Ne pas réinventer la roue, mais accélérer et amplifier les travaux de simplification réglementaire et de diversification des relations commerciales déjà entamés ces derniers mois, tout en concevant de potentiels instruments de protection pour des secteurs particulièrement sensibles.
C’est sur ces axes de travail que seront invités à travailler les dirigeants européens ce 12 février à Alden Biesen, près de Genk, à l’occasion d’une nouvelle séance dite de 'réflexion informelle' consacrée à la compétitivité européenne et aux moyens de relancer les industries de l’UE par rapport à leurs concurrentes américaines ou chinoises.
Alors que les constats des blocages et lourdeurs du marché unique sont régulièrement dénoncés par les dirigeants européens depuis les rapports ‘chocs’ sur le sujet des anciens présidents du Conseil italien Enrico Letta et Mario Draghi (EUROPE 13478/1) en 2024 - qui seront d'ailleurs présents à Alden Biesen -, tout comme les multiples dépendances externes de l’UE, à l’image de ses approvisionnements en matières premières critiques, les Vingt-sept ne seront plus seulement invités jeudi à confirmer ce mauvais diagnostic.
Il s’agira, selon les vœux du Président du Conseil européen, António Costa, de continuer d’appuyer les mouvements opérés depuis 2024 et de s’entendre sur un nouveau « cycle de politiques et de mesures » pouvant déjà être mises en œuvre sur le court terme, a indiqué un diplomate mardi 10 février.
Si cette ‘retraite’ informelle n’a pas vocation à lancer de nouvelle stratégie européenne ni aboutira à un quelconque communiqué final, elle devra néanmoins rassembler les Vingt-sept sur un engagement commun à poursuivre la simplification réglementaire et la réduction des charges administratives pour les entreprises, à stimuler les financements pour l’innovation, en particulier au profit des PME, en mobilisant davantage les capitaux privés ou à vanter le mérite de la diversification commerciale.
Il s’agira aussi de penser à la « question de l’échelle d’action de l’UE », selon ce même diplomate.
António Costa l’avait aussi évoqué dans sa lettre d’invitation publiée le 2 février (EUROPE 13799/1) : alors que les pays membres affichent des sensibilités différentes sur ce sujet, il sera bien question de discuter de la protection de certaines industries, notamment du développement et du maintien de ces secteurs stratégiques dans l’UE, qu’il s’agisse des entreprises innovantes liées à l’intelligence artificielle ou des industries plus traditionnelles, énergivores et fortement concurrentielles, comme la chimie, la sidérurgie et l'aluminium.
Et alors que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a également ouvert la porte à cette idée dans sa lettre du 9 février adressée aux dirigeants (EUROPE 13804/1), la ‘retraite’ d’Alden Biesen pourrait aussi donner un coup de pouce aux partisans des coopérations renforcées entre pays volontaires.
Selon des sources, la mobilisation des capitaux privés pour financer de nouveaux grands projets à l’échelle de l’UE pourrait même alimenter un premier projet concret pour une telle coopération renforcée.
Consensus sur les objectifs, pas encore sur les moyens. En attendant, la retraite informelle des Vingt-sept sera aussi l’occasion pour certains dirigeants de remettre sur la table des idées qui leur sont chères. Et elles ne sont pas toutes consensuelles.
Le président français, Emmanuel Macron, a déjà donné le ton, le 10 février, dans un entretien avec la presse européenne, en plaidant pour « lancer une capacité commune d’endettement pour ces dépenses d’avenir, des 'eurobonds' d’avenir ». Il a ainsi à nouveau défendu le recours à un nouvel emprunt commun des Vingt-Sept, qui financerait des investissements stratégiques et permettrait à l’UE de « s’attaquer à l’hégémonie du dollar ».
«Aujourd’hui, on a trois batailles à mener : dans la sécurité et la défense, dans les technologies de transition écologique et dans l’intelligence artificielle et le quantique. Dans tous ces domaines, on investit beaucoup moins que la Chine et les États-Unis. Si l’UE ne fait rien dans les trois à cinq ans, elle sera balayée de ces secteurs », a-t-il ajouté.
Le président français sera bien sûr libre de soulever tous les sujets qu’il souhaite, selon ce même diplomate, mais la retraite informelle ne devrait pas s’étendre sur cette question des 'eurobonds', par ailleurs davantage liée aux négociations sur le cadre financier pluriannuel post-2027.
Le Français veut aussi un pilier de préférence européenne et de concurrence loyale qui ciblerait des secteurs déjà bien identifiés, selon une source de l’Élysée : l'intelligence artificielle, le quantique, l'espace, les 'cleantech', les 'biotech', 'medtech', la défense, mais aussi les semi-conducteurs ou la robotique.
Document commun de Berlin, Rome et Bruxelles. Les dirigeants italien, allemand et belge, qui ont convoqué jeudi matin, en amont de la retraite, un nouveau mini-sommet sur la compétitivité devant réunir une vingtaine de dirigeants européens, ont, eux aussi, soumis leurs idées dans un document commun.
Ce ‘projet’ de messages communs, vu par Agence Europe, met l’accent sur l’intégration du marché unique, la simplification de la réglementation et la réduction des prix de l’énergie ainsi que sur une politique commerciale ambitieuse.
Mais les trois pays se montrent plus prudents sur la ‘préférence européenne’, sans s'y opposer. « À l’heure où l’ouverture et l’intégration aux chaînes de valeur mondiales sont en recul, nous devons les renforcer. Une politique commerciale ambitieuse et pragmatique est tout aussi cruciale pour ouvrir de nouveaux marchés et de nouvelles possibilités pour l’économie européenne », indique ce projet.
Cela implique la conclusion rapide d’accords de libre-échange ambitieux, des négociations plus rapides, des accords propres à l’UE ainsi qu’une action décisive pour lutter contre les pratiques déloyales et garantir des conditions de concurrence équitables et les intérêts de l'UE en matière de politique commerciale. « Mais ces mesures, y compris les régimes de préférence européenne, doivent respecter notre stratégie globale de politique commerciale et nos partenaires privilégiés, être exceptionnelles, limitées et proportionnées ».
Le gouvernement allemand a également publié un document sur ses attentes concernant les nouvelles actions à mener sur le marché unique, citant notamment la nécessaire déclaration électronique de détachement des travailleurs.
Lien vers le document conjoint : https://aeur.eu/f/ko3
Lien vers le papier allemand : https://aeur.eu/f/ko4 (Solenn Paulic avec Anne Damiani et Mathieu Bion)