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Bulletin Quotidien Europe N° 13710
POLITIQUES SECTORIELLES / CompÉtitivitÉ

Mario Draghi réitère son appel à accélérer les investissements et la simplification

Un an après la publication de son rapport sur l’avenir de la compétitivité européenne (EUROPE 13478/1), Mario Draghi estime que l’Europe « se trouve dans une situation encore plus difficile ».

En cause: les dépendances stratégiques qui n’ont pas été réduites, l’instabilité géopolitique et commerciale, et la lenteur d’action de l’UE pour régler ses problèmes.

À l'occasion d'un discours prononcé lors d’une conférence organisée par la Commission européenne le 16 septembre, l’ancien président du Conseil italien a appelé l'UE à investir massivement dans l'innovation.

S’il a salué plusieurs initiatives prises par la Commission ces douze derniers mois, Mario Draghi n’a pas manqué de relever la lenteur de la prise décisionnelle et de mise en place des actions. « On dit que c’est ainsi que l’UE est construite. Qu’un processus complexe impliquant beaucoup d’acteurs doit être respecté. Parfois l’inertie est même dépeinte comme le respect de l’État de droit. C’est de la complaisance », a-t-il déclaré.

Et de prendre pour exemples la Chine et les États-Unis, qui avancent bien plus vite.

Simplifier pour combler le retard technologique. Dans la course aux nouvelles technologies, Mario Draghi a félicité les actions de la Commission concernant l’intelligence artificielle (IA), notamment. Mais, pour aller plus loin, il a appelé à abattre les barrières à la croissance des entreprises. Il a notamment attaqué les législations régissant le secteur numérique, comme l'AI Act ou le règlement général sur la protection des données (RGPD).

À ce sujet, Mario Draghi a, à nouveau, dénoncé le « coût » que fait peser le RGPD sur les entreprises européennes. « Le seul changement envisagé jusqu'à présent est un assouplissement des règles. Une réforme plus large visant à simplifier et harmoniser les règles reste encore vague », a-t-il regretté.

Quant à l'AI Act, celui-ci est « une autre source d'incertitude », d'après lui. Il a ciblé les travaux attendus sur les risques liés aux infrastructures critiques. « À mon avis, la mise en œuvre de cette étape devrait être reportée jusqu'à ce que nous comprenions mieux ses inconvénients. Plus généralement, l'application [de l'AI Act] devrait reposer sur une évaluation exposée, jugeant les modèles en fonction de leurs capacités réelles et des risques démontrés », a-t-il poursuivi.

Muscler les investissements. L'ancien président de la BCE s’est aussi penché sur la question du budget de l’UE, qui a fait l'objet d'une proposition de la Commission en juillet. Il a plaidé pour un Fonds européen pour la compétitivité suffisamment doté (EUROPE 13682/6).

Dans son rapport rendu à la Commission en 2024, Mario Draghi établissait à près de 800 milliards d'euros par an les besoins en investissements publics et privés.

Dès lors, l’enveloppe qui devrait être dédiée au programme pour la recherche Horizon Europe – 175 milliards d’euros – ne sera pas suffisante pour financer la recherche de pointe, selon lui.

Ces différents constats étant dressés, il est revenu sur la question de l’endettement commun, « que ce soit au niveau de l’UE ou entre une coalition d’États membres ». Un tel emprunt permettrait, selon lui, de financer des projets d’échelle dans les domaines où les dépenses sont trop fragmentées et n’apportent plus de résultats satisfaisants. Et de citer des secteurs comme l’innovation de pointe, la recherche pour la défense ou les matrices de réseaux.

Améliorer l'utilisation des fonds publics. Mario Draghi a également abordé la question des aides d'État ainsi que des règles de concurrence pour les fusions. Ces dernières doivent faire l'objet d'une révision en 2027, mais c'est beaucoup trop tard, selon lui.

Par ailleurs, l'UE devrait utiliser tout le potentiel de la commande publique pour créer des marchés en Europe. Ce serait pertinent dans des secteurs comme les semi-conducteurs destinés à l'industrie de la défense, ou l'acier et l'aluminium verts, a estimé Mario Draghi. (Léa Marchal et Isalia Stieffatre)

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