Bucarest, 06/06/2005 (Agence Europe) - Le Bureau du groupe PPE-DE du Parlement européen s'est réuni les 2 et 3 juin à Bucarest pour discuter notamment de la situation politique sur place et des réformes en cours en vue de l'adhésion de la Roumanie à l'UE, sous la présidence du groupe PPE-DE au Parlement Hans-Gert Pöttering (voir EUROPE n° 8961 au sujet de lettres d'avertissement sur le rythme des réformes envoyées par la Commission à la Roumanie, et aussi à la Bulgarie). Il est clair que la Roumanie doit encore faire beaucoup d'efforts, mais Lorenzo Cesa, vice-président du groupe, s'est dit à la fois « serein et lucide » sur la volonté du gouvernement de se montrer ferme dans cette phase délicate. Quant à Jonathan Scheele, responsable de la Délégation de la Commission européenne en Roumanie, il estime que la Roumanie « peut respecter dans les délais ses engagements, mais ne peut pas se permettre de gaspiller le temps qu'il lui reste et doit accélérer les réformes » ; sinon, la Commission n'hésitera pas à recommander de reporter son adhésion à 2008. Leonard Orban, négociateur en chef roumain, a constaté que la Roumanie avait commencé à négocier alors qu'elle avait une « image fausse » de l'UE, et que ce n'est que plus tard qu'elle a compris que l'adhésion entraînerait chez elle une transformation en profondeur. Au fil des négociations, les conditions sont devenues de plus en plus difficiles, mais « il était dans notre intérêt de placer la barre de plus en plus haut », a-t-il estimé. A propos de l'impact du « non » français et néerlandais à la Constitution européenne, M. Orban a commenté: « il n'y a pas de lien entre l'adhésion et la ratification de la Constitution, mais il est certain qu'il y aura une pression plus forte qui va s'exercer, et que les exigences de l'UE seront plus strictes ».
Lors d'une session consacrée aux engagements pris par la Roumanie notamment sur les droits de l'homme et la justice et affaires intérieures, le vice-président du groupe PPE-DE, Othmar Karas, a constaté: « il reste à la Roumanie 18 mois pour poursuivre ses efforts, (…) c'est d'autant plus facile si des bons amis indiquent ce qu'on doit faire ». Mario Mauro, vice-président du PE, a exposé pour sa part les préoccupations des députés européens pour la situation en Roumanie en ce qui concerne les droits politiques, la liberté religieuse (surtout pour la minorité gréco-catholique), les droits des mineurs, le problème des enfants abandonnés (4000 par an selon l'Unicef), la situation sanitaire des minorités et les discriminations à l'égard des Roms. La Hongroise Kinga Gál, vice-présidente de la Délégation du PE à la commission parlementaire mixte UE-Roumanie au PE, a noté que l'adhésion à l'UE améliorera certainement la situation des minorités, et a demandé au gouvernement roumain de permettre à la minorité Rom d'avoir « une vision de son avenir », grâce à la reconnaissance d'un droit à l'autogouvernance, la restitution de ses biens, la possibilité d'avoir ses propres universités pour développer ses élites (une mesure qui concerne également les 1,5 million de Hongrois de Roumanie). La réforme en cours de la justice a été présentée en détail par la ministre roumaine de la Justice, Monica Luisa Macovei, qui a insisté sur les objectifs d'indépendance, de transparence et de prévisibilité, tout en soulignant que « les conditions existent sur le plan juridique, mais l'indépendance est surtout un état d'esprit ». A ce sujet, Alexandre Herlea, ancien ministre de l'intégration européenne, a affirmé que les réformes sont vaines si ceux qui détiennent les clés du pouvoir appartiennent à l'ancienne Nomenklatura, « une pieuvre qui fausse les règles du jeu ».
Dans ses conclusions, Hans-Gert Poettering a évoqué l'ouverture du PPE-DE à de nouveaux partis, notamment le Parti Démocrate (DP) et le Parti Conservateur Roumain (PC), qui venaient de demander d'adhérer. A Bucarest, M. Poettering s'est aussi entretenu avec le Président du Parlement roumain, Adrian Nastase, au sujet du statut d'observateurs au Parlement européen qu'obtiendront plus tard des députés roumains.
Des représentants du gouvernement roumain ont présenté aux députés européens un tableau de la situation économique et sociale roumaine, en indiquant en particulier: - en 2004, le taux de croissance était de 8,4%, le taux d'inflation de 9,3% et le taux de chômage de 6,2% ; - corruption : le gouvernement a adopté récemment une loi sur la déclaration du patrimoine des fonctionnaires accumulé les quinze dernières années, il s'engage à ne pas passer de contrats sans procédure d'appel d'offre, et examine les contrats suspects signés par les gouvernements précédents ; - décentralisation et réforme administrative: le gouvernement se préoccupe des problèmes de cohésion territoriale et du fossé persistant entre les zones rurales et les zones urbaines, et de la situation inquiétante des micro-régions isolées ; - fiscalité : les réformes récentes n'ont pas permis de résoudre la question de la pression fiscale, qui étouffe les PME alors qu'elles contribuent à 70% du PIB, tandis que l'économie « souterraine » représente encore environ 40% de l'économie ; - propriété et restitutions : le gouvernement s'est engagé depuis plusieurs années dans un processus de restitution de tous les biens nationalisés, et ceux dont les biens ont disparu seront indemnisés ; - infrastructures : le pays est traversé par 200 km d'autoroute seulement, dont la moitié datent de la période communiste. Marian Milut, Président de l'Union nationale des Employeurs roumains (UNPR), a terminé par une note négative, en déplorant: « les problèmes sont résolus uniquement sur le plan administratif, (…) la plupart de l'acquis n'existe que sur le papier ».