Brême, 02/04/2007 (Agence Europe) - Informés de l'état d'avancement d'une future présence internationale au Kosovo (EUROPE n° 9398), les ministres des Affaires étrangères n'ont pas eu de mal vendredi à reconnaitre le rôle moteur que l'UE devra jouer une fois la question du statut tranchée et à soutenir le processus à l'œuvre aux Nations Unies. Mais à Brême, la fanfare européenne n'a pas encore joué à l'unisson la partition de Martti Ahtisaari et certains Etats membres ont affiché quelques réticences face à la perspective d'indépendance sous supervision préconisée par l'envoyé spécial des Nations Unies et endossée par le secrétaire général de l'organisation, Ban Ki-moon.
Nous avons « renforcé » la position établie en février par le Conseil de l'UE (EUROPE n° 9364), a déclaré vendredi à la presse Frank-Walter Steinmeier, qui présidait le Gymnich. A l'époque, les ministres des Affaires étrangères avaient déjà adressé leur plein soutien au travail de l'ancien Président finlandais, estimant que ces propositions créaient « la base pour le développement économique et politique durable du Kosovo et pour le renforcement de la stabilité de toute la région ». C'était avant que les dernières consultations entre Belgrade et Pristina ne s'avèrent infructueuses et que la question soit renvoyée en l'état au Conseil de sécurité des Nations Unies. Tous les Etats membres ont accueilli « favorablement les efforts de M. Ahtisaari », appuyant une résolution « pour qu'une présence internationale civile et militaire soit mise en place », a répété M. Steinmeier, à l'issue de la réunion informelle, où tous se sont montrés déterminés à travailler « en vue d'un règlement durable, la clé étant l'unité européenne », selon Olli Rehn. «L'UE défendra sa position commune d'une seule voix au Conseil de sécurité », a ainsi affirmé M. Steinmeier. Et si cela ne suffisait pas ?
Une absence de résolution serait une « déception » et une « source d'instabilité », a répondu le chef de la diplomatie allemande, espérant convaincre les plus réticents. « C'est vrai que certains ont l'ambition de diviser les Etats membres sur cette question », mais « les négociations ont été inventées pour trouver une solution ensemble aux problèmes », a-t-il lancé en direction de la Russie. A New York, une première réunion du Conseil de sécurité sur le sujet est prévue ce mardi. Alors que Moscou s'oppose ouvertement à une solution non négociée, des Etats membres appellent à la patience et affichent certains doutes sur les propositions de M. Ahtisaari en tant que telles.
« Il y a encore quelques différences et hésitations » sur la version finale du statut, avait concédé vendredi le ministre slovène des Affaires étrangères, Dimitri Rupel. En effet, la Slovaquie, qui compte parmi les cinq membres européens du Conseil de sécurité (avec la France, le Royaume-Uni, la Belgique et l'Italie), a manifesté quelques réticences face à une indépendance sous supervision imposée à la Serbie. « Je peux dire qu'une majorité d'Etats membres soutiennent pleinement le plan Ahtisaari, mais nous (les Slovaques) avons cette position presque unique », a déclaré samedi Jan Kubis, ministre slovaque des affaires étrangères, qui explique: « nous voulons que les préoccupations et les demandes de chaque côté soient prises en compte et c'est ainsi que nous négocierons au Conseil de sécurité des Nations Unies ». D'autres pays comme l'Espagne ou la Grèce avaient aussi fait part de leur préférence pour une solution concertée et qui tienne compte de la Serbie. La position commune de l'UE est établie, mais nous sommes dans une nouvelle procédure au Conseil de sécurité. Si des négociations devaient y avoir lieu sur les propositions Ahtisaari, « à ce moment-là, au niveau européen, nous nous mettrons d'accord pour savoir ce qu'il convient de faire », a reconnu samedi M. Steinmeier. « Un engagement fort en direction de la Serbie est un élément essentiel pour faire progresser le processus sur le statut », quoi qu'il en soit, a rappelé le Commissaire chargé de l'élargissement, Olli Rehn. (ab)