Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a décidé, jeudi 11 avril, lors de sa réunion de politique monétaire à Francfort, de maintenir inchangés les trois taux d’intérêt directeurs de la BCE. Le taux d’intérêt des opérations principales de refinancement demeure donc à 4,50%, le taux de la facilité de prêt marginal à 4,75%, et celui de la facilité de dépôt demeure au niveau historique depuis la création de l’euro, à 4,00%.
Données macroéconomiques en zone euro
Pour la zone euro, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a souligné que l’activité économique était restée faible au premier trimestre 2024 et que les risques pesant sur la croissance économique restaient orientés à la baisse.
L'inflation globale, elle, a continué de baisser (EUROPE 13383/21).
Christine Lagarde a indiqué qu’il fallait s’attendre à des fluctuations des taux d’inflation autour des niveaux actuels au cours des prochains mois, liés notamment aux prix de l'énergie et associés notamment au faible coût de l'énergie observé au cours de 2023. Une diminution pour atteindre l’objectif de la BCE est toujours attendue en 2025.
Par ailleurs, la plupart des indicateurs de l'inflation sous-jacente ont encore baissé en février.
La présidente de la BCE a indiqué que l'inflation intérieure restait élevée, de même que l'inflation pour les services, qui s'est établie à 4,0% en mars.
Cependant, les salaires et les profits unitaires ont augmenté au dernier trimestre 2023, mais moins fortement qu'anticipé.
Les coûts unitaires de main-d'œuvre demeurent élevés, reflétant en partie la faible croissance de la productivité, a souligné la présidente. La croissance des salaires ralentit progressivement, a-t-elle indiqué, et les entreprises absorbent une partie de la hausse des coûts salariaux à travers leurs bénéfices.
Mme Lagarde a indiqué que l’on pouvait déduire du dernier sondage sur les prêts accordés par les banques - qui pointait notamment une légère augmentation des volumes de prêts aux ménages et aux entreprises et une légère baisse des taux - que le secteur financier s'attendait à une baisse des coûts de financement.
Un examen de la baisse des taux en juin ?
Dans la continuité des déclarations de Christine Lagarde à l’issue de la réunion de politique monétaire de mars (EUROPE 13376/22) et face aux observateurs de la BCE (EUROPE 13366/11), l'examen d'une possible baisse des taux directeurs semble toujours d’actualité pour le mois de juin.
L’éventualité d’une baisse est explicitement mentionnée dans le texte des décisions : « Si l’évaluation actualisée par le Conseil des gouverneurs des perspectives d’inflation, de la dynamique de l’inflation sous-jacente et de la vigueur de la transmission de la politique monétaire [les trois critères de la fonction de réaction de la BCE, qui importent dans la nouvelle approche de prise de décision, NDLR] devait encore renforcer sa confiance dans la convergence durable de l’inflation vers l’objectif, il serait opportun de réduire le caractère restrictif actuel de la politique monétaire ».
Cependant, Mme Lagarde a souligné que le Conseil des gouverneurs ne s’engageait pas à l’avance sur une trajectoire de taux particulière, mais elle a indiqué que « la direction est assez claire ».
La présidente a précisé qu’une petite partie des gouverneurs était déjà assurée du retour à la stabilité des prix et que ceux-ci étaient prêts à décider une baisse des taux dès la réunion du jour, mais s’étaient ralliés à la grande majorité des gouverneurs, qui souhaitent attendre juin, quand des données seront disponibles, incluant une nouvelle projection de l’Eurosystème.
L’approche pour déterminer le degré et la durée de l’orientation restrictive sera définie « réunion par réunion » et basée sur toutes les données disponibles.
Les salaires, en particulier, seront scrutés attentivement, car ils constituent une composante importante des prix des services, de même que les bénéfices, pour s’assurer que les entreprises absorbent en partie l’augmentation des salaires et leurs bénéfices. Il en sera de même pour la productivité et le secteur des services.
« Nous n'attendrons pas que tout soit retourné à 2% pour prendre des décisions », a souligné Mme Lagarde, ajoutant que l'inflation sur certains segments sera probablement supérieure. Le Conseil des Gouverneurs souhaite une confiance renforcée, en se basant sur les données, en un retour aux 2% d'inflation à moyen terme de manière durable.
Gouvernance économique
La présidente de la BCE a indiqué que le vice-président exécutif de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis, avait assisté à la réunion et que les Gouverneurs avaient été satisfaits d’apprendre que le cadre de gouvernance économique révisé serait soumis aux votes avant la fin de la législature actuelle.
Par ailleurs, Mme Lagarde a reconnu que la procédure de déficit excessif est l'une des quatre composantes évaluées pour déterminer l'éligibilité à l'instrument de protection de la transmission (TPI) (EUROPE 12998/13), mais n'a pas souhaité commenter à nouveau le document 'TPI'.
Lien vers les décisions et la déclaration : https://aeur.eu/f/bq4 (Émilie Vanderhulst)