Bruxelles, 28/01/2002 (Agence Europe) - "Israël a besoin de l'Autorité palestinienne et de son président élu Yasser Arafat comme partenaire avec qui négocier, pour combattre le terrorisme comme pour aller vers la paix", a déclaré lundi le Conseil Affaires générales dans des conclusions critiques vis-à-vis d'Israël, mais qui, en même temps, appellent l'Autorité palestinienne à mettre fin au terrorisme et à l'Intifada. Les Quinze ont confirmé lundi, mais sans indiquer de date, leur intention d'envoyer une lettre au gouvernement israélien pour protester contre la destruction d'infrastructures palestiniennes financées par l'Union européenne. L'UE "réaffirme" aussi ses conclusions de Laeken, qui appelaient les deux parties à faire des efforts pour la paix.
En s'adressant à la presse, le président du Conseil, Josep Piqué, a insisté sur le fait que tous, "y compris Israël", doivent considérer l'Autorité palestinienne et Arafat comme un partenaire essentiel. "L'alternative à l'Autorité palestinienne, c'est l'anarchie palestinienne", soulignait aussi la porte-parole de Javier Solana. Le Conseil n'a pas critiqué en soi les dernières déclarations américaines sur le Proche-Orient, mais deux ou trois ministres l'ont fait, dont la Suédoise Anna Lindh qui a parlé de position "dangereuse". En marge du Conseil, tous les diplomates reconnaissaient que, avec "le nouveau langage de Bush", il y a un vrai problème politique, un "risque d'arriver à un fossé entre l'UE et les Etats-Unis". Après avoir pris la défense de l'Autorité palestinienne et de son président, les conclusions font appel à l'Autorité palestinienne afin qu'elle fasse "tout pour mettre fin au terrorisme et à l'Intifada armée, démanteler tous les réseaux terroristes et arrêter et poursuivre les coupables d'actes terroristes". L'Union demande aussi que les Palestiniens mènent avec célérité, et avec une participation de la communauté internationale, les travaux d'investigation sur l'affaire Karine A (le bateau rempli de munitions arraisonné par Israël).
"L'Union européenne est sérieusement préoccupée par la destruction des infrastructures palestiniennes et d'autres équipements qui aident les Palestiniens pour leur développement économique, social et humanitaire, et qui sont financées par l'Union européenne et d'autres donateurs", déclarent les Quinze en demandant au gouvernement israélien de mettre fin à cette pratique. De plus, l'UE "se réserve le droit de demander réparation dans des forums appropriés". La critique est donc bien là, comme annoncé, ainsi que la perspective d'une lettre de Josep Piqué à Shimon Peres (voir EUROPE du 24 janvier p.5). Le Conseil ne demande pas de réparation, comme le souhaitait la France, mais n'écarte pas non plus cette possibilité. Josep Piqué n'a pas précisé de quelle manière cela pourrait être fait et a souligné que, même si cette question est importante, l'essentiel est de ramener les deux parties à la table des négociations. A propos des compensations, tous s'accordaient à dire qu'elles étaient "juridiquement impossibles". C'est une demande politique plus que juridique, déclarait de son côté le Français Hubert Védrine, qui a par ailleurs assuré qu'il n'y avait pas de divergence entre les Quinze et que si les discussions avaient duré aussi longtemps, c'était seulement parce que chacun avait voulu exprimer sa préoccupation pour la situation actuelle. "Le gouvernement israélien doit retirer ses forces militaires et mettre fin aux exécutions extra-judiciaires, lever les fermetures et les restrictions imposées au peuple palestinien et à ses leaders, et geler les colonies", demandent aussi les Quinze.
Le président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, aurait fait part à la presse de son souhait de venir à Bruxelles s'exprimer devant les Quinze, mais le gouvernement israélien ne lui en a pas donné l'autorisation. Javier Solana a rencontré dimanche à Bruxelles le négociateur palestinien Abu Ala, en tournée européenne. Mardi se tiendra à Bruxelles une réunion technique entre la Commission et Israël, dans le cadre de l'accord d'association. La liste des dégâts aux infrastructures financées par l'UE et la question des règles d'origine en seront les deux principaux points.