Les eurodéputés ont réitéré leurs préoccupations quant à la situation de l’État de droit et de la liberté des médias en Slovaquie, jeudi 11 avril en session plénière. Lors d’un débat organisé avec la Présidence belge du Conseil de l’UE et le commissaire européen à la Justice, Didier Reynders, ils se sont inquiétés de la direction prise par le gouvernement du Premier ministre social-démocrate, Robert Fico, ainsi que de l’élection de Peter Pellegrini à la présidence du pays, qui ne s’est pas faite de manière loyale, selon certains élus comme le Slovaque du PPE Vladimír Bilčik.
Ces élus ont notamment critiqué la proximité du pouvoir slovaque avec la Russie de Vladimir Poutine, mais aussi une série de réformes pénales ou sur les médias slovaques, perçues comme favorisant la corruption et portant atteinte à la liberté des médias.
Les députés considèrent notamment que la réforme en cours, qui a conduit à la dissolution du Parquet spécial slovaque le 20 mars et réduit les peines et les délais de prescription pour les infractions financières, menace la capacité de la Slovaquie à lutter contre la corruption et à protéger le budget de l’UE
Les projets relatifs au radiodiffuseur public sont perçus comme une façon de prendre la main en donnant au gouvernement un contrôle direct sur les médias publics et restreignant leur indépendance.
Il faut « utiliser tous les outils à notre disposition, entre Article 7 et gel des fonds européens », a notamment jugé l’élue des Verts/ALE Viola von Cramon-Taubadel (allemande).
« Il faut restaurer l’État de droit, on est très inquiet quant à la corruption et aux politiques pro-russes », a jugé le socialiste polonais Łukasz Kohut. « On se demande quand la Slovaquie va finir dans les mains de Poutine », a ajouté le Slovaque Martin Hojsík (Renew Europe), inquiet que la Slovaquie gâche des milliards d’euros du budget européen et que la télévision publique « soit remplacée par une télévision d’État ».
Le commissaire Didier Reynders a confirmé les inquiétudes et regretté que les amendements au Code pénal aient été adoptés en urgence début février, ce qui peut nuire aux intérêts financiers de l’UE et à la lutte contre la corruption.
Mais le gouvernement slovaque collabore avec la Commission, a aussi reconnu le commissaire, notant d’ailleurs qu’il a renoncé à une réforme très problématique sur les lanceurs d’alerte. Alors que de nombreux journalistes slovaques disent par ailleurs faire l’objet de menaces, le commissaire a appelé tous les États membres en général à mettre en œuvre les recommandations de l’UE sur la sécurité des journalistes et à mettre fin aux procédures bâillons.
Le PE avait débattu de la situation slovaque en février et en mars et adopté une résolution en janvier (EUROPE 13330/4). (Solenn Paulic)