La Commission européenne a présenté, mercredi 19 novembre, une 'feuille de route' pour transformer l’industrie de la défense et libérer le potentiel de l'innovation de rupture pour la préparation de la défense.
Estimant que l’innovation est un composant critique pour l’état de préparation, elle entend accélérer la modernisation de l’industrie de la défense européenne et soutenir les nouveaux acteurs du secteur.
« La guerre en Ukraine illustre clairement la rapidité d'évolution des technologies de défense et la façon dont les technologies de pointe, telles que l'IA, l'informatique quantique, la cybersécurité et les systèmes spatiaux, permettent des changements tactiques rapides sur le champ de bataille. L'UE a donc besoin d'un changement de mentalité fondamental à tous les niveaux : États membres, industrie et institutions européennes. Nous souhaitons que l'agilité, la rapidité, la collaboration et la prise de risque deviennent la nouvelle norme en matière de développement des capacités de défense en Europe », a résumé la vice-présidente exécutive de la Commission européenne, Henna Virkkunen.
Afin de créer cette 'feuille de route', la Commission s’est donc appuyée sur l’expérience de l’Ukraine, et va renforcer le rôle du Bureau de l'UE pour l'innovation en matière de défense à Kiev pour en faire un 'Bureau de l'UE pour l'industrie de la défense’, chargé de suivre les développements technologiques militaires et l'innovation de pointe en matière de défense.
La stratégie a trois grands objectifs : - mieux connecter les communautés de la défense et des technologies de pointe afin d’accélérer le développement de solutions de rupture et l’émergence de nouveaux acteurs de la défense ; - accélérer l’intégration des technologies de pointe dans les capacités militaires des États membres de l’UE ; - renforcer la capacité de production de défense de l’Europe.
Pour cela, elle va s'articuler autour de quatre priorités. La première est le soutien à l'investissement dans les entreprises de défense. « En collaboration avec la Banque européenne d'investissement (BEI) et le Fonds européen d'investissement (FEI), la Commission soutiendra le lancement, d'ici le premier trimestre 2026, d'un fonds pouvant atteindre un milliard d'euros afin de fournir du capital de croissance aux PME et aux entreprises en forte croissance du secteur de la défense et de consolider les chaînes d'approvisionnement de la défense, avec le soutien de fonds privés », annonce la 'feuille de route'.
La Commission veut aussi accélérer le développement de nouvelles technologies, et propose un nouvel instrument, dénommé AGILE, pour lequel elle fera une proposition au premier trimestre 2026. « Notre objectif est qu'AGILE permette de développer, dans un délai de 6 à 12 mois, des solutions innovantes répondant aux besoins militaires », a expliqué le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, ajoutant qu'AGILE était conçu pour accompagner les entreprises dans le développement rapide d'une production à faible coût.
La Commission entend faciliter l’accès aux infrastructures de l’UE, telles que les installations du Centre commun de recherche, et des États membres, afin de faciliter la validation et le développement rapides des technologies de défense.
Le renforcement et l’exploitation d'un 28e régime pour aider les entreprises de défense à surmonter les obstacles à leur implantation, à l'accès au financement, à leur développement et à leurs opérations au sein du marché unique sont aussi avancés.
La Commission compte enfin créer un espace européen de données de défense, d'ici fin 2026.
Un autre axe de travail porte sur l’élargissement de l’accès aux capacités de défense avec le lancement d'Alliances technologiques EUDIS, « créant un réseau de jeunes entreprises et d'entreprises en forte croissance du secteur de la défense ainsi que d'utilisateurs finaux (forces armées), autour de domaines de capacités prioritaires », avec un pilote prévu pour la fin 2025.
La Commission veut en outre créer un marché pour les technologies et produits de défense soutenus par l'UE, facilitant ainsi une procédure d'acquisition accélérée pour les projets et entreprises soutenus par le Fonds européen de défense. Elle entend réviser la directive relative aux acquisitions de défense et de sécurité sensibles en intégrant des mesures visant à faciliter les investissements des États membres grâce à des procédures d'acquisition plus rapides, plus rationalisées et plus transparentes.
Enfin, la Commission entend favoriser l'acquisition des compétences nécessaires au maintien de l'avance technologique de l'Europe, notamment avec la mise en place d'un projet-pilote de Garantie des compétences afin d'aider les travailleurs menacés de chômage ou en reconversion professionnelle, issus du secteur automobile, à accéder à des emplois dans des secteurs stratégiques et en croissance tels que la défense.
Elle veut en outre créer une plateforme européenne de talents sectorielle pour l'industrie de la défense, afin de soutenir les stages, et pourrait étudier la possibilité de créer une 'Académie européenne des compétences' dans ce domaine.
Voir la stratégie : https://aeur.eu/f/jj6 (Camille-Cerise Gessant)