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Bulletin Quotidien Europe N° 9322
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelle voie suivre pour les relations entre l'UE et l'Amérique latine ?

Quelle est la formule raisonnable, et avantageuse pour tous, des relations entre l'UE et l'Amérique latine ? En principe, elle est simple: un réseau d'accords d'association ou de coopération qui renforce ou qui instaure des liens étroits, adaptés aux différents pays ou groupes de pays et tenant compte des différentes caractéristiques et des différents degrés de développement de chacun. Et pour le volet le plus délicat, celui du commerce, l'application des règles de l'OMC enrichies par les résultats de la relance du Doha round, avec des préférences et autres avantages en faveur des pays moins favorisés.

Débloquer le Doha round est possible, si… On me dira: mais le Doha round est bloqué. Eh bien, il serait relativement facile de le débloquer si l'on renonçait aux revendications déraisonnables et extravagantes et si l'on attribuait davantage d'importance aux intérêts des pays moins favorisés, et de l'humanité en général, qu'aux intérêts du grand commerce et des multinationales. Parce que l'essentiel on l'a sous la main, il suffit de le cueillir. Le directeur de l'OMC, Pascal Lamy, a ainsi résumé ce qui a déjà été engrangé dans les négociations: « Les acquis dépassent de loin le résultat des précédents cycles. La réduction des subventions agricoles internes faussant les échanges pourrait être deux à trois fois supérieure à celle agréée pendant le cycle d'Uruguay. Il est possible de mettre fin aux subventions à l'exportation qui ont tant porté préjudice aux agriculteurs d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. Les réductions des droits de douane sur les produits aussi bien industriels qu'agricoles pourraient avoir des effets plus puissants que pour le passé. Les grandes économies du monde sont prêtes à créer de nouveaux débouchés pour les fournisseurs étrangers dans de nombreux secteurs: télécommunications, banques, etc. Les subventions à la pêche, nuisibles à l'environnement et ayant contribué à l'épuisement des stocks mondiaux de poissons, seraient pour la première fois sérieusement réduites. De nouvelles règles seraient mises en place pour rationaliser les procédures douanières, réduire la bureaucratie et la corruption.» Ce qui est en jeu, c'est la consolidation du système commercial multilatéral et son rééquilibrage en faveur des pays en développement.

Il est vrai que Pascal Lamy invite les Etats-Unis, l'Europe, le Japon, l'Inde, la Chine et le Brésil à faire des efforts supplémentaires pour relancer et conclure les négociations. Quelque chose en ce sens est encore sans doute possible. Mais serait-il raisonnable de s'acharner à obtenir in extremis des concessions pratiquement hors portée, concernant les subventions internes à l'agriculture des Etats-Unis, des ouvertures supplémentaires des marchés agricoles de l'UE et du Japon, des avancées brésiliennes à propos des marchés publics et des services financiers ? Si on réclame trop, on n'aura rien du tout, alors que la moisson est déjà abondante. Ceux qui sont prêts à faire exploser la négociation pour arracher encore quelques avantages défendent, à mon avis, des intérêts particuliers qui n'ont pas beaucoup à voir avec l'intérêt général de leur pays et encore moins avec celui des pays pauvres et de l'humanité dans son ensemble.

Un dogme qui s'évanouit. Il faut considérer aussi que le dogme selon lequel le libre-échange avec un minimum de règles et de conditions représenterait la panacée universelle, est en train de s'évanouir. Il y a pas mal d'années, la première fois que j'avais exprimé dans un séminaire de l'ULB (Université libre de Bruxelles) des doutes sur ce dogme, l'accueil avait été glacial. Il y a quelques jours, un chercheur de la même ULB a écrit: «L'Union européenne doit se doter d'une politique commerciale cohérente. Tout en favorisant la concurrence en son sein, elle doit empêcher l'accès à son territoire de produits et services réalisés dans des conditions qu'elle interdit chez elle. L'UE doit s'ériger en zone de libre-échange intérieure tout en se protégeant de la concurrence déloyale extérieure» (Olivier Hubert, Le Soir du 29 novembre). Je sais bien que les tenants de la thèse opposée sont encore nombreux, mais l'exigence d'un meilleur équilibre entre la suppression des frontières et un certain niveau de règles communes gagne du terrain. Certains cas éclatants (la Chine !) ont laissé des traces, et les pays moins favorisés comprennent de mieux en mieux leurs intérêts véritables.

Il est vrai que la Commission européenne est en train de demander au Conseil un mandat pour négocier des accords de libre-échange avec la Corée du Sud, l'Inde et l'ASEAN, et aussi l'Amérique centrale et les Andes. Mais il s'agit justement d'accords «nouvelle génération», soumis à beaucoup de conditions. En même temps, Peter Mandelson semble de plus en plus conscient de ce que signifie un commerce international équitable et raisonnablement réglementé. De toute manière, nous savons tous que la Commission a fait parfois fausse route en ce domaine par le passé, et quelques mises en garde ne font jamais mal.

(F.R.)

 

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