Bruxelles, 28/01/2002 (Agence Europe) - Le Mouvement ATD Quart Monde et le groupe Futuribles (France) ont organisé, les 24 et 25 janvier au siège du Comité économique et social européen, des journées d'étude prospective sur le thème "Précarité et grande pauvreté en Europe à l'horizon 2010" (voir EUROPE du 25 janvier p.16). Le Secrétaire général du Comité, Patrick Venturini, a introduit les travaux auxquels ont notamment participé le président de la Banque européenne d'Investissement (BEI) Philippe Maystadt, l'ancien ministre des Affaires étrangères de Pologne, l'historien Bronislaw Geremek, et l'ancienne députée européenne et experte auprès des Nations unies pour les droits de l'homme et l'extrême pauvreté, Anne-Marie Lizin.
Les travaux de ces deux journées se sont inscrits dans une démarche prospective, ce qui consiste, comme l'a expliqué Hugues de Jouvenel (directeur de Futuribles), " à anticiper pour agir en faveur d'un avenir souhaitable librement débattu". Les quelque 150 participants ont pu discuter du sujet au cours de plusieurs ateliers: (1) instruments juridiques pour lutter contre la grande pauvreté en Europe; (2) niveau de dialogue entre les entreprises, les institutions financières et les ONG; (3) les droits fondamentaux des plus pauvres; (4) promouvoir les solidarités en Europe et avec le reste du monde; (5) les indicateurs participatifs de lutte contre la pauvreté en Europe.
Le vice-président de la Chambre économique de Grèce et membre du Comité, Georgios Sklavounos, a souligné la valeur ajoutée de l'engagement de l'UE dans la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale. "Nous considérons l'inclusion sociale comme un investissement dans le développement de la personne et un catalyseur pour la cohésion sociale, pour lutter contre la criminalité, la détérioration urbaine et des écoles, l'attitude des jeunes qui quittent trop tôt l'enseignement scolaire pour cause d'exclusion, mais aussi comme une alternative aux coûts excessifs de la police", a commenté le conseiller en soulignant que "environ 4/5èmes de l'humanité peuvent être considérés comme des exclus".
M. Xavier Godinot, directeur de l'Institut de Recherche du Mouvement ATD Quart Monde, a rappelé que les Sommets de Lisbonne et de Nice avaient mis en exergue la nécessité d'éradiquer la pauvreté d'ici à 2010 en Europe pour permettre à celle-ci de devenir l'économie de la connaissance la plus compétitive au monde. Pour faire avancer les choses, le Mouvement ATD Quart Monde, le Comité, la Commission mais aussi des représentants des familles qui souffrent de très grande pauvreté ont présenté leurs recommandations, à savoir:
1) aider les pays candidats à l'adhésion, qui ont enregistré récemment une chute dramatique de leur PNB et une augmentation de la pauvreté: "ceci doit être une priorité politique", a précisé M. Godinot en ajoutant: "il faut aussi leur permettre de se créer un filet de sécurité sociale qui n'existe plus chez eux. Nous pensons qu'il faut une mener une réflexion de négociation avec la Commission pour que les fonds structurels soient réaffectés aux zones les plus pauvres en Europe de l'Est";
2) l'objectif de l'éradication de l'extrême pauvreté doit être inscrit dans le texte d'une éventuelle Constitution européenne. Ceci devrait se traduire en une directive-cadre sur la mise en oeuvre d'une politique de lutte contre l'exclusion sociale tout comme l'accès des plus pauvres aux droits fondamentaux. "Comment évaluer les progrès dans le développement humain? En incluant ceux qui en sont exclus. Nous proposons à cette fin que l'UE et les Etats membres développent des indicateurs participatifs, avec les populations les plus pauvres, les universitaires, les partenaires sociaux", a précisé M. Godinot;
3) des progrès significatifs doivent être faits dans plusieurs domaines vitaux comme le combat contre l'illettrisme qui doit être un objectif de l'UE;
4) l'UE et les Etats membres doivent redéfinir leur politique d'asile et d'immigration, lesquelles ont des liens évidents avec la misère. "Quand on vit dans la clandestinité et sans droits, on est acculé à la misère et à la pauvreté. Il faut tout faire pour sortir de la pauvreté et nos politiques de coopération doivent soutenir davantage les pays les plus pauvres", a conclu M. Godinot.
En ce qui concerne le renforcement et le soutien des solidarités familiales, Moraene Roberts, représentante britannique des familles les plus pauvres, a présenté la situation dans son pays (que l'on retrouve aussi dans d'autres pays de l'UE) où des enfants sont retirés à leurs parents pour cause de pauvreté (logements précaires, parents illettrés, manque de nourriture, de vêtements, chômage de longue durée, etc.) et placés par des services sociaux dans des institutions spécialisées. "La pauvreté et l'exclusion sociale ne peuvent jamais être un critère pour retirer les enfants à leurs parents. Il faut parler avec les pauvres pour comprendre ce qui se passe. De telles situations sont dues à une méconnaissance des milieux les plus pauvres. Il faut considérer les pauvres comme un partenaire social pour arriver à changer les mentalités", a-t-elle commenté.