La présidente de l’Assemblée générale des Nations unies (UNGA), Annalena Baerbock, a exhorté l'Union européenne, mardi 10 février, à défendre le système multilatéral basé sur des règles, émettant l'idée d'une « alliance transrégionale » entre juridictions adhérant aux principes de la Charte des Nations Unies.
« L'ordre international n'est pas seulement sous pression, il est attaqué », a déclaré Mme Baerbock lors d'une allocution dans l'hémicycle du Parlement européen à Strasbourg. Elle a relevé une forme « préoccupante » de crise à travers laquelle un conflit n'est « même plus mené sous le prétexte de la légitime défense ou du respect du droit international, mais souvent en violation flagrante de celui-ci ».
« Alors que nous avons plus que jamais besoin de coopération, de l'ONU, des puissances, même celles qui ont la responsabilité de protéger la paix et la sécurité, s'en détournent, voire s'y opposent », a souligné l'ancienne ministre allemande des Affaires étrangères, sans citer directement les États-Unis, mais en évoquant l'agression militaire russe de l'Ukraine.
M. Baerbock a aussi livré un plaidoyer en faveur de la défense de « la vérité » alors que, selon elle, on assiste, à travers les réseaux sociaux, dans des parlements nationaux et au sein même de l'ONU, à « des tentatives délibérées d'utiliser la désinformation comme une arme à des fins de politique basée sur les rapports de force » ('power politics'). L'UE pourrait apporter sa contribution en s'appliquant dans la définition d'une gouvernance internationale de l'intelligence artificielle, a-t-elle estimé, notant que les femmes étaient les principales victimes des 'deepfakes'.
Pour défendre le multilatéralisme et la vérité, la présidente de l'UNGA a avancé l'idée d'une alliance transrégionale. D'après elle, les accords commerciaux que l'UE a noués avec le Mercosur et l'Inde constituent « un réel investissement pour la prospérité globale » et devraient être négociés avec le Proche-Orient et l'Afrique.
Enfin, Mme Baerbock a estimé que « l'ONU (avait) besoin de l'UE pour se réformer » en réduisant « les doublons et la bureaucratie ». Mais le monde ne serait pas meilleur sans l'ONU, a-t-elle prévenu, comme pour devancer ceux qui militent pour la suppression d'agences onusiennes, comme Israël vis-à-vis de l'UNRWA. Et de demander aux États membres et à l'UE de « montrer l'exemple » en fournissant à temps leur contribution financière au système onusien, afin d'éviter « un effondrement financier d'ici juillet », en écho à un avertissement du Secrétaire général de l'ONU, António Guterres.
Voir le discours de Mme Baerbock: https://aeur.eu/f/ko7 (Mathieu Bion)