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Bulletin Quotidien Europe N° 9326
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/prix sakharov

Le Bélarus rejoindra bientôt la famille européenne, promet Alexandre Milinkievitch, qui plaide pour un Fonds européen pour la démocratie capable de travailler dans « des pays dictatoriaux »

Strasbourg, 12/12/2006 (Agence Europe) - « Loukachenko, je vous le promets, ne gagnera plus jamais des élections libres », comme citoyen d'un pays européen, « je vous remercie d'avoir foi en notre victoire (…). La victoire ne tardera pas, et le Bélarus reviendra bientôt au sein de la famille européenne, car les dictatures n'ont pas de perspective historique, et finissent tristement pour les tyrans ». C'est sur cette note volontariste qu'Alexandre Milinkievitch, chef de l'opposition biélorusse, battu par le président Loukachenko aux élections de mars dernier, a achevé le 12 décembre son intervention devant la plénière du Parlement européen qui venait de lui attribuer le Prix Sakharov pour la liberté de l'esprit. L'Europe « ne pourra pas être complète sans le Bélarus », a-t-il estimé, en insistant: Sakharov a « toujours prôné la résistance non violente, et là aussi, je suis adepte ». Après quelques mots en français, le lauréat a poursuivi en biélorusse, en dédiant son prix à tous ceux qui se battent pour la liberté dans son pays: « nous sommes nombreux », nous sommes prêts à sacrifier notre bien-être personnel et, si nécessaire, notre vie, a-t-il assuré. Ce prix aurait pu être reçu par d'autres personnes, a fait valoir M. Milinkievitch, en citant notamment le président du « dernier parlement légitimement élu » au Bélarus et en déplorant: malheureusement, ces gens ont disparu, ils ont été sans doute tués. Ce prix va à tous ceux qui ont manifesté dans les rues après les élections de mars dernier, a ajouté M.Milinkievitch, qui s'est dit « fier de notre jeunesse », et a rappelé: « Ce sont nos enfants qui, après ces élections, sont restés dans les rues et les places lorsque les adultes ne résistaient plus au froid, ce sont nos enfants qui ont été jetés dans des prisons, ce sont nos enfants qui, sortis de prison, ont été expulsés des universités ». Dans la délégation qui m'accompagne aurait dû figurer aussi la présidente des Polonais du Bélarus, mais elle n'a pas été autorisée à quitter le pays, et on lui a enlevé son passeport, s'est par ailleurs indigné M. Milinkievitch.

Le chef de l'opposition biélorusse a salué les récentes propositions de la Commission européenne sur les relations avec Minsk (voir EUROPE N. 9311). Ces propositions sont une « occasion de sortir le Bélarus de son isolement international », et si elles étaient acceptées, elles permettraient « un véritable rapprochement » de notre pays à l'Europe, a estimé M. Milinkievitch, tout en admettant: l'espoir que Loukachenko le fasse est « presque nul » ; dans le passé, il y a eu d'autres offres, mais elles n'ont jamais reçu de réponse concrète. Or, l'UE devrait élargir son aide aux médias libres, à la société civile, aux victimes de la répression, et la rendre plus flexible, a plaidé M. Milinkievitch, qui a tenu à rappeler que les programmes actuels de l'UE en faveur de la démocratisation « ne peuvent pas fonctionner » dans un pays comme le Bélarus. Selon lui, il est donc « grand temps de créer un Fonds européen pour la démocratie, avec des moyens réels lui permettant de travailler dans des pays dictatoriaux ». Et, à ceux qui prétendent que l'Europe ne peut pas faire grand-chose, il réplique: l'Europe peut beaucoup faire pour nous. Autre requête concrète: à partir de 2007, ne pas augmenter (à 60 euros, ce qui est « prohibitif » pour les citoyens du Bélarus) le coût des « visas Schengen », au moment où, justement, les Biélorusses « ont un énorme besoin de contacts » avec l'extérieur.

Nous avons toujours été « un pays européen », a insisté M. Milinkievitch en retraçant brièvement l'histoire du Bélarus: au 16ème siècle, le Bélarus a « donné à l'Europe le prototype d'une première Constitution, avec le Statut pour le Grand-duché de Lituanie, elle lui a donné des hommes comme Dostoïevski, Chagall, Apollinaire (…), elle a été le premier pays d'Europe à avoir traduit la bible dans sa langue maternelle (…). Et sur les 6 millions de Juifs exterminés lors de la Shoah, il y avait un million de Biélorusses ». En 1991, le Bélarus a obtenu l'indépendance, et nous nous en sommes réjouis, mais nous n'avons pas tout de suite réalisé que « liberté et indépendance, ce n'est pas la même chose », a-t-il affirmé. Le régime se trouve dans une situation difficile, la Russie menace de mettre fin à son soutien économique, et le pouvoir « s'énerve et accuse l'opposition » de ces difficultés, « or, nous n'avons jamais réclamé des sanctions contre notre pays, car nous savons qu'elles pénaliseraient avant tout notre peuple », a lancé le Prix Sakharov 2006. Et, tout en craignant une sorte « d'Anschluss » du Bélarus, il a martelé: Loukachenko s'inquiète de l'indépendance de notre pays, mais il ne faut pas confondre la défense de l'indépendance et de son « pouvoir personnel ». Là, M. Milinkievitch a tenu à préciser: « Pour l'instant, nous ne trouvons pas de langage commun avec Moscou, mais l'opposition biélorusse n'est pas contre la Russie, qui est pour nous un partenaire stratégique. Un Bélarus démocratique sera un ami crédible pour la Russie ». (mg)

 

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