La Commission européenne a défendu devant la commission de l'environnement du Parlement européen, mardi 24 mars, sa gestion de la crise liée à la contamination de laits infantiles par Bacillus cereus, producteur de la toxine céréulide résistante à la chaleur. Ces contaminations ont entraîné d'importants rappels de produits par des fabricants comme Lactalis et Nestlé, en lien avec une matière première importée de Chine (huile ARA).
La Commission a indiqué que les rappels ont été déclenchés dès la première alerte transmise au moyen du système européen d’alerte rapide (RASFF, Rapid Alert System for Food and Feed).
« Le rappel a commencé presque immédiatement au moment où l’information a été partagée avec les États membres », a souligné un représentant de la Commission, précisant que « la notification ne concernait pas seulement le risque, mais aussi les lots considérés comme contaminés sur la base de la traçabilité, identifiés par les entreprises et les autorités compétentes ».
Face aux critiques sur le contrôle des importations, la Commission a détaillé les mesures prises : « Nous sommes passés immédiatement à une mesure très stricte, à savoir la pré-certification à 100% par la Chine, suivie de tests à 50% à l’arrivée dans l’UE. Ces informations sont partagées avec l’ensemble des États membres et nous réévaluerons les mesures selon les résultats », a-t-elle indiqué.
La Commission a également insisté sur l’importance de protéger les populations les plus vulnérables : « Nous parlons d’enfants, pour qui le lait infantile est l’aliment de base. C’est pourquoi nous avons demandé à l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) de suivre non seulement le lait infantile, mais aussi l’évolution de la situation », a-t-elle expliqué. Un exercice de retour d’expérience est prévu pour améliorer les procédures futures, en coopération avec le réseau des coordinateurs de crise des États membres.
Concernant l’absence de seuils européens, la Commission a justifié cette lacune : « Il n’existait pas de limite harmonisée, car cette bactérie ne devrait pas être présente. Nous avons donc demandé à l’EFSA de définir des seuils sécuritaires, ce qui a permis d’adopter une approche harmonisée », a indiqué le représentant. Un seuil « zéro » pourrait être formalisé dans la législation à l’avenir.
L'EFSA a assuré que « dès que nous avons été contactés par la Commission, nous avons activé nos procédures d’urgence et développé des seuils européens harmonisés en trois jours. Ces mesures visent à garantir que cet incident ne se reproduise pas », selon une de ses représentantes. L’EFSA a précisé que les seuils et la dose de référence aiguë protégeaient pleinement « les consommateurs les plus vulnérables, nos enfants » (EUROPE 13800/12).
Biljana Borzan (S&D, croate) a insisté sur la nécessité d’améliorer la détection précoce des risques ainsi que la supervision des ingrédients et des fournisseurs. Sander Smit (CRE, néerlandais) a déploré la lenteur de la réaction des autorités nationales et européennes. Yvan Verougstraete (Renew Europe, belge) a souligné que les parents doutent de la qualité des produits et de l’efficacité des contrôles et s’est interrogé sur la lenteur des rappels de certaines marques ainsi que sur l’absence d’un seuil européen clair. (Lionel Changeur)