Bruxelles, 28/01/2002 (Agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères des pays membres de l'UE ont soutenu les six grandes priorités du programme « Plus d'Europe » de la Présidence espagnole, lors du débat public qui ouvrait les travaux du Conseil Affaires générales, présidé, lundi à Bruxelles, par Josep Piqué. Le Premier ministre italien, Silvio Berlusconi, dont l'intervention était très attendue lors de sa première présence au Conseil en tant que ministre des Affaires étrangères, s'est exprimé en une minute, pour affirmer le plein soutien de l'Italie « à toutes les priorités de la Présidence espagnole ».
Josep Piqué a brièvement rappelé les grandes priorités de la Présidence espagnole: l'euro et son rôle externe, la lutte contre le terrorisme, la poursuite du processus de Lisbonne, le lancement de la Convention qui préparera la prochaine CIG, le renforcement de la politique de défense commune. Tout en soutenant globalement ce programme chargé, les ministres ont mis en avant leurs propres priorités: la maîtrise de l'ouverture des marchés de l'électricité pour la France, la prise en compte de l'intérêt des citoyens pour l'Irlande, le Zimbabwe pour le Royaume-Uni, le maintien de l'Etat de droit dans le cadre de la lutte contre le terrorisme pour les Pays-Bas et la Suède, ou la centrale de Temelin pour l'Autriche.
Ainsi, le ministre français, Hubert Védrine, a assuré l'Espagne de son « plein soutien » pour la mise en œuvre de son programme, tout en soulignant que « plus d'Europe est un bon slogan » mais que l'on « doit voir ce qu'il signifie secteur par secteur ». Dans ce sens, il a insisté afin que l'Europe joue pleinement son rôle au niveau international, notamment au Proche-Orient, « où nous ne pouvons ni baisser les bras, ni être lâches». Evoquant « l'accent porté sur la libéralisation des marchés de l'électricité » dans le cadre de la préparation du Sommet de Barcelone, il a remarqué que l'ouverture doit être « progressive et maîtrisée », et que le sujet ne doit pas « oblitérer les autres aspects du processus de Lisbonne, comme le développement durable ». Le projet Galileo «est un autre aspect dont la Présidence devra tenir compte », a-t-il souligné. M. Védrine a espéré par ailleurs que les travaux de la Convention sur l'avenir de l'Europe soient « utiles et peut-être déterminants », en insistant pour que le Conseil, et notamment le Conseil Affaires générales, soit bien informé.
Le secrétaire au Foreign Office, Jack Straw, a notamment mis l'accent sur la nécessité de respecter les droits de l'homme, « pas uniquement sur le papier mais sur le terrain », en espérant que l'UE adopte une « décision ferme » à propos du Zimbabwe afin que « ces valeurs soient respectées ».
Evoquant les progrès qui devront être accomplis durant la Présidence espagnole dans les négociations d'adhésion, la ministre autrichienne, Benita Ferrero-Waldner, a espéré que soient prises en compte la volonté de la population, qui s'est manifestée par une pétition, ainsi que la décision de l'Autriche à propos du nucléaire. « Il faut qu'il y ait une acceptation des populations de part et d'autre» à l'égard de l'élargissement , a-t-elle insisté. Le ministre irlandais, Brian Cowen, a estimé que l'ont doit permettre aux « citoyens de s'approprier le processus européen » en « personnalisant » les priorités définies par la présidence. « Le débat européen se déroule loin des citoyens européens. Nous devons répondre aux défis de l'explication », a-t-il insisté. Seul ministre à entrer dans le vif du débat, le Belge Louis Michel a appelé ses homologues à entamer prochainement une « discussion sincère » sur le financement de l'élargissement afin de lever des incertitudes qui pèsent sur le processus.
Le ministre néerlandais, Jozias Van Aartsen, et la ministre suédoise, Anna Lindh, ont plaidé pour que l'UE achève rapidement le travail en cours à propos notamment du gel des avoirs des terroristes, en demandant que la lutte contre le terrorisme aillent de pair avec « le respect du principe de l'Etat de droit ». Anna Lindh a stigmatisé les erreurs de la liste de terroristes dressée par le comité des sanctions des Nations unies, en souhaitant que l'UE définisse rapidement ses propres critères, afin que l'on sache « pourquoi des personnes sont reprises sur la liste ».
Soulignant l'importance de la politique de sécurité et de défense commune, le ministre grec, George Papandreou, a assuré que la Grèce « allait travailler pour trouver une solution afin de développer la collaboration entre l'UE et l'OTAN ». Selon lui, le but est de "trouver une solution efficace et réaliste permettant de renforcer notre coopération avec l'OTAN, dans le cadre de l'autonomie de l'UE et en ne remettant pas en cause l'intégrité des Etats membres ». George Papandreou a également évoqué les négociations à Chypre, en soutenant notamment les réflexions de la Commission visant à développer l'union économique des deux communautés de l'île, « qui devraient être une contribution importante pour trouver une solution ». Le ministre portugais, Jaime Gama, qui assume en 2002 la présidence de l'OSCE a espéré de son côté que la collaboration entre l'UE et l'OSCE pourra se développer pendant cette période, et a rappelé que la réunion conjointe de la Troïka européenne et de l'OSCE, ce mardi à Bruxelles, se concentrera sur la coordination de leur programme.