Bruxelles, 06/06/2005 (Agence Europe) - Le gouvernement britannique a annoncé lundi la suspension du référendum sur la Constitution européenne prévu pour 2006, malgré l'appel pressant de la Commission aux pays membres (réitéré lundi par le président Barroso) pour qu'ils ne prennent pas de mesures unilatérales sur le processus de ratification de la Constitution avant le Conseil européen des 16/17 juin. Jack Straw annoncera aujourd'hui à la Chambre des Communes la suspension du processus parlementaire qui aurait permis d'organiser un référendum en 2006, a dit le porte-parole de Downing Street lundi en milieu de journée (à l'heure de mettre sous presse, l'annonce officielle n'avait pas encore été faite, NDLR). « Le projet de loi sur la Constitution est suspendu jusqu'à ce qu'il y ait davantage de certitude sur ce qui va se passer », a-t-il ajouté, réitérant la demande britannique pour « un moment de réflexion ». Le porte-parole a cependant souligné que « cela ne veut pas dire que nous retirons aux Britanniques la possibilité de voter s'il y a une Constitution sur laquelle voter » (allusion à peine voilée à une répétion du vote là où le verdict était « non »).
La Pologne a fait savoir lundi qu'elle maintenait son référendum . « Les Français, les Néerlandais ou les Britanniques ne peuvent pas prendre la décision à notre place », a dit le ministre des Affaires étrangères, Adam Rotfeld à Reuters. « Nous devons décider pour nous-mêmes, (...) via un référendum ».
Si cette décision britannique se confirmait, elle « ne serait pas de nature à modifier la position française », a dit lundi à Luxembourg la nouvelle ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna. Selon elle, « il n'appartient à aucun membre de l'UE de décider pour les autres ou de bloquer le processus de ratification d'un traité qui a été élaboré et signé à 25 ». Ainsi, souligne Mme Colonna, le Sommet de la semaine prochaine permettra de « relancer une réflexion en profondeur sur la relation entre les citoyens et la construction européenne (…) une réflexion qu'il faut mener en France, mais aussi collectivement, à 25 ».
Entre-temps, le couple franco-allemand a réitéré que le processus de ratification doit se poursuivre. « Malgré ce débat difficile, il ne faut en aucun cas laisser tomber ce projet. Il ne faut pas abandonner l'idée européenne parce qu'il y a des difficultés, mais au contraire chercher à résoudre ces difficultés », a insisté le chancelier Schröder, d'après son porte-parole, lors d'un dîner de travail avec le Président Chirac samedi dernier à Berlin. « Jacques Chirac et Gerhard Schröder sont tombés d'accord pour estimer qu'il faut poursuivre le processus constitutionnel et cela par respect de chacun des pays membres, qui ont le droit et le devoir de s'exprimer », a dit le porte-parole, qui a aussi confirmé que l'Allemagne était prête à bouger sur les perspectives financières de l'UE. « Le chancelier espère que les autres Etats membres accepteront de faire aussi le geste nécessaire afin d'arriver à un résultat positif » au Sommet, a-t-il indiqué. « Le président est tout à fait d'accord avec cette approche », a déclaré le porte-parole de Jacques Chirac.
Au Danemark, une majorité des citoyens (53%) souhaitent selon un sondage que le référendum se déroule comme prévu le 27 septembre, et 31% estiment au contraire qu'il doit être annulé. Selon trois sondages du 3 juin, le « non » est passé en tête avec cependant une forte proportion d'indécis (30%).