Les mutilations génitales féminines (MGF) concernent encore aujourd’hui 600 000 femmes vivant dans l’Union européenne, selon les estimations du réseau End Female Genital Mutilation (End FGM). Ce constat a été rappelé par le président de la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE) du Parlement européen, Javier Zarzalejos (PPE, espagnol), en amont d’un échange de vues organisé avec la commission des droits des femmes et de l’égalité de genre (FEMM) sur ce sujet qu’il a qualifié de « glaçant », mercredi 4 juin.
Selon la présidente de la commission FEMM, Lina Gálvez (S&D, espagnole), la première directive européenne contre les violences sexistes - qui criminalise les mutilations génitales féminines - adoptée l’an dernier (EUROPE 13431/33) est « certes une avancée, mais ne suffit pas ».
« Il nous faut une approche coordonnée soutenue par la législation de l'Union européenne, des fonds », a-t-elle déclaré.
La cheffe d’équipe au sein de l’unité 'Égalité entre les hommes et les femmes' de la direction générale de la justice et des consommateurs de la Commission européenne, Maria Mollica, a défendu les avancées introduites par le texte.
Et d’évoquer, en ce sens, la reconnaissance des MGF comme infraction pénale spécifique, les sanctions minimales (cinq ans de prison), les circonstances aggravantes, le droit des victimes à un soutien spécialisé, l’accès à la chirurgie réparatrice et l’obligation de formation des professionnels de santé.
En outre, elle a évoqué la mise en place d'un futur atelier d’accompagnement à la transposition de la directive.
La directrice du réseau End FGM EU, Marianne Nguena Kana, a expliqué qu'en Europe, près de 190 000 filles seraient exposées au risque, selon le réseau.
Elle a dénoncé un « manque cruel d’investissement financier » et estimé à 2,3 milliards de dollars le budget mondial manquant pour atteindre l’objectif de développement durable des Nations Unies (https://aeur.eu/f/h6v ) pour l'éradication des MGF d’ici 2030.
L’experte de l’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes (EIGE), Anna Rita Manca, a affirmé que la directive sur les droits des victimes - dont la révision est en cours de discussion (EUROPE 13619/3) est « très importante, car elle rappelle aux États membres qu'ils doivent protéger les victimes de toute victimisation secondaire ».
Appelant à reconnaître que les MGF sont une violence de genre, elle a préconisé de veiller à ce que « les victimes aient accès à des services de soutien spécialisé ».
Après avoir expliqué les différents profils de victimes, elle a plaidé pour « des actions ciblées, de prévention, d’information, mais aussi des poursuites ».
Plusieurs eurodéputés ont interpellé la Commission sur la mise en œuvre concrète de la directive de 2024. Rosa Estaràs Ferragut (PPE, espagnole) a appelé à « ne pas attendre la dernière minute pour la transposition », tandis que Juan Fernando López Aguilar (S&D, espagnol) a suggéré que les mutilations pratiquées à l’étranger puissent également faire l’objet de poursuites dans l’UE, même si les faits ont été commis hors du territoire européen.
Assita Kanko (CRE, belge) a livré son témoignage : « Ma grand-mère a subi une MGF. Ma mère également. J’ai été mutilée. Ma fille ne l’a pas été. Je suis donc la dernière génération ».
Les intervenants ont appelé à coordonner fermeté juridique, action sociale, prévention communautaire et coopération internationale.
Voir la carte des MGF dans l'Union européenne : https://aeur.eu/f/h6y (Nithya Paquiry)