Après le Mercosur et l’Inde, l’Union européenne poursuit sur sa lancée depuis le début de l’année, avec la conclusion, mardi 23 mars, des négociations pour un nouvel accord de libre-échange avec l’Australie.
Il s'agit d'« un accord commercial que beaucoup pensaient impossible à conclure », a souligné la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à Canberra. « Mais cela témoigne de l’évolution de l’approche européenne. De l’Amérique latine à l’Inde, et je suis très heureuse d’ajouter l’Australie », a-t-elle poursuivi.
Le Premier ministre australien, Anthony Albanese, quant à lui, a salué un accord représentant « d'importantes opportunités pour les exportateurs australiens au sein de l'immense économie de l'Union européenne, qui représente 30 000 milliards de dollars ».
L’accord permet ainsi à 98% de la valeur actuelle des exportations australiennes d’entrer dans l’UE sans tarifs et permet de supprimer plus de 99% des droits de douane sur les exportations de marchandises de l'UE vers l'Australie.
La Commission européenne estime que les exportations de l'UE devraient croître jusqu'à 33% au cours de la prochaine décennie, pour atteindre une valeur annuelle potentielle de 17,7 milliards d'euros.
Seuls certains produits sidérurgiques ont été exclus de la libéralisation tarifaire, tant par l'UE que par l'Australie.
« Il existait un consensus avec l'Australie quant à la gravité de la situation de surcapacité au niveau mondial », a expliqué un fonctionnaire européen.
Produits agricoles. Comme pour l’accord avec les pays du Mercosur (EUROPE 13834/8), les produits agricoles étaient au centre de l'attention, alors que l’Australie est le premier exportateur mondial de viande de mouton et le deuxième exportateur de viande bovine et de sucre. Un point extrêmement sensible pour les agriculteurs européens (voir autre nouvelle).
C’est en grande partie le désaccord sur ces importations dans l’UE qui avaient fait dérailler les négociations en 2023 (EUROPE 13282/5).
Dans le cadre de ce nouvel accord, il sera finalement aussi question d’importations « limitées » pour les secteurs agricoles « sensibles » (bœuf, viande ovine, sucre, produits laitiers et riz), « grâce à des quotas tarifaires soigneusement calibrés », selon la Commission.
Pour le bœuf, l’UE ouvrira deux contingents tarifaires, mis en place progressivement sur une période de dix ans, totalisant 30 600 tonnes. 55% de ce volume (16 830 tonnes) seront importés en franchise de droits. Les 45% restants (13 770 tonnes) seront importés avec un tarif réduit de 7,5%.
Plusieurs produits européens, comme les fromages, vins, fruits et légumes, chocolat et produits transformés, bénéficieront de tarifs 'zéro' à leur entrée sur le territoire australien.
Les agriculteurs australiens, quant à eux, profiteront de la suppression de la quasi-totalité des droits de douane de l’UE sur les produits agricoles, pour des produits comme les noix, les fruits et légumes, le miel, l'huile d'olive, la plupart des produits laitiers, le blé et l'orge, ainsi que les produits de la mer.
Clause de sauvegarde. En outre, l’accord introduit un mécanisme de sauvegarde bilatéral permettant à l'UE de prendre des mesures pour protéger les produits européens sensibles et leurs producteurs en cas de forte augmentation des importations en provenance d'Australie susceptible de nuire au marché de l'UE. Ce mécanisme sera mis en œuvre par un règlement européen autonome.
Indications géographiques. De plus, l’accord protégera 231 indications géographiques (IG) de spiritueux et 165 IG agricoles et alimentaires, comme le Comté, le whisky irlandais ou encore le Queso Manchego.
Il laisse toutefois la possibilité aux producteurs australiens de continuer à utiliser des termes comme 'Prosecco' pendant une période transitoire de dix ans.
Les partenaires ont également revu leur accord bilatéral sur les vins, mettant à jour la liste complète des IG de l’UE et des appellations traditionnelles protégées en Australie.
Matières premières critiques. Comme l'a indiqué Ursula von der Leyen lors de son discours, « redonner vie à notre partenariat sur les minéraux critiques » sera crucial pour répondre à « la menace qui pèse sur la sécurité de notre chaîne d'approvisionnement et au choc subi par notre base industrielle », faisant référence à la dépendance vis-à-vis de la Chine.
Ainsi, l’Australie représente une nouvelle opportunité de diversification en tant que producteur majeur de matières premières, notamment d'aluminium, de lithium et de manganèse.
Comme l’explique la Commission, cet accord facilite l'accès de l'UE aux matières premières australiennes, grâce à des dispositions spécifiques qui rendent le marché « plus prévisible et fiable » pour les entreprises européennes.
Voiture de luxe. Concernant le secteur automobile, l'Australie libéralisera pleinement l'accès à son marché pour toutes les voitures particulières et tous les autres véhicules, à l'exception de quelques lignes tarifaires concernant les camions.
Les voitures de luxe dont le prix dépasse un certain seuil doivent payer une taxe à l'importation en Australie. Dans le cadre de cet accord, le pays a accepté de relever le seuil pour les véhicules électriques à 120 000 AUD. Il s’agit d’une application générale, mais qui profitera, proportionnellement, davantage à l’UE.
Autres possibilités. En outre, l’accord devrait faciliter le commerce numérique en s'attaquant à certains obstacles, élargir les possibilités pour les prestataires de services et les investisseurs de l'UE et d'Australie, et faciliter la participation des entreprises européennes aux marchés publics australiens.
Pour l’UE, il s’agit également de renforcer ses partenariats dans une région stratégique, celle de l’Indo-pacifique. Ce nouvel accord avec l'Australie survient quelques mois après la conclusion des négociations de l’accord de libre-échange avec l'Indonésie en septembre 2025 et avec l'Inde en janvier 2026 (EUROPE 13795/1).
Les textes négociés dans le cadre de cet accord présenté à Canberra (plus de 2 000 pages) doivent encore faire l'objet de procédures internes. La Commission soumettra ensuite une proposition au Conseil de l'UE pour signature et conclusion de l'accord. L'UE et l'Australie pourront signer l'accord seulement après l'adoption par le Conseil. (Pauline Denys)