Le président de la commission des Libertés civiles du Parlement européen, Javier Zarzalejos (PPE, espagnol), et Sophie Wilmès (Renew Europe, belge), cheffe du groupe de surveillance du PE sur la surveillance de la démocratie, de l’État de droit et du respect des valeurs fondamentales dans l’UE, ont dressé un tableau mitigé, mardi 3 juin, de leur mission d’études en Slovaquie, où ils ont pu rencontrer le Premier ministre, Robert Fico, et des membres du gouvernement slovaque dans une ambiance « respectueuse », ce qui n'est pas toujours le cas, a dit la Belge, en référence à une dernière mission plus tendue sur les questions budgétaires (EUROPE 13650/19).
Ils ont néanmoins relaté des tendances problématiques dans le domaine judiciaire ou de la liberté des médias et de la sécurité des journalistes.
Le président espagnol de LIBE a ainsi expliqué devant la presse que la mission de trois jours a permis de constater que les préoccupations qui avaient notamment amené le PE, début 2024, à adopter une résolution sur la Slovaquie (EUROPE 13389/17) « ne sont pas infondées ». Il a toutefois salué la « volonté » du gouvernement de travailler avec l’UE et de continuer à s’engager dans le dialogue.
Sophie Wilmès a détaillé les enseignements tirés de cette mission, qui a également sondé des ONG, des représentants de la justice, des médias ou de la société civile.
« Nous l'avons constaté, qu'il s'agisse du système judiciaire, des médias ou même de la société civile, la rhétorique utilisée par les représentants du gouvernement, non seulement envers l'opposition, est non seulement très grave, mais elle utilise des termes qui ne sont pas acceptés, même dans le monde politique. Elle vise aussi parfois le système judiciaire, par exemple en appelant les juges par leur nom lorsqu'une décision n'est pas acceptée. Ce qui, bien sûr, lorsque l'on autorise cela envers les juges crée un climat défavorable à l'équilibre des pouvoirs et à l'indépendance des juges. Nous avons constaté la même chose dans le monde des médias, qui est également parfois pris pour cible », a déclaré l’élue belge.
Sur la justice, les membres de la délégation ont noté « l'absence de stratégie nationale de lutte contre la corruption ». Ils ont aussi jugé problématiques la réforme du système pénal et la suppression du Bureau du Procureur spécial, avec la dilution du travail entre plusieurs entités.
La restructuration de l'Agence nationale de lutte contre la criminalité est un autre point litigieux avec un « manque d'expertise, qui se fait désormais sentir et a des répercussions sur la qualité de l'ensemble de la justice ». Le délai de prescription a été réduit pour les cas de corruption, a-t-elle aussi relevé.
Le respect du principe de primauté du droit de l'UE est un autre point d’inquiétude. « La Slovaquie est-elle la prochaine Hongrie ? », a-t-elle interrogé, reprenant une question de la presse locale.
« Je ne peux pas répondre avec certitude à cette question, mais ce qui est sûr, c'est que nous observons de nombreux signes. C'est inquiétant qu'ils suivent la même voie », a ajouté Sophie Wilmès, saluant cependant « la volonté de coopération du gouvernement slovaque ». (Solenn Paulic)