Nicola Procaccini, co-président du groupe ‘Conservateurs et réformistes européens’ (CRE) au Parlement européen, a révélé à Agence Europe, mercredi 10 avril, que le parti CRE allait peut-être bientôt nommer un ‘Spitzenkandidat’ en vue des élections européennes. Il a également partagé sa vision de l’Union européenne et son avis sur le mandat qui s’achève. (Propos recueillis par Anne Damiani)
Agence Europe - Mme Meloni a déclaré la semaine dernière, lors d'une émission de télévision, que le CRE pourrait présenter un candidat à la présidence de la Commission, un ‘Spitzenkandidat’ (EUROPE 13386/25). Cela signifie-t-il que le CRE ne soutiendra pas la candidature d'Ursula von der Leyen ?
Nicola Procaccini - Mercredi prochain, le Conseil du parti CRE se réunira à Bruxelles. Nous allons discuter et approuver notre programme de campagne. Nous allons décider si nous désignons un ‘Spitzenkandidat’, et, si c’est le cas, nous allons le choisir.
Honnêtement je n'étais pas en faveur d'un ‘Spitzenkandidat’, mais j'ai changé d'idée à ce propos. Dans les traités, il est très clair que la compétence appartient aux États nationaux, c'est le Conseil européen qui décide du président de la Commission et le PE n'a qu'à l'approuver. Ce n'est pas une compétence des partis de l'UE.
Cependant, j'ai compris que, si nous n'en avions pas, tout le monde, tous les journalistes diraient ‘vous êtes en faveur d'Ursula von der Leyen ou d'un autre ‘Spitzenkandidat’'. Nous sommes obligés d'avoir un ‘Spitzenkandidat’ parce que c'est le seul moyen de souligner notre identité politique et notre programme politique. Il est plus difficile d'expliquer notre position alors qu’avec le ‘Spitzenkandidat’, c'est très clair. Nous mettons en valeur le fait que nous sommes la famille des conservateurs, avec nos valeurs (EUROPE 13377/21).
Dans le débat, il est très difficile d'expliquer la politique européenne, parce que tout le monde pense que c'est plus ou moins la même chose que la politique nationale, mais c'est complètement différent ! Au PE, nous avons une majorité différente pour chaque vote, chaque vote est une histoire différente.
Quelle est votre opinion sur la Commission 'von der Leyen', en particulier concernant le 'Pacte vert' et le Pacte ‘Asile et migration’ (EUROPE 13388/11) ?
Nous avons une approche critique du travail de la Commission au cours des cinq dernières années, en particulier en ce qui concerne le 'Pacte vert'. Je pense que c'est davantage la faute de Frans Timmermans que d’Ursula von der Leyen, mais les résultats sont vraiment mauvais. Tout le monde partage l'objectif de protéger la planète et l'environnement. Le problème est de savoir comment faire, et ils ont adopté une approche radicale pour atteindre un bon objectif. La voie proposée par Timmermans était vraiment mauvaise pour de nombreuses raisons.
Nous partageons la protestation des agriculteurs, des semenciers, des pêcheurs, parce qu'ils ressentent un trop-plein. Ceux qui vont dans la nature seulement pendant les vacances prétendent donner des leçons à ceux qui y vivent et y travaillent depuis des générations, comme les agriculteurs. Les agriculteurs sont les vrais écologistes. Leurs produits ont besoin de normes de qualité, parce que c'est le seul moyen pour eux de vendre leur produit et de nourrir leurs familles. Cette approche dirigiste est en quelque sorte, pour la gauche, un substitut de socialisme, dont l'objectif est d’imposer une façon de se déplacer, de manger, de se vêtir, de travailler, etc...
En ce qui concerne l'immigration, nous sommes critiques également, car nous pensons que leur approche est terrible à la fois pour les migrants et pour nos villes et nos sociétés. L’idée d'ouvrir la porte à tout le monde est très dangereuse pour les migrants, car elle met leur vie entre les mains des passeurs. Elle est également très mauvaise pour les villes qui doivent accueillir ces gens. Nous pensons que la Commission a fait beaucoup d'erreurs, c'est pourquoi nous voulons changer de paradigme, supprimer ces erreurs et rendre aux nations leurs compétences.
En vérité, le principal problème a été celui-ci : prendre des compétences aux États membres pour les donner à l'UE, et ainsi forcer les traités, qui sont très clairs sur ce qui relève de la compétence des nations, de la compétence de l'UE et de la compétence des deux.
Je pense que le principal enjeu des élections européennes est la distinction entre ceux qui croient en des États-Unis d'Europe, dans une sorte de super-État fédéraliste, et ceux qui, comme nous, croient en l'idée originale de l'UE, un système confédéral, une alliance de nations libres qui travaillent ensemble sur peu de choses, mais très importantes.
Notre mantra est ‘faire moins, faire mieux’.
Désormais, votre ambition est-elle de changer de cap et de défaire ce qui a été fait au cours du mandat précédent ?
Absolument, oui. Nous voulons changer beaucoup de choses. Nous devons nous concentrer sur la protection des frontières, la protection du marché intérieur et avoir une défense plus intégrée. L'UE devrait rester à l'écart de la vie des citoyens sur les autres sujets.
Pour ma part, j'aimerais reproduire le modèle italien au niveau du Parlement européen, c'est-à-dire avoir une majorité de centre-droit. Je suis optimiste parce que peu de gens comprennent que nous savons déjà que la nouvelle Commission sera de centre-droit. Elle ne dépend pas des élections de juin, car les commissaires sont nommés par les gouvernements nationaux. Au cours des cinq dernières années, plus ou moins partout où il y a eu des élections, le centre-droit a gagné. Environ 20 des 27 États membres sont gouvernés par un parti de centre-droit, c'est pourquoi nous savons déjà que la nouvelle Commission sera très différente de la précédente. En 2019, c'était tout le contraire, avec une majorité de centre-gauche.
Maintenant le Conseil de l'UE est de centre-droit, la Commission sera de centre-droit, et il ne reste plus que la troisième jambe, et évidemment nous espérons qu'elle ira dans la même direction.
En janvier, le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a déclaré que son parti était prêt à rejoindre le CRE (EUROPE 13386/25). Que faudrait-il pour que le Fidesz soit compatible avec le CRE ? Serait-ce un succès de les convaincre d'adhérer au CRE plutôt qu'à ID ?
Le Fidesz n'a jamais fait la demande d'adhésion.
Quand et s'ils en font la demande, je pense que nous devrions prendre la décision avec toutes les autres délégations. À titre personnel, j'ai appris à connaître les eurodéputés membres du Fidesz au cours de cette législature, et tous les membres de la délégation sont des hommes et des femmes très compétents. J'ai une relation très spéciale avec eux.