login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 13683
Sommaire Publication complète Par article 14 / 34
POLITIQUES SECTORIELLES / RÉgions

Kata Tüttő reproche à la Commission européenne de lancer des 'Hunger Games' budgétaires

La présidente du Comité européen des régions (CdR), Kata Tüttő (PSE, hongroise), a vivement critiqué, jeudi 17 juillet, les propositions de la Commission européenne concernant le prochain cadre financier pluriannuel (CFP). Elle a notamment accusé Ursula von der Leyen d’avoir orchestré de véritables 'Hunger Games', opposant villes, régions et politiques climatiques aux agriculteurs.

Lors d’une rencontre avec quelques journalistes, elle a estimé que la présidente de la Commission envoyait le message suivant aux États membres : « Vous avez l’argent, débrouillez-vous pour décider ce qui est important ou non ». Et Kata Tüttő d’ajouter : « Si j’étais un gouvernement national, je refuserais ce pacte ». 

Elle a qualifié de « gros pacte laid » l’idée de mettre en place des 'plans de partenariat nationaux et régionaux' qui seraient fondés sur des investissements et des réformes. Et ce, alors que, ces derniers mois, Mme von der Leyen tenait un discours rassurant, présentant la politique de cohésion comme un pilier fondateur de l’Union, insistant sur le rôle des autorités locales et sur l’importance de la gouvernance territoriale et multiniveaux. « Mais on sentait déjà la fumée derrière tout cela », a reconnu Mme Tüttő.

La présidente du CdR a dénoncé un vaste mouvement de centralisation. D’abord, par la nationalisation croissante de nombreuses politiques : agricole, de cohésion, migratoire, de contrôle des frontières, et même sociale. « Tout ce qui n’intéresse pas Ursula von der Leyen est mis dans un même sac, et ce sac est confié aux gouvernements nationaux, sous prétexte de simplification », a-t-elle affirmé.

Selon elle, le pacte proposé revient à attribuer la moitié du budget de l’Union aux États membres, sous forme d’enveloppes nationales très flexibles. En contrepartie, la Commission garde le contrôle de l’autre moitié, via des instruments comme ceux dédiés à la compétitivité. Et même ces enveloppes nationales sont soumises à des conditions : les fonds sont liés à la mise en œuvre de réformes. « Cela brise la colonne vertébrale de la politique de cohésion », analyse Mme Tüttő.

Toujours selon elle, Mme von der Leyen préfère se concentrer sur « ce qui brille » : investissements dans les giga-entreprises, le numérique, l’espace ou encore l’industrie de la défense.

Par ailleurs, la présidente du CdR estime que, du point de vue local et régional, cette proposition budgétaire revient à « réécrire les traités européens ». La politique de cohésion, souligne-t-elle, est un pilier fondamental de l’Union européenne, un outil de stabilisation essentiel qui soutient le marché unique et le rend fonctionnel. « Ce n’est pas un fonds caritatif. Si on dissout la politique de cohésion dans ce monstre budgétaire, elle perd son rôle central », a-t-elle assuré. 

Mme Tüttő s’est engagée à défendre cette politique de stabilité à long terme. « Elle doit rester autonome et ne pas devenir une simple composante d’un paquet conflictuel au sein des États membres », a-t-elle insisté. Elle a rappelé que plus de 70% des politiques européennes sont mises en œuvre au niveau local et régional. « Nous nous battrons pour que la politique de cohésion reste autonome, avec une gouvernance locale et régionale forte ». 

« Je ne veux pas améliorer cette proposition, je veux la rejeter », a martelé la présidente du CdR. 

Mme Tüttő a mis en garde contre la confusion entourant la taille réelle du budget 2028-2034 dédié à la politique de cohésion. Selon elle, le fait de tout regrouper (agriculture, cohésion, remboursement de la dette) au sein de ce « monstre budgétaire » fait courir un risque réel de diminution du budget global.

Elle a reconnu que le vice-président de la Commission, Raffaele Fitto, s’était battu pour défendre la politique de cohésion et qu’il avait « sauvé » certains éléments de celle-ci (EUROPE 13682/5).

Elle a ajouté que le plus important n’était pas de faire du chantage sur les montants, mais bien de rejeter la structure proposée, car « sinon, nous allons perdre la politique de cohésion ».

Marie-Antoinette Maupertuis (groupe Alliance européenne, française), présidente de l'Assemblée de Corse et rapporteur pour le CdR sur le budget de l'UE et les politiques territorialisées, a dénoncé le fait que « ce que nous voyons venir, c’est une recentralisation rampante. Un effacement des régions. Une logique de plans nationaux qui marginalise les territoires ». (Lionel Changeur)

Sommaire

CADRE FINANCIER PLURIANNUEL 2028-2034
POLITIQUES SECTORIELLES
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
ACTION EXTÉRIEURE
INSTITUTIONNEL
DROITS FONDAMENTAUX - SOCIÉTÉ
INFRACTIONS AU DROIT DE L'UE
BRÈVES