'a évidemment rien d'officiel ; mais il est quand même instructif de comparer la fiction, présentée à Londres comme pro-européenne, au projet qui résulte des orientations annoncées par Nicolas Sarkozy (au-delà de la convergence avec Tony Blair sur l'abandon du projet de traité constitutionnel).

Le projet Sarkozy va dans une autre direction. En reprenant ce que le nouveau président français a dit lui-même et les explications supplémentaires de ses principaux conseillers pour les affaires européennes - Michel Barnier et Alain Lamassoure- on aboutit à un profil de l'Union fondé sur les orientations suivantes:

a) développer une Europe politique, ayant vocation à devenir un acteur autonome sur le plan mondial ;

b) rendre ou donner à l'UE une identité propre du point de vue économique et commercial. Le concept de «préférence communautaire» doit être revitalisé non seulement sur le plan des échanges, mais aussi dans les domaines fiscal, environnemental, social, etc., non pas dans un sens protectionniste mais pour exiger de tous les pays tiers la réciprocité et le respect des règles. L'identité européenne implique aussi qu'il n'existe pas de concurrence déloyale entre les Etats membres dans les différents domaines cités, le fiscal surtout ;

c) ouvrir tout de suite le chantier de la gouvernance économique de la zone euro, qui doit être renforcée afin d'instaurer un dialogue équilibré entre le Groupe de l'euro (Eurogroupe) et la Banque Centrale Européenne (BCE) permettant d'équilibrer les exigences économiques et les exigences monétaires ;

d) négocier l'avenir de la Politique Agricole Commune, afin que la révision de la PAC tienne compte des différentes exigences liées au maintien de l'activité agricole en Europe ;

e) suspendre l'élargissement de l'Union jusqu'à la réforme institutionnelle. Les négociations avec la Turquie ne doivent pas être rompues, mais poursuivies pour rechercher un nouveau type de relations, valable aussi pour d'autres pays (M. Sarkozy a évoqué l'idée d'une Union euro-méditerranéenne) ;

f) ouvrir le dossier de la moralisation du capitalisme financier, qui doit être traité au niveau européen.

g) créer les instruments permettant à quelques-uns d'avancer plus vite. Tous les projets nouveaux se situeraient dans le cadre communautaire, mais avec la possibilité pour un Etat membre de ne pas y participer, alors que les mécanismes institutionnels et le mode de décision seraient identiques pour tous ;

h) donner à l'UE les moyens d'agir, par les réformes institutionnelles prévues et éventuellement aménagées.

La vision de Nicolas Sarkozy (qui reprend en partie des idées et orientations lancées ou partagées dans plusieurs Etats membres) et la vision britannique (elle aussi partagée par d'autres Etats membres) sont tellement éloignées qu'il serait impossible de les faire coïncider. Heureusement, aucune partie ne songe à imposer telles quelles ses vues. Tous se disent ouverts à la discussion, ayant sans doute à l'esprit, si nécessaire, l'hypothèse des «coopérations renforcées» ou plus génériquement de la «différenciation».

(F.R.)

 

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