Bruxelles, 06/06/2005 (Agence Europe) - Réunis le 31 mai au Parlement européen à l'initiative d'Athenora Consulting, les lobbyistes français auprès de l'UE sont sortis à visage découvert en s'interrogeant sur le rôle et l'image de leur profession. Le rejet par la France du projet de traité constitutionnel rend d'autant plus primordial le développement d'une véritable culture européenne des lobbies français et de nouvelles stratégies d'influence auprès des institutions européennes, estiment-ils. Rappelons que, dans le cadre de son initiative pour la transparence, la Commission a mis en place un groupe interservices qui évaluera l'impact du code de conduite qui régit ses relations avec les lobbies, et qu'elle publiera en septembre ou octobre une communication à ce sujet.
La parlementaire européenne Françoise Grossetête (PPE/DE, française) a invité les lobbyistes français à « développer une vraie culture européenne » et à « labourer en profondeur », « monter des réseaux » et « se faire entendre de façon permanente ». Christian Masset, Représentant permanent adjoint de la France auprès de l'UE, qui estime qu'il faut « en finir avec l'obsession de la singularité », a énuméré quatre éléments clés d'un lobbying efficace: le respect du rôle de tous les acteurs, la « confiance en soi », le « jeu collectif » et « l'ouverture aux autres ». Christian Masset a cité quelques « résultats notables » de la présence française auprès de l'UE: l'implication accrue des députés européens de nationalité française dans le débat politique européen (exemples: directives « REACH » et sur les services) ; le rôle actif de think tank de Confrontations, Institut français des relations internationales (IFRI) et Fondation Robert Schuman ; les 22 Français membres de cabinets de Commissaires européens (la première nationalité représentée à ce niveau à la Commission). « Le message se veut positif », indique Stéphane Desselas, Directeur associé d'Athenora Consulting, « les Français ne sont pas incapables de pratiquer un lobbying européen efficace, mais ils doivent surmonter les handicaps d'une culture faiblement euro-compatible ».
Au nom de la Society of European Affairs Professionals (SEAP), Catherine Stewart a expliqué que son organisation a pour but de promouvoir le professionnalisme dans le lobbying car « nous avons une mauvaise image ». Le SEAP a développé un code de conduite propre auquel adhèrent les lobbyistes à titre personnel, et qui énonce des principes d'honnêteté, de transparence et de confidentialité et vise à éviter les conflits d'intérêts et la corruption, ainsi qu'à respecter les règles communautaires en matière d'emploi de personnel ayant travaillé dans les institutions européennes.
« Oui au lobbying à visage découvert », a plaidé Benoît Le Bret, chef du Cabinet de Jacques Barrot, Commissaire aux transports. Anne Houtman, Directrice à la Direction générale du marché intérieur de la Commission, a rappelé que « Bruxelles est la deuxième capitale du lobby dans le monde », et que cette évolution « récente » est due en grande partie à la mise en place du marché intérieur et à l'adhésion du Royaume-Uni en 1973. La Commission ne dispose que « d'un code conduite », contrairement aux États-Unis où les relations avec les lobbies sont « très réglementées », a-t-elle noté. Suite à la pression d'organisations non gouvernementales (ONG), Siim Kallas, Commissaire européen chargé de l'administration a mis en place un groupe interservices qui évaluera notamment l'impact du code de conduite de la Commission dans le cadre de son initiative sur la transparence (EUROPE n°8950). Les discussions aborderont trois enjeux majeurs: l'identification des lobbies, éventuellement à travers un registre spécifique à la Commission ; leur représentativité à travers l'identification de leurs mandants et de leurs clients ; leur financement, de manière à éviter tout conflit d'intérêts.
Quelles seront les conséquences du rejet de la Constitution par le peuple français ? « Le “non » de la France nous affaiblit », a estimé Françoise Grossetête. « Il va sans doute compliquer les choses », a-t-elle ajouté, en évoquant sa propre expérience de rapporteur sur la proposition de règlement sur les médicaments pédiatriques.